‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 27 sur 169 · LA PORCELAINE · texte numérisé non relu

LA PORCELAINE

Il n'y a pas encore très lonf^-temps que Ton sait fabriquer de la porcelaine en Europe; ce sont les Chinois et les Japonais qui nous fournirent les premières porcelaines, et c'est chez eu,\ que nous avons été cliercher les principales données de cette belle branche d'industrie manufacturière.

La porcelaine se fait avec une terre blanche à laquelle nous avons conservé le nom chinois de Laolin; et le vernis brillant qui la couvre est dû a une pierre parliculière que l'on appelle péfuiizé, en Asie, et que nous nommons fel(l!:patli , en Europe.

LeA'ao/mest une argile blanche, excessivement fine, qui se met facilement en pâte avec de l'eau, et qui, dans cet état, est susceptible de se mouler, de se tourner et de s'étendre sous la main des ouvriers qui sont chargés de cette partie de la fabrication de la porcelaine. Les moyens employés pour tourner les vases de porcelaine sont absolument les mêmes que ceux dont on fait usage pour la fabrication de la faïence; on se sert à cet effet d'un tour horizontal sur la tète duquel on place un morceau de paie proportionné à la grandeur de la pièce que l'on veut exécuter, et l'ouvrier parvient, à l'aide de ses doigts et de quelques petits instruments bien simples, à former le corps de tous

les beaux vases dont nous admirons l'élégance et la richesse.

Lorsque les pièces ont acquis, en séchant, un certain degré de consistance, on les replace sur le tour, et à l'aide d'un petit instrument tranchant nommé toumasin, on en diminue l'épaisseur. Si l'on eût voulu les réduire ainsi du premier jet, elles se seraient affaissées.

C'e.st après avoir fait cette opération que l'on colle, avec de la pâte claire, les anses, les becs, et tous les ornements saillants ou carrés qui se moulent et qui ne pouvaient se tourner avec le corps du vase.

Quand les pièces de porcelaine sont parfaitement sèches, on se dispose à les cuire, et pour cela, on commence' par les enfermer dans une espèce d'étui ou autre vase en terre grossière, que l'on nomme gazette, ensuite on les porte au four.

Ce four ressemble à une petite tour surmontée d'un dôme, et on le chauffe au moyen de trois foyers qui sont disposés à sa base, et que l'on alimente avec du bois bien sec. Lorsque l'on a rempli le four de manière à ce qu'il contienne le plus grand nombre possible de pièces, on y met le feu que l'on continue jusqu'à ce que l'on juge, par l'examen d'une pièce d'essai, que toute la fournée doit être cuite.

On laisse refroidir, on défourne, et l'on n'a point

encore de porcelaine proprement Jite, car les pièces ne sont point vernies; elles sont ternes et portent le nom de liisciilt. Les bustes, les ;;roupes, les fleurs et les cames qui doivent rester maies sont en biscuit, tandis que les vases de ménage ou d'ornements exi- {;ent au moins le vei-nis.

Nous avons dit que le vernis se fait avec une pierre; or pour pouvoir l'appliquer sur le biscuit, il faut la broyer, la réduire en poudre impalpable sous les meules d'un moulin, et délayer cette poudre avec de l'eau, de manière à en former une bouillie claire; c'est cette bouillie que l'on verse sur toute la surface interne et externe de toutes les pièces, et comme le biscuit est parfaitement sec, il absorbe l'eau avec une telle avidité que le vernis se fixe très promptement dessus.

On remet de nouveau les pièces dans les (jazctles, on les reporte au four, on redonne le feu, et pour cette fois l'on obtient de la porcelaine, mais c'est de la porcelaine blanche qu'il faudra repasser à un troisième (eu, si l'on veut la dorer ou la jieindre.

Supposons donc qu'il s'affisse de décorer l'un de ces grands et beaux vases qui figurent chaque année à l'exposition des manufactures royales; lorsque les artistes auront terminé la peinture des deux médaillons et que le doreur aura décoré les anses et toutes les parties qui doivent recevoir ce genre d'ornement, on reportera ce vase au four à couleur, et là il recevra son troisième et dernier coup de feu. Si cotte opération réussit, le vase est sauvé, car il ne doit plus passer qu'entre les mains de la bruiiisseuse, qui est chargée d'aviver la doiure et de ménager les dessins qui doivent rester en or mat.

On pense bien que les couleurs avec lesquelles on peint sur la porcelaine ne sont pas toujours les mêmes que celles dont on se sert pour peindie sur la toile ou sur le bois, puisqu'elles doivent passer au feu ; en elfet, toutes ces brillantes coideurs sont tirées du règne minéral; ce sont les métaux qui les fournissent. Ainsi, par exemple, le bleu provient du cobalt, le pourpre est dû à l'or, les bruns le sont au fer, etc. Comme je suis bien certain, mes cLers enfants, que vous aimez la France, et que vous vous intéressez à tout ce qui peut contribuer h sa splendeur et à son bonheur, vous apprendrez sans doute avec sati.sfoction, que notre sol est abondamment pourvu de ce kaolin sans lequel on ne pourrait point faire de l>orcelaine, qu'il eu existe un vaste amas à Saint- Yriex, près Limoges, un autreà Bayonne et plusieurs en Normandie; que nos manufactures de porcelaine se multiplient tous les jours, que nous l'emportons sur tous nos voisins par nos porcelaines de luxe, de Sèvres; que celles qui sont dcsliiuk's aux usages domestiques deviennent de plus en plus à la i.or'lée des

petites fortunes, et que l'on s'occupe dans ce momenlci de chercher les moyens de fabriquer une porcelaine économique, propre ii remplacer la poterie des artisans et des habitants de la campagne, qui est sale et malsaine.

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