‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 98 sur 169 · PRIX · texte numérisé non relu

PRIX

Je vous demande pardon, mes bons amis, de vous avoir fait attendre, pendant huit jours de plus que le tlélai ordinaire, une chose agréable pour vous. J'avais absolument besoin de ce délai , pour deux raisons : d'abord, le nombre des lettres qui me sont parvenues était plus considérable que jamais; ensuite, je vous avouerai que je ne m'étais pas encore trouvé dans un aussi grand embarras pour prononcer entre vos diverses compositions. Je ne m'en suis moine pas rapporté à mon seul jugement; j'ai pris conseil, et je n'ai prononcé qu'après m'étre bien assuré de la justesse de mon opinion et de la justice de mes petits arrêts.

Pour la première fois, ce concours va donner lieu de ma part à quelques observations critiques qui se trouvent ici indispensables.

La première, c'est que presque aucun des concurrents n'a pensé a un moyen bien naturel et bien touchant, qu'ont tous les enfants d'e.xercer la charité envers les malheureux. Ce moyen, c'est de prier Dieu pour eux. Celui qui a dit : Laissez venir à moi les petits enfants, se plait à écouter les prières de l'enfance. Prier pour le soulagement des infortunés est, de tous les actes de charité, le premier qui soit à la portée de

votre faiblesse. J'ai entendu quelquefois de pieux en fants ajouter à leurs prières ordinaires quelques molr en faveur des pauvres et des infirmes; j'étais vivement touché de leur douce ferveur, et il me semblait qu'elli ne pouvait manquer de toucher aussi le Dieu tout bon et tout puissant. Parmi les réponses qui m'ont été faites, il n'en est que quatre ou cinq qui fassent mention de ce moyen; et j'ai vivement regretté que le reste de ces quatre ou cinq lettres ne répondit pas à l'expression louable de cette pensée que je n'ai pas retrouvée dans les autres. Je suis bien aise, au moins, de faire savoir à ceux qui l'ont eue que, si leurs compositions n'ont pu d'ailleurs être mises au premier rang, ce qu'elles contenaient de bien ne m'a pas échappé.

Kn second lieu, le plus grand nombre de mes correspondants est sorti en partie de la question. J'avais bien spécifié le cas où un enfant ne disposerait d'aucune somme d'aryent; et dans la plupart des réponses, on a imaginé des ressources, des moyens pour se procurer de l'argent afin de le donner aux pauvres. Ce n'était pas cela. Je voulais savoir comment vous pensiez qu'on pouvait faire la charité, autrement qu'avec de l'argent. Dans un concours, la première condition est de ne pas sortir de la question. Les plusjolies choses du monde, qui n'y repondent pas exactement, ne

sauraient lutter contre une réponse simple et précise; autrement, ceux qui étendraient à leur gré leur cadre, prendraient un trop grand avantage sur des émules plus exacts. J'ai donc dû tenir compte de cette considération. Elle a fait reculer assez loin plusieurs lettres fort jolies et fort intéressantes du reste; entre autres , un récit touchant de mademoiselle Rosalie***, d'Orléans, qui n'a obtenu que le cinquième accessit, mais que je me réserve pourtant le plaisir de faire lire à mes lecteurs.

Il est une lettre sur laquelle j'ai médité long-temps , c'est celle de mademoiselle Caroline Lawless. Cette lettre l'emporte de beaucoup sur toutes les autres, par les pensées comme par le style. Je dois dire ici que c'est la plus remarquable de toutes celles que j'ai reçues depuis que cette correspondance est établie. Mais mademoiselle Caroline Lawless a envisagé la question sous un point de vue qui n'était pas celui où j'avais placé mes lecteurs. Je dirai, pour elle, qu'elle a été au-delà de la question; ce qui n'est pas non plus admissible dans un concours. Les considérations qu'elle présente, dans toute la première partie de sa lettre, quelque justes qu'elles soient, étaient ici un peu hors de saison , et m'empêcheront même de l'imprimer. Après mûre réflexion, et après m'étre appuyé de conseils éclairés, je n'ai pas cru devoir donner le prix à cette lettre; mais comme elle ne pouvait avoir une autre place, je l'ai mise hors de concours, pour en faire ici une mextion rnEMiÈRE et spéciale. J'espère que mademoiselle Caroline Lawless voudra bien me permettre d'y joindre un témoignage particulier de l'estime et de l'intérêt du bon Génie.

J'ai partagé, comme de coutume, mes jeunes correspondants en deux classes; la première, composée de ceux qui sont âgés de onze ans et au-dessus; la seconde, de ceux qui n'ont pas accompli leur onzième année. Je vais donner un prix dans chacune de ces deux classes. Je donne, en même temps, le prix de semestre, pour les meilleures réponses aux diverses questions faites dans le cours des six mois qui viennent de s'écouler.

Je n'ai pas besoin de vous répéter, mes jeunes amis, que cette époque est aussi agréable pour moi que pour vous. J'espère que vous ne doutez plus maintenant de l'intérêt vif et sincère que je prends à vos travaux, à vos progrès, à vos succès, à vos plaisirs. Je dois même croire que vous en êtes convaincus, car vous me dites des choses bien aimables, bien gracieuses. Il m'est doux de vous entendre m'apiieler avec confiance votre a/ni; ce titre m'est chtr, et je tiens à le justifier.

Mais voici encore que je retarde l'annonce des prix. Je ne m'en fais pas toutefois un grand scrupule en ce moment, car je me doute bien qu'avant de lire ce préambule, vous aurez déjà lu ce qui va suivre.

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