‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 86 sur 169 · LE SERIN ET LE CHARDONNERET · texte numérisé non relu

LE SERIN ET LE CHARDONNERET

FABLE

Par un même et commun destin

Réunis dès leur plus jeune âge,

Elevés dans la même cage,

Un chardonneret, un serin

Faisaient ensemble bon ménage.

Il arrivait bien quelquefois Que du serin In brillante roulade

Étouffait de son camarade

Le modeste filet de voix ;

Mais celui-ci, doux et facile,

Sans se plaindre alors se taisait,

Et de fort bonne foi laissait Libre carrière au chanteur plus habile.

Or il advint qu'un beau matin,

En s'éveillant de compagnie.

Tous deux entendirent soudain

Une agréable mélodie.

Et virent la petite main

De leur jeune maîtresse Annette

Qui jouait de la serinette.

Il Oh! s'écrie enchanté notre chardonneret,

<i Quel est cet instrument magique?

« — Vraiment, à ce qu'il me paraît, « Dit le serin, on veut l'apprendre la musique;

il Mais on y va perdre son temps, u Car ta petite voix et ta jietite haleine

« Auront, je pense, delà peine

« A moduler de tels accents.

" — J'en ai grand peur aussi ; cependant, je vais faire

« De mon mieux, dit l'oiseau mignon,

Il Pour profiter de la leçon.

(1 Vous êtes plus heureux , mon frère; " Car il ne tient qu'à vous, avec cet insti'ument,

(1 D'acquérir un bien beau talent.

« — Ahl reprit le serin, je ris de vous entendre : i( Vous ne savez donc pas que Nature, en formant

i< Mon gosier flexible et brillant,

"M'a dispensé de rien apprendre?

Il Des leçons de chant, entre nous,

Il Peuvent être bonnes pour vous;

« Mais moi , qu'ai-je à faire d'en prendre?

D'après cet entretien, on devine aisément (^uele chardonneret, docile aux soins d'Annette, S'efforça d'imiter la douce serinette, Tandis que son ami n'y pensa nidlement. Qu'advint-il? Le premier, par un travail constant,

Perfectionna son ramage; L'accent en devint pur, doux, mesuré, touchant; Il chantait tout au long les Amours au villar/r

Et la wallz de Robin des bois, Pendant que le serin , avec sa belle voix , Ne savait pas un air, chantait sans goût, sans suite,

Importunait tout le logis,

Si bien que, pour en être quitte, On l'exila dans un taudis.

Les dispositions qu'on tient de la Nature, Adcfaut de travail, sont parfois sans produits; Un sol moins bon , aide par la culture, Donne souvent de meilleurs fruits.

LITHOGRAPHIE

On n'exigera sûrement pas de moi que j'entre dans de grands détails sur l'occupation à laquelle se livre le singe représenté dans le dessin joint à ce numéro. Mes lecteurs ont plus d'une fois rencontré de ces petits garçons entre les mains d'un pareil valet-de-chambre, et ils n'auront pas de peine à deviner ce que je ne leur dirai pas. Au lieu donc d'entrer dans une explication, pour laquelle il me faudrait beaucoup de périphrases afin d'éviter l'emploi des mots propres, je vais me livrer à quelques petites réflexions que le sujet m'inspire.

Ce petit garçon est un véritable instituteur d'animaux , et l'on sera |)cut-être étonné de m'entendre dire que je trouve quelques rapports entre son école et certaines classes que j'ai vues. Quoi donc? s'écrierat-on , vous avez vu des écoliers qui ressemblaient à des singes et à des chiens? — Je ne dis pas cela toutà-fait; je ne prétends pas soutenir qu'ils en eussent positivement la mine; mais véritablement, j'en ai vu qui n'étaient guère plus propres, guère plus soigneux de leur personne et de leurs habits, guère plus dégoûtés de toucher des choses sales avec leurs mains. Il y a mieux: j'en ai vu qui étaient moins dociles, moins attentifs, moins empressés de s'acquitter de leurtàche, et qui, de même que le chien et le singe, ne manquaient pas de cesser leurs exercices et de faire les paresseux, aussitôt que le maître avait le dos tourné. J'en ai vu qui, comme le chien, apprenaient leur leçon, la récitaient, sans avoir pris la peine d'y réfléchir et d'en comprendre un seul mot. Enfin, j'en ai vu qui ressemblaient au singe, en ce que, comme dit le proverbe, ils en cluTcltaient aussi à la tête de leur maître, toutes les fois que faire se pouvait.

Vous voyez donc, mes amis, que je n'ai pas toiità-fait tort de trouver quelques rapports entre certaines écoles de petits garçons, et l'école de l'instituteur d'animaux. Il est bien entendu toutefois que je ne parle d'aucun des lecteurs auxquels je m'adresse. (Test tout simideuu'ut une petite causerie que je fais avec eux.

AV IS. - Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" octobre iSafi pour un an, on du i" avril 18.46 pour six mois, et expire par conséquent à la fin de septembre courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche i"(iclobrc prochain, afin de ne pas épiou ver d'interruption dans l'envoi du Journal.

jMrniMmiE or JI'I.I'-S OIDll'l AIMÉ, iMiniMiiui. un noi .

.lu l'om-Jc-I.odi

Dimanche, i*'ocTOBr.E 1826

Le prix de labonncmeui csi , pour Paris , de 2 2 franc s |iar an , et de 12 francs pour six mois. Pour les diiparienieois, de 24 francs par an.

Cl i3 francs pour sii mois.

iir

Bureau de raisonnement, chez I.oi'is Colas, libraire, rue Oaupliioe. n» 32; et chez les principaux libraires Cl directeurs des postes dcï^ dépariements.

ni 1©! ©lEMl,

CORllESPOXDANCE.

llKPONSES AUX DERNIÈRES QUESTIONS DU BON GÉNIE.

J'ai désiré savoir quel était le personnage de l'histoire de France que chacun de mes correspondants estimait le plus, parmi ceux qui n'ont pas occupé le trône. Je m'attendais a voir figurer, dans les réponses qui me seraient adressées, un grand nombre de noms. Cependant, tout en me disant qu'on a été fort embarrassé pour choisir entre tant de personnages dont le mérite, les talents et les vertus semblent commander également l'estime et l'admiration, on s'est réuni, à très peu de chose près, en faveur de trois hommes seulement, qui ont au reste de quoi justifier les suffrages de mes jeunes amis. Sully en a obtenu le plus grand nombre; après lui, Bavard; ensuite Turenne; Jeanne d'Arc et le duc de Bourgogne en ont eu aussi quelques uns. Mais j'ai été étonné que, parmi tant de VOIX à donner, il ne s'en soit trouvé aucune pour d'autres personnages qui me paraissent fort dignes lie lutter avec ceux que je viens de nommer; pour Catinat, par exemple, l'un des plus grands capitaines et peut-être le plus honnête homme de son temps; pour Duguesclin qui avait sans doute mérité par de grandes vertus autant que par de grands talents, l'hommage que lui rendit, après sa mort, le gouver-

neur de Châteauneuf de Randan; pour ce chancelier de l'Hôpital qui offrit le modèle de la vertu la plus pure dans les temps les plus pervers; pour ce Fénélon dont toute la vie fut si belle, si noble, si douce, si touchante, de qui les écrits peignent si bien l'âme indulgente et pure, et qui avait préparé à la France un bon roi dont le règne a été regretté quoiqu'on n'en ait pas joui.

Je pourrais en désigner encore d'autres que je mat tendais à voir choisir par quelques uns de mes correspondants, lien est un auquel j'avais sur-tout pensé, parce qu'il me paraît être le plus beau modèle de la vertu désintéressée, sans ostentation, sans désir de gloire, de cette vertu chrétienne nommée charité, qui fait de grandes choses humblement, qui rend aux hommes de grands services sans leur rien demander en retour, qui ne croit jamais avoir fait plus que son devoir et n'attend sa récompense que du ciel; cet homme, c'est Vincent de Paule. J'ai été charmé, je l'avouerai, qu'au moins une de mes correspondantes, mademoiselle Caliste B..., ait pensé à Im'; et comme elle a parfaitement bien motivé cette préférence, sa lettre sera la première que je vais imprimer ici :

«Mon bon Génie, j'ai balancé long-temps entre le grand Condé et saint Vincent de Paule; enfin, c'est ce dernier qui l'a emporté. Je l'aime, parce qu'il fut le

pere de riuimaiiité, qu'il fut aimé de Dieu et des liommes, qu'il a été le protecteur de tous les âges, de toutes les conditions et de toutes les nations. Il naquit dans le village de Pouy, l'an 1,578. Il fit un voyage sur mer; il fut pris par des corsaires turcs et vendu à vil prix; il fut près de deux ans esclave. Au bout de ce temps il se sauva. De retour à Paris, il visita les criminels, il fit adoucir leur sort. 11 fut nommé aumônier des galères, ce qui le fit aller à Marseille. Il allait consoler les forçats, il les embrassait, il baisait leurs chaînes; il adoucit l'horreur de leiu- situation par ses discours, son affection et ses exhortations; il les fit traiter et nourrir mieux. Un jour, ayant rencontré un forçat qui avait été contraint d'abandonner sa femme et ses enfants dans une grande pauvreté, il se mit à sa place, et la vertu payant la solde du crime (i), il obtint sa liberté et porta assez long-temps la chaîne dont il l'avait délivré. Mais quelques personnes pieuses ayant eu connaissance de ce fait, le retirèrent des galères. Le poids énorme de la chaîne qu'il avait portée lui laissa pour toute sa vie une enflure considérable aux pieds. L'Hôtel -Dieu alors sans revenus, était dénué de tout; saint Vincent forma une association très nombreuse des dames de la cour qui donnèrent des sounnes considérables. Saint Vincent ayant appris, en iG3(), l'état déplorable de la Lorraine, résolut de la secourir : il vendit et donna tout ce qu'il possédait; il chargea ses missionnaires de cet argent. A leur retour, ils firent un tableau si frappant de la misère affreuse de cette province, que saint Vincent se promit d'employer de nouveaux efforts pour la secourir. Un jour, cet homme bienfaisant, en passant dans une rue, y vit six ou sept soldats qui, le sabre à la main, poursuivaient un pauvre artisan pour le tuer: saint Vincent se précipita au milieu d'eux et fit un bouclier de son corps au malheureux artisan déjà blessé. Ce héros du christianisme et de l'humanité mourut le ay septembre 1660, après avoir fondé un grand nombre d'hôpitaux. «Caliste B..., à Mortefontaine. i>

Parmi les lettres de mes correspondants qui ont donné la préférence à Sully, je crois devoir choisir la suivante qui est de mademoiselle Rosalie ***.

" P.on Génie, h votre question du dimanche 3 septembre, je réponds hardiment : Sully.

11 La France était déchirée par les guerres civiles; la branche des Valois s'éteignait, et le royaume allait devenir la proie de l'étranger. Dieu, qui veillait sur notre patrie, ne voulut point abandonner le sang de saint Louis, et il fil monter les Bourbons sur le trône. Henri IV avait toutes les qualités d'un héros; mais il

« (1) Je (lois vous dire, mon bon Génie, que celle Ijcile idi'c n'e^t pas de moi, iiuiis liion de M. l'a'be Longin. »

fallait plus encore : il eut le bonheur d'avoir un ami: cet ami fut un grand ministre, et la France fut sauvée.

« Le dévouement de Sully pour Henri IV était sans iJOrnes, mais éclairé, et jamais il ne prouva mieux combien la gloire de son maître lui était chère, qu'en sachant résister à sa volonté, même quand elle s'était laissé surprendre. Tout sacrifier pour le service d'un roi, père de son peuple, c'était travailler au bonheur de l'Etat. Telle fut la vie entière de Sully. Après avoir, dans vingt combats, répandu son sang pour son jirince obligé de reconquérir son royaume, il consolida le trône en rétablissant l'ordre dans les finances, en faisant fleurir l'agriculture et les arts de la paix; et celui qui, durant les guerres de la ligue, avait mis ses bois en vente pour subvenir aux premiers besoins de son maître, trouva le secret de remplir les coffres de l'État, tout en diminuant les impôts. Avec tout autre roi qu'Henri IV, Sully n'eût été qu'un ministre ordinaire, ou peut-être le vertueux, l'austère Sully aurait été repoussé des affaires; sans Sully, Henri eut sans doute encore été un bon prince, mais l'histoire lui contesterait peut-être le titre de grand roi.

11 S'il était dans le cœur d'Henri de voidoir que le laboureur mît la poule au pôt, Sully peuvait seul peut-être réaliser ce vœu. « Rosalie ***, h Orléans. »

Dans le nombre des autres partisans de SuUv, je dois mentionner, comme ayant bien justifié leur choix, ceux de mes correspondants dont les noms sont ci-après. Je ferai remarquer seulement, à plusieurs d'entre eux, qu'ils se sont un peu trop bornés à retracer l'histoire jiure et simple de leur personnage, sans en tirer les conséquences ni établir les comparaisons qui auraient dû motiver la préférence. La même observation s'appliquera à la plupart des lettres de ceux qui ont adopté d'autres héros.

M"' Blanche R...; M. Ewjinr Delisle , h Périgueux; M"' Jliiw L...., à Baugé; M"-^ Sophie Ch....; M"' Catcau

P...., à Maestrieht; M. Jutes R , à Brcssuire; M. Jt-

liert Patersi; M"' Louise D...., a Dinan; M"" Alexandrine et Fictorinc P...., a. Rouen.

Ce sont particulièrement mes plus jeunes correspondants qui se sont prononcés en faveur de Bayard ; l'est pourquoi j'insérerai ici deux des lettres qui le concernent, afin d'eu donner une des plus avancés et une des plus jeunes. La première est de M. Louis de Saint- Auvant, l'autre, de W' Amélie IV..., âgée de neuf ans.

"Mon bon Cénie, les fastes de la nation française offrent de si beaux et de si nombreux modèles de vertuetd'héroïsnie, qu'il est bien difficile de fixer son choix parmi tant de (;rands hommes en tout genre.

"Mais si vous demandez quel est celui dont les modestes vertus, dont les titres de gloire font battre mon jeune cœur et (pie j'estime par-dessus tout, c'est

Bavard , c'est lui que je nomme sans hésiter, et auquel je voudrais ressembler de préférence.

" Nos bons aïeux, en donnant à Bayard le nom de chevalier saiu peur et sans reproche, ont fait en peu de mots son plus bel éloge; et jamais on ne transmit à la postérité de plus simple et plus naïve apologie.

Il Toujours fidèle à son Dieu, à son roi, à son pays, personne ne connut et ne remplit mieux que lui tous les devoirs d'un loyal et vaillant chevalier. Inaccessible à l'intrigue, à la corruption, à tout ce qui peut flatter la vanité des hommes, cet humble guerrier, loin de briguer Thonncur du commandement, préférait être en sous-ordre à l'armée, et le poste du péril était l'unique objet de sa noble ambition. Aussi généreux que désintéressé, il distribuait sans réserve à ses soldats les fruits de la victoire, ou dotait de ses propres deniers la vertu malheureuse.

" Enfin, après tant de glorieux exploits, frappé du coup mortel, on vit ce héros chrétien donner aux deux armées l'exemple de la plus touchante résignation, et d'une bouche expirante adressera son ennemi même, qui lui exprimait ses regrets, la réponse mémorable qui seule suffirait à sa gloire et me détermine à lui donner la palme.

Il Louis DE SaIXT-AuVAXT. I)

«Mon bon Génie, le personnage de l'histoire de France que j'estime le plus est Bavard, surnommé le chevalier sans peur et sans reproche. Il naquit en 1476, et mourut en i524. Il fut dès l'enfance plein de courage et très respectueux envers ses parents, et annonça par là ce qu'il devait être un jour. Pour empêcher ses sohlats de piller les villes prises d'assaut, il leur donnait de son propre argent. Il défendit Mézières, en i52i, presque sans munitions et sans soldats. Je voudrais, disait un capitaine ennemi, qu'il y eût dans la place deux mille hommes et plus, et que Bayard n'y fût point. On lui demandait un jour quels biens un noble devait laisser à ses enfants: Ce qui ne craint, répondit Bayard, ni le temps, ni la puissance humaine; la sagesse et la vertu. Je pourrais encore, mon bon Génie, vous citer beaucoup d'autres traits de Bayard, et vous parler de sa mort qui fut fort belle; mais tout le monde la connaît, et je trouve que ce surnom de sans peur et sans reproche suffit pour exprimer ses vertus.

" AjiÉnE AV...., à Corbeil. " *-

Je mentionnerai, comme méritant d'être distinguées parmi les lettres sur Bayard, celles qui portent les signatures suivantes :

M"= Augustine *** , au Lude; M"' Augusla S. de C... , à Crans; W' Delplilne F...., h Vienne; MM. Gabriel et Ernest d'Ercevitle; M. Daniel Gavet; M. Charles d'Etcliégoyen.

Je passe maintenant à Turenne, et je me bornerai à une seule lettre qui est de 'SI"' Antoinette R. de la M...

" Mon bon Génie, parmi les hommes les plus estimables de la France, je mets en première ligne le grand Turenne, né à Sedan, le 1 1 septembre 161 1.

u C'était un général tout à-la-fois brave, habile et prudent; toute sa vie militaire en est la preuve irrécusable. Ses mœurs étaient pures; sa modestie n'a peut-être jamais eu ni d'exemple ni d'imitateurs. C'est par ma faute, dit-il un jour, que la bataille de Rhétel a été perdue. Les ennemis sont venus à nous, écrivaitil à sa femme après la victoire des Dunes, et ils ont été battus.

i. Plusieurs traits attestent son désintéressement : d'un coté, il se privait de tout pour ses soldats; d'autre part, il faisait des largesses à ses officiers et avait la délicatesse de leur laisser croire qu'elles venaient du roi. Ennemi du mensonge, il résista courageusement aux exigences du premier ministre qui voulait lui faire trahir la vérité. Il n'était pas moins juste et consciencieux, puisqu'il refusa cent mille écus que lui offrait une ville pour qu'il s'abstint de faire passer l'armée sur son territoire, en disant aux députés : Votre ville n'est pas sur la route où j'ai résolu de passer.

Il Enfin, mon bon Génie, je trouve que ce héros a réuni dans sa personne le courage et l'intrépidité d'Alexandre, la pureté de mœurs de Scipion, la prudence et la modestie de Fabius, le désintéressement de Fabricius, et la justice d'Aristide. Aussi ne crut-on pouvoir mieux reconnaître son grand mérite qu'en lui accordant la sépulture rovale.

Il Antoinette R. de la M...., à Marseille ••

Le choix de Turenne a aussi été très bien motive par M"'./na;ie S. de C, à Crans; M. Jules Guérin; M"= C. A..., a. Saint-Martin-le-Beau ; et M. F. L. G. D, élève de l'institution Morin.

Quoique Jeanne d'.\rc ait obtenu peu de suffrages, je dois d'autant moins omettre ce qui la concerne, qu'on lira sans doute avec plaisir la lettre suivante de SV'CéUniedeB.:

"Mon bon Génie, le personnage de l'histoire de de France qui mérite le mieux notre estime et notre admiration est, je crois, Jeanne d'Arc. Sa mission divine, ses exploits surnaturels, sa vertu constante sa mort héroïque, tout en elle est admirable ou merveilleux. Son histoire est si connue que je ne vous la raconterai point. Cependant je ne puis m'empêcher de vous dire combien j'ai été frappée de voir cette pauvre villageoise de dix-sept ans sauver la monarchie française d'une ruine qui paraissait inévitable. Elle fait au roi Charles VII des promesses qui semblent impossibles à réaliser, et elle les remplit toutes. La

levée du siège d'Orléans, le sacre du roi à Keiins étaient, disait-elle, les deux objets de sa mission, et ces deux entreprises jugées inpraticables sont exécutées comme elle l'avait prédit. Sa gloire, l'éclat qui s'attache à elle ne changent rien à son humble piété; elle rapporte constamment à Dieu les grandes actions qu'elle fait en son nom. Plus admirable encore au milieu des rigueurs d'une dure captivité et des tourments du plus affreux supplice que sur les remparts d'Orléans et à côté de l'autel de Reims, ses réponses à ses juges sont sublimes. Si je ne craignais d'alonger trop ma lettre, je les rapporterais toutes. Je citerai seulement celle qu'elle fit à la demande par quel sortilège elle avait fait faire à ses soldats des choses si extraordinaires? « Je disais : Entrez au milieu des u Anglais; et j'y entrais moi-même.» Ceux qui ont cru Voir une blanche colombe s'envoler de son bûcher, ont fait une juste allusion à la pureté de son âme et au merveilleux de sa vie. u Célinie de B...., à Caen. »

Le duc de Bourgogne n'a pas eu le temps d'appliquer au bonheur des hommes les vertus que le ciel avait mises tians son âme, et que son digne précepteur avait su développer en lui. Cependant, puisqu'elles ont assez frappé plusieurs de mes correspondants pour (ju'ils l'aient mis au premier rang entre les hommes les plus dignes de l'estime de la postérité, je donnerai au moius un extrait de ce qui m'a été écrit à ce sujet. Je le tire de la lettre de M"° Clémence de F....

(iMon bon Génie, je me suis décidée en faveur du duc de Bourgogne, parce qu'il me semble réunir à-lafois les vertus qui font le vrai chrétien, et celles qui le mettent au rang du meilleur des princes. Il eut de grands défauts dans son enfance, mais grâces aux soins de Fénélon, il les surmonta tous. Il joignait aux talents de l'esprit toutes les (jualités du cœur. Son attachement et sa reconnaissance pour Fénélon furent à toute épreuve. Il se montra si sensible à sa disgrâce, qu'on voit en lui le parfait modèle de l'amitié. Ne pouvant le suivre dans son exil, il le consolait par ses lettres pleines de tendresse. Il avait l'âme trop grande pour se rendre esclave de la flatterie, aussi ses courtisans étaient bien sûrs de lui déplaire en y ayant recours. Avec quelle franchise et quelle simplicité il demande à Fénélon de lui retrax-er ses devoirs et de l'avertir de ses défauts! Ce prince se montra toujours

digne de l'amour des peuples Il est à regretter qu'il

n'ait pas régné; il eût rappelé le règne de saint Louis. u Clémence de F.... »

Une de mes malignes petites correspondantes a voulu se venger de l'embarras que j'ai pu lui causer, et me le faire éprouver à mon tour, en me demandant d'exprimer ma propre opinion sur ma dernière question et sur la précédente. Mais j'ai un moyen de m'en tirer. Mon opinion, puisque opinion il y a, est (juc mes jeunes correspondants, ayant en général fort

bien motivé les choix divers qu'ils ont faits rcs[)ectivement, m'ont prouvé qu'il était à-peu-près imposible de décider avec justice quel est, soit dans l'histoire Ancienne, soit dans l'histoire de France, le personnage (jui mérite d'une manière absolue le plus d'estime.

EXPLICATION DE LA DERNIÈRE CHARADE

Le mot de ma dernière charade est sourire, dans lequel on trouve sou et rire. M"' Jntoinette II de la M.... m'en a donné l'explication la plus complète, dans les termes suivants:

il On entend actuellement par sou une pièce de monnaie de cuivre, dont vingt valent un franc. On désignait autrefois par la même dénomination une monnaie de compte d'un quart plus forte; c'était le souparisis.

Il Le sou d'or était en usage sous les empereurs romains; c'étaient eux sans doute qui l'avaient introduit en France. Il valait 4o deniers d'argent fin et pesait environ 21 grains; il vaudrait aujourd'hui 11 francs. Sur l'un de ses côtés était la tête ou le buste d'un de nos rois, et de l'autre, une croix. Cette monnaie a disparu sous le règne de Philippe-le-Iîel.

Il Le mot rire exprime un mouvement des traits du visage qui marque la satisfaction que nous éprouvons. On rit parce qu'on est gai et content, ou parce qu'on veut le paraître; on rit quelquefois avec malignité, et quelquefois aussi , ce qui n'est jamais décent, pour se moquer. Le rire est sans contredit naturel, puisqu'on a ri dans tous les temps et par-tout, et que souvent il nous est impossible de le letenir, ce qui , dans certaines occasions, est fort désagréable et très impoli.

11 Le sourire exprime un sentiment plus doux; iJ est mar(]ué par un léger mouvement des lèvres et des yeux. Qu'il est agréable d'obtenir un sourire de nos parents! C'est une espèce de talisman qui, par ses charmes, nous fait supporter les dégoûts inséparables des études auxquelles on nous applique, et nous y fait persévérer. « Antoinette R. de i.a M... , à Marseille. "

On m'a fait inie observation qui m'a paru fort juste, et à laquelle je ne manquerai pas d'avoir égard; on m'a représenté que mes questions étaient souvent trop fortes pour les plus jeunes de mes abonnés qui se trouvaient ainsi privés d'y répondre, et l'on a paru désirer que j'en fisse en même temps, chaque fois, une plus simple et plus à leur portée. Je m'empresse d'adopter cette idée et je la suivrai à l'avenir, excepté ce|>endant pour la question des prix; mais j'aurai soin (ju'elle soit à la portée de tous mes lecteurs, et comme je les partage, selon leur âge, en deux classes à chacune desquelles je destine un prix, les plus jeunes ne devront pas être effrayés de la concurrence des plus avancés. C'est dimanche prochain que seront proposés CCS prix annuels qui doivent être décernés au mois de novembre avec le iirix de semestre.

iMrp.iMEnu DE JUI.r..S IMDOT .\1N'|':, nirp.iMiiLT. ta; iioi ,

Jii Ponl-ilo-Lo.li

IllMAVCUF-, 8 OCTOBRE l8iC

Le prii de l'abonDemeiii est , pour Paris , de 2 2 frani s par an, elde 12 francs pour six mois. Pour les deparlf menis, de 24 francs par .t Cl i3 francs pour six moi

ni BOB 0ÉMIÎ1:

J-0'"Ç1ÎI4^ ®M 1ÎH4I

111'^ ASXtE. N" 23.

Bureau de l'abonneuient, clii'i I.OUIS Colas, libraire, rue Daupbine, n' 3aî ei chez les principaux libraires cl directeurs des posles des dépariements.

LE HÉ^asso^^

On s'attache par les soins que Ion donne et par le bien que l'on fait. Cela est si vrai, qu'une de mes jeunes abonnées, pour avoir sauvé un petit hérisson qui était prêt à périr et l'avoir ensuite élevé, a conçu, en faveur de cette bêle disgracieuse, le même attachement qu'aurait pu lui inspirer le plus joli petit oiseau. Elle m'a fait part en termes fort touchants de sa tendresse pour son hérisson; elle prétend qu'on ne rend pas justice à ce pauvre animal, et que parce qu'il est laid, on lui refuse à tort des qualités plus solides et plus estimables; enfin elle m'a prié de faire, dans mon Journal, un article sur le hérisson qui, assuret-elle, gagne beaucoup à être connu. Je vais la satisfaire, mais je doute qu'il me soit facile d'inspirer à dauties jeunes personnes le désir d'élever aussi quelqu'un de ces animaux, dont le nom seul est assez peu attravant.

Le hérisson est un animal dont le corps a neuf à dix pouces de longueur. Son museau a un peu la forme de celui du cochon; ses yeux sont petits et à fleur de tète; ses oreilles, courtes et larges: ses jambes si courtes que l'on n'aperçoit que les pieds qui sont divisés en cinq doigts. Le dessus de la tête et du corps est protégé par des piquants durs et pointus. Ces pi-

quants, dont il est hérissé et d'oii il tire son nom, ne sont pas des armes dont cet animal puisse se servir pour attaquer; à peine en fait-il usage pour se défendre, et le courage n'a aucune part k sa défense qui n'est que l'effet de la peur, et qui se réduit à se resserrer en boule, à rester immobile, et à présenter à son ennemi un globe hérissé de pointes dures et acérées. Dans cet état le hérisson brave les attaques des autres animaux; la plupart des chiens se contentent de l'abover et ne se soucient pas de le saisir. Ceux que l'on anime à ce genre d'attaque, se mettent le nez et la gueule en sang. Un cultivateur des environs de Lunéville avait un chien qui faisait une guerre très vive aux hérissons, mais il se gardait bien de les toucher. Dès qu'il apercevait un de ces animaux, il abovait de toutes ses forces pour appeler du secours; si l'on ne venait pas à ses cris, ce chien intelligent creusait la terre avec ses pattes tout près de l'endroit où le hérisson était resserré en boule, le faisait rouler dans le trou, le couvrait de terre, et courait à la maison chercher quelqu'un qu'il amenait à l'endroit où il avait laissé son ennemi enterré.

La peur oblige aussi quelquefois le hérisson à lâcher son urine, dont la mauvaise odeur d'ambre estv^çVMfi] bien propre à rebuter les assaillants. Quand ces ai^!__g5:^^ maux n'ont rien qui les inquiète, leurs piquants sMt-' ^'-^

couches en arrière les uns sur les autres comme une espèce de poil. Le hérisson \it dans les buis et dans la campagne; il se retire sous des racines, des pierres, des rochers, ou dans des troncs d'arbres. Les crapauds, les limaçons, les gros scarabées et d'autres insectes font sa principale noiirriliue; il mange aussi des racines et les fruits qui tombent des arbres. Les femelles font leurs petits sin- un lit de mousse, sous un buisson, ou au milieu de hautes herbes. A leur naissance, ces petits sont blancs et parsemés de points d'oîi doivent sortir les piquants; ils font alors entendre lui cri faible, assez semblable à un sifflement.

Les hérissons ont le naturel indolent, timide et doux ; ils ne cherchent point à mordre ni à frapper de leurs pieds; ils sont même susceptibles de quelque docilité. On a vu de ces animaux obéir à la voix de leur maître, se dérouler quand il le leur commandait, et se laisser manier et tourmenter. C'est là ce que je puis dire de plus avantageux en leur faveur; mais je conçois qu'on leur sache gré de la moindre marque d'intelligence, car elle étonne de la part d'un animal dont l'extérieur en annonce si peu. Au reste, la captivité leur est odieuse; la mère abandonne ses petits nés dans l'esclavage, dès qu'elle peut s'en tirer elle-même ; et dans cette espèce, la tendresse maternelle le cède à l'amour de la liberté. Le hérisson d'ailleurs est un animal peu utile à l'homme. On mange sa chair dans quelques pays, particulièrement en Espagne; mais on n'en fait aucun cas chez nous. Il faut au moins lui rendre la justice de dire qu'il ne fait point de mal dans les jardins ni dans les potagers. Il y a même des endroits oîi on le met dans les clos, parce qu'on croit qu'il fait la chasse aux soiuis, aux rats et aux mulots. C'est par le même motif que l'on en élève dans les maisons, comme des chats, sur les bords du Tanaïs. Ce n'est guères que pendant la nuit qu'il peut faire cette chasse, car il dort presque tout le jour, et passe l'hiver engourdi dans des arbres creux, de même que les marmottes.

Voilà tout ce que je puis dire sur ce pauvre animal. J'ai peur que ma jeune abonnée ne soit pas contente de cet article; mais il est possible que son élève fasse une exception parmi les hérissons. Ce qui est certain, c'est qu'elle a fait une action louable en sauvant un innocent animal prêt à périr, et en lui donnant des soins.

MOTS A j;()ni:iLLE,

Page 1