‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 82 sur 169 · HP AN.NÉE. N · texte numérisé non relu

HP AN.NÉE. N

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L'HELIOTROPE.

Nous sommes actuellement dans la saison la plus riche en fruits: les prunes savoureuses, la pèche parfumée, le raisin, la poire, la pomme, avec leurs nombreuses variétés, s'offrent à l'eavi pour embellir les tables somptueuses et charmer les simples banquets. Mais la belle saison des fleurs est passée; à peine en reste-t-il quelques unes qui viennent s'enlacer à la guirlande foncée de l'automne. Parmi ces dernières toutefois, il en est une qui peut consoler de l'absence de beaucoup d'autres : son aspect modeste attirerait peu l'attention, sans le délicieu.x parfum qu'elle exhale; mais ce doux parfum fait qu'on s'en approche, qu'on l'examine de plus près, et c'est alors qu'on remarque la délicatesse de ses nuances et la forme gracieuse de sa petite corolle. L'héliotrope peut, aussi bien que la violette, être comparée au mérite sans prétention, qui ignore tout ce qu'il vaut, qui ne cherche point à se montrer, et qui captive de plus en plus, à mesure qu'on le connaît davantage.

La tige de l'héliotrope est longue d'un à deux pieds, rameuse et chargée de poils; ses feuilles sont ovales, oblongues, un peu ridées et légèrement velues. Les Heurs sont très petites, d'un bleu tendre, disposées en épis recourbés, toutes du même côté, et forment

naturellement un petit bouquet. L odeur qu'elles exhalent et qtii parfume l'air à une assez grande distance, a beaucoup dç rapport avec celle de la vanille. Cette tleur, Iors<[u'elle est épanouie, se conserve très longtemps avant de se flétrir. Elle commence à fleurir d'assez bonne heure et continue jusque dans l'arrière saison, même pendant l'hiver, si on la tient dans une serre chaude. On aime alors à la placer dans les appartements qu'elle décore et parfume très agréablement.

Cette plante charmante est originaire du Pérou, elle y fut trouvée, en 1740, par Joseph de Jussieu, qui la découvrit en herborisant sur les montagnes, et s'empressa de l'envoyer en France. Elle parut trop agréable pour qu'on ne se hâtât pas de chercher a la naturaliser dans notre climat, et l'on y réussit liarfaitemcnt.

Une dame qui, à l'âge de seize ans, a publié un recueil de jolies idylles, et que Gessner avait, à cause de cela, surnommée sa fille, a consacré à l'héliotrope quelques lignes charmantes qui seront lues avec plus d'intérêt que celles que je pourrais tracer moi-même en l'honneur de cette aimable plante.

«Elles sont belles, les Heurs chéries des Immortelles; mais il en est une pour moi plus belle encore. O douce et modeste héliotrope! c'est toi que j'aime,

c'est toi que je préfère aux fleurs des Immortelles; viens, pose toi sur mon sein , tandis que j'cleverai ma voix pour te consacrer mes chants. Aimable fleur, tes parfums égalent ceux de la rose; doucement balancée sur ta tige brunâtre, tu ne te caches pas comme la violette; tu ne cherches pas les regards comme la brillante tulipe. Ta tendre couleur convient à la mélancolie; ta forme gracieuse embellit le bouquet où tu te mêles aux autres fleurs; elle embellit la coiffure de la bergère qui te place dans ses cheveux bouclés. O douce et modeste héliotrope!

« L'autre jour, j'entendis, dans le bocage, un jeune berger; sa voix gracieuse se mêlait aux accents du rossignol; il chantait le lilas, la première fleur du |irintemps. O jeune berger! sans doute elle est belle, la première fleur du printemps; mais, hélas! c'est la

fleur tiop fragile: tu chantais encore elle n'était

plus. L'héliotrope est aussLbelle, elle dure davantage. Pressée d'éclore, elle vient embellirles dernières roses: mais la rose n'est plus, les fleurs du printemps ont passé, et l'héliotrope semble être à son premier matin; elle a conservé sa modeste fraîcheur: le Zéphyr lui-même craindrait de la flétrir de son souffle volage Oh! ne la cueillez pas, ma fleur chérie; ne

l'arrachez pas de sa tige tremblante, laissez la jouir des pleurs de l'aurore, des bienfaits de la terre; elle vous prodiguera ses plus doux parfums : chaque matin vous la verrez plus belle; elle vous rappellera le printemps et les fleurs qui ne sont plus. Hélas! craignez de la cueillir : à peine elle est séparée de. sa tige, elle languit, sa tête s'incline, elle se sèche pour ne jamais revenir. Ah! puisse une main téméraire ne jamais flétrir ta tranquille beauté, car je te préfère aux fleurs des Immortelles, à la première fleur du printemps, à la fleur que chantait le berger du bocage, ô douce et modeste héliotrope! »

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