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LE CHARDONNERET

De tous les oiseaux qui font entendre leur ramage au retour de la belle saison, il n'en est peut-être pas de plus intéressant que le Chaidonneret, et sans contredit , il n'en est pas de plus joli parmi tous ceux qui vivent dans nos climats. A une taille svclte et bien prise, h un plumage paré du velouté et de l'éclat des plus belles teintes, le chardonneret joint l'adresse la

docilité et une voix agréable. La réunion de tant d'avantages fait qu'il ne cesse de plaire à tous les yeux , quoiqu'il soit très commun, et quant à moi, javoue que c'est mon oiseau de prédilection. Vous ne vous étonnerez donc pas, mes amis, s'il me vient à l'idée de vous entretenir aujourd'hui de cette jolie créature.

Je ne vous ferai pas la description de sa forme et de son plumage, car vous le connaissez tous; mais je vous parlerai do ses mœurs douces et aimables qui sont si bien en harmonie avec ses agréments extérieurs.

Dès les premiers jours du printemps, le chardonneret fait entendre sa jolie voix; mais c'est au mois de mai qu'il tire de son gosier les sons les plus doux. Perché alors sur la cime d'un arbre de moyenne taille, sur-tout d'un arbre fruitier, sur lequel ces oiseaux se plaisent le plus, il en fait retentir nos vergers dès le point du jour, et son chant ne finit qu'au coucher du soleil. Il le continue jusqu'au mois d'août; mais il l'interrompt lorsqu'il a des petits. Comme son attachement pour eux est extrême, les soins paternels remplissent alors tous .ses moments. Il les nourrit avec des graines tendres, telles que sont à cette époque celles du séneçon, du mouron, de la laitue et autres plantes. A mesure que les petits avancent en âge, il y joint des graines d'une digestion plus difficile, mais il a toujours soin de les faire ramollir dans son jabot, pour les regorger, comme font les canaris. Lorsqu'il a le malheur d'être pris et mis en cage avec ses petits, il ne cesse point d'en avoir soin; mais |)Our qu'il les amèneà bien, il faut lui donner en abondance le séneçon, le mouron , et sur-fout la graine de chardon qui est sa nourriture favorite, et d'où lui vient son nom.

Lorsque la mère couve, le mâle se tient et chante sur un arbre voisin ; il s'en éloigne rarement, à moins qu'il ne soit inquiété; alors il s'écarte, mais pour peu de temps; c'est de sa part une petite feinte, afin de ne pas déceler son nid. Quant à la mère, rien ne peut la distraire du soin de sa couvée; sa constance est vrai ment admirable; elle brave tout, vents impétueux, pluies d'orage, grêle épaisse , pour garantir ses œufs, sur-tout au moment où ils sont prêts à écloie.

Le mâle ne couve point et ne partage pas non plus le travail de la construction du nid ; mais il ne quitte jamais sa compagne pendant qu'elle est livrée à ces occupations; il la suit dans toutes ses courses; il veille à sa sûreté lorsqu'elle est à terre, soit pour chercher sa nourriture, soit pour choisir les matériaux pécessaires au berceau de ses enfants, et il se perche toujours sur la branche la plus voisine.

(-'est un petit cluf-d'eeuvre d'éli'{;ance, de solidité et de délicatesse que le nid du ehardoUieret. La inère le pose ordinairement sur les arbres fruitiers, et clioisit les branches les plus faibles. Elle emploie, pour

le dehors, de petites racines, de la mousse fine et le duvet de certaines plantes; l'intérieur est composé iViierbes sèches, de crin, de laine et de plumes les plus duveteuses. C'est sur cette couche molle et chaude ([u'elle dépose ses œufs, vers le milieu du printemps.

Les petits ne peuvent se suffire à eux-mêmes que long-temps après leur sortie du nid; aussi faut-il beaucoup de patience pour les élever en captivité. S'il vous arrivait, mes amis , d'en sauver quelques uns des mains de ceux qui auraient eu la cruauté de les arracher de leur nid, voici comment vous pourriez les nourrir: 11 faudrait piier ensemble des échaudes, des amandes mondées et du massepain, faire avec la pâte résultant de ce mélauge, de très petites houlettes que vous donneriez une à une, avec la brochette, jusqu'à trois ou quatre de suite, à chaque jeune oiseau. Vous auriez soin de présenter à chacun, après ce repas, l'autre bout de la brochette garni d'un peu de coton trenqié dans l'eau. Lorsqu'ils commencent à manger seuls, on les nourrit de chenevis broyé avec de la graine de melon et de panis; et quand ils sont forts, on leur donne du chenevis.

Cet oiseau se ploie facilement à l'esclavage; il est même susceptible d'éducation et il se prête avec docilité à apprendre de petits tours, tels que faire le mort, mettre le feu à un pétard , tirer de petits sceaux qui contiennent son boire et son manger, et autres manœuvres plus ou moins compliquées.

A l'automne, les chardonnerets se rassemblent; ils vivent pendant l'hiver en bandes très nombreuses, et fréquentent les endroits où croissent les chardons et la chicorée sauvage. Pendant les grands froids, ils se cachent dans les buissons fourrés, mais ne s'écartent guère des lieux où ils trouvent leur pâture. Le besoin de la société de ses pareils parait être, chez ce charmant oiseau, de première nécessité; aussi est-ce une cruauté de l'isoler dans la captivité. Si on met alors une glace à sa portée, il se plaît à s'y regarder; ou le voit souvent prendre son chenevis grain h grain et l'aller manger devant elle, croyant sans doute ainsi le manger en compagnie. Pauvres petits chardonnerets! que j'aime bien mieux vous voir voltiger librement et entendre votre joli ramage, que de vous voir tristement enfermés dans une prison, où il c»t impossible de vous rendre les biens dont on vous a privés !

MOTS A L'OREILLE

(| Scpiévaloir de son propre mcrilc est un moyen assuré d'en diminuer la vahjiir aux yeux d'autrui.

^ Les éloges qu'on se donne soi-même sont à déduire de ceux qu'on pourrait attendre des autres.

(| Applaudir franchement à un succès mérité, c'est se montrer digne d'en obtenir.

(^ Le mécontentement que causent les succès des autres est une marcpie de médiocrité.

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