RACONTÉE POUR LA DEUXIEME FOIS
L'abbé Gaultier était l'ami des enfants, un véritable bon Génie pour eux. Il a composé des livres charmants, et inventé des méthodes avec lesquelles on s'instruit en s'arausant. Toutes les semaines, il réunissait chez lui un certain nombre de jeunes garçons et déjeunes filles, qui y venaient accompagnés de leurs mamans , et auxquels il enseignait beaucoup de choses utiles, en jouant avec eux. Chaque leçon était une partie. Les élèves attentifs, qui répondaient bien, gagnaient des jetons, et celui qui en avait le plus gagné h la fin de la partie était proclamé président, pour occuper la place d'honneur à la leçon suivante.
Un jour, (j'ai été témoin de ce fait), l'abbé Gaultier avait i)roposé une question assez difficile, en annonçant que celui qui pourrait la résoudre gagnerait dix jetons. Dix jetons! cela faisait une bonne avance pour arriver à être président. Aussi, voila chacun se grattant le front et levant le nez au plafond, comme si la solution eût été la. Involontairement, par distraction, une maman, qui se trouvait placée derrièie son fils, lui souffla la réponse. Il n'y eut que lui qui lenlendit, cl il la répéta aussitôt. «C'est très
bien, mon ami, dit labbé Gaultier; très bien, vnihi les dix jetons. " Cependant, le jeune garçon baissait les yeux d'un air embarrassé et confus; car il sentait qu'il n'avait ni mérité les éloges qu'on lui donnait, ni gagné loyalement les dix jetons qui lui étaient offerts. Il étendit la main en hésitant, y reçut les dix jetons, et après les avoir contemplés un moment, les rejeta sur le milieu de la table, en disant : ci Non, monsieur l'abbé, je ne puis pas les recevoir, parce que maman m'a soufUé. » A ces mots, sa mère l'embrassa tendrement, et un murmure d'approbation circula tout autour de la table. «Ce que vous venez de faire dit l'abbé Gaultier, est encore mieux que d'avoir résolu ma question, aussi en serez-vous bien jilus récompensé. Si vous n'avez pas gagné les dix jetons, vous venez d'acquérir l'estime et l'amitié de dix camarades, en leur donnant un honorable exemple de droiture, de délicatesse et de sincérité."
NOUVELLES
La grande nouvelle du moment c'est la rentrée des classes. J'ai voyagé l'autre jour dans une diligence qui était toute remplie d'écoliers , et j'ai vu avec praisir qu'ils revenaient fort gaiement reprendre leurs travaux.Et dans le fait , pourquoi en seraient-ils attristés? n'est-ce pas une jouissance que d'apprendre? n'est-ce pas une satisfaction, de sentir qu'on acquiert de nouvelles connaissances, et qu'on se met en état d'occuper honorablement sa place dans la société? n'est-ce pas un bonheur, de penser qu'on fait par ses progrès la joie de ses parents? n'est ce pas une douce chose que l'espérance d'obtenir h la fin de l'année des succès flatteurs? Sans doute les vacances sont un temps fort agréable, mais elles perdraient bientôt leur charme, si 'elles duraient toujours. Le repos n'est bien goûte qu'après le travail; le plaisir, qu'après l'accomplissement des devoirs. Quand on s'est reposé et diverti quelque temps, il faut que de nouveaux travaux, de nouveaux devoirs préparent les douceurs d'un notiveau repos et de nouveaux plaisirs. Il en est de cela comme du printemps, qui aurait moins de charmes s'il n'était précédé de l'hiver. Aussi, voilà les feuilles qui jaunissent et qui tombent, les jours qui raccourcissent, le vent qui souffle, les nuages qui parcourent l'atmosphère, l'hiver enfin qui s'avance. Mais quand il sera passé, comme le soleil de mai nous paraîtra l,eau' Et comme les vacances prochaines seront riantes, quand nous aurons la conscience d'avoir Lieu eniplové notre année!
iMpr.iMERiE DE JULE.S DlDOT AÎNÉ, iMiniMiaR du koi , rue du roui-at-Ud, ,
Dimanche,! 5 octobre 1826.
Le prix Je l'abonneuient est, pour Paris, de 22 francs par ao , et de 1 2 francs pour «is mois. Pour les dcparleluenis, de 24 fraucs par an , Cl i3 francs pour six mois.
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Bureau de l'alionnenicni, cliez Lonis Colas, libraire, rue Daupliine, n" .S2; cl cliez les principaux libraires et directeurs des postes des dëparlcments.
LE FOrRMILlON.
J'ai déjà eu roccasion, mes ami.s, de vous entretenir des mœurs intéressantes de plusieurs espèces d'insectes; mais depuis assez long-temps j'avais laissé de côté cette classe de petits animaux, pour traiter d'autres sujets, soit d'histoire naturelle, soit de physique; car je pense vous être agréable en variant autant que possible la nature de nos entretiens. Pour revenir aujourd'hui aux insectes, j'en choisis un que plusieurs d'entre vous connaissent probablement, et dont j'imagine quelhistoire sera intéressante pourtous; c'est \efourinilioti.
On donne ce nom à la larve d'un insecte volant. Arrivé à ce dernier état, après avoir subi ses métamorphoses, il porte le nom de mynnéléon ; il est muni de quatre ailes transparentes; son corps est alongé et cylindrique. Sous cette forme, son histoire n'offre rien de bien curieux, et n'a de l'intérêt que pour les naturalistes. 11 n'en est pas de même de la larve, c'est-à-dire du fourmilion , dont nous allons nous occuper.
Cette larve est de couleur grisâtre; elle a sLx pattes , le ventre très gros, la tête fort petite et armée de deux cornes longues, mobiles, dentées intérieurement dans presque toute leur longueur, et terminées en pointe.
Ces deux cornes lui servent de pinces et de suçoirs. Le fourmilion marche très lentement et à reculons. Il est carnassier, et se nourrit d'insectes, particulièrement de fourmis, comme son nom l'indique; mais toutefois, il n'est pas très difficile sur le choix, et il mange même au besoin ceux de son espèce. Lent et gêné dans les mouvements de son corps, le fourmilion ne pourrait attraper, à la course, des insectes dont la plupart sont plus agiles que lui; mais la nature lui a enseigné les moyens de leur tendre des pièges. Il sait disposer le lieu où il se fixe, de manière que sa proie vient tomber dans ses cornes qui l'atlendent. Il se lope dans le sable, oii il se tient tranquille au fond d'un trou fait en entonnoir; il y est caché entièrement, à l'exception de ses cornes qu'il tient élevées au-dessus et écartées l'une de l'autre. Malheur alors à tout ininsecte imprudent, à la fourmi sur-tout, qui, en cheminant, ose en approcher. Si un de ces insectes est assez éloigné pour que la larve ne puisse le saisir, elle fait pleuvoir sur lui une si grande quantité de sable, avec sa tête, dont elle se sert comme d'une pelle, qu'il en est étourdi; il achève de perdre l'équilibre qu'il avait peine à consei-ver sur un terrain en pente, et vient tomber au fond du trou, entre les pinces meurtrières de la larve, qui le serrent aussitôt et le percent en se refermant.
Quand le fourmilion est ainsi maître de sa proie, il l'entraîne sous le sable pour la sucer à son aise, et après avoir tiré de l'insecte ce qu'il a de succulent, il jette au-delà des bords de son trou le cadavre desséché, qui lui devient inutile.
On ne trouve ces larves que dans les terrains sabloneux et composés de grains fins. C'est au pied des vieux murs, dans les endroits les plus dégradés et exposés au midi, qu'elles s'établissent le plus ordinairement. Un fourmilion n'habite pas toute sa vie le même trou; il en change quand celui qu'il s'était fait a été dérangé, ou quand il n'y fait pas assez de capture. Lorsqu'il se détermine à l'abandonner, il se met en marche, parcourt les environs; le chemin qu'il fait est marqué par une espèce de petit fossé d'une ligne ou deux de profondeur. Arrivé à l'endroit qui lui convient, il se creuse une nouvelle habitation avec inie ardeur infatigable. Pour donner de justes proportions à son entonnoir, il en trace l'enceinte en faisant un ftssé semblable h celui qu'il forme en marchant. Ce fossé décrit un cercle plus ou moins grand, depuis quatre à cinq lignes, jusqu'à plus de trois pouces de diamètre, selon la grosseur de la larve, qui augmente à mesure qu'elle approche du moment de sa métamorphose. Ce cercle forme l'ouverture du trou que l'animal creuse en entonnoir, et qu'il achève quelquefois dans l'espace d'une demi-heure. Aussitôt que le trou est fini, le fourmilion se cache dans le fond pour y attendre sa proie, et a souvent la patience de l'attendre fort long-lenips, dans une immobilité complète.
Cette larve sort de l'œuf qui la produit en été ou en automne, et ne subit sa première métamorphose que l'année suivante. Cela a lieu dans le trou même qu'elle a creusé; ou bien elle choisit dans le sable un endroit commode pour y faire la coque dans laquelle elle se renferme. Cette coque est ronde; l'extériein- est composé de grains de sable qui tiennent ensemble par des fils de soie, que la larve tire de filières qu'elle a à l'extrémité du corps; l'intérieur est tapissé d'une soie d'un blanc satiné. Quinze à vingt jours après que la chrysalide s'est renfermée dans cette coque, l'insecte parfait en sort jiar une ouverture qu'il y fait , et s'envole.
On peut élever des fourmilions dans du sablon, eu ayant soin de leur donner des fourmis, des mouches ou d'autres insectes. Je me rappelle que je me suis procuré cet amusement quand j'étais écolier. J'avais trouvé beaucoup de fourmilions, dans un endroit où l'on dirigeait souvent nos promenades. Je les avais mis dans une grande boite remplie de sable, où iavais le plaisir de les voir construire leurs trous. Mais je ne leur donnais pas de fourmis, parce que j'ai toujours eu une sorte de prédilection pour cet insecte iiuhis-
trieux; et je me contentais de les nourrir avec les mouches importunes que j'attrapais, lorsqu'elles venaient me tourmenter tandis quejefaisaismon thème ou que j'apprenais une leçon.