‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 97 sur 169 · L'ENFANCE DE FÉNÉLON · texte numérisé non relu

L'ENFANCE DE FÉNÉLON

Beaucoup d'hommes célèbres inspirent l'admiration; un plus petit nombre commandent le respect et l'estime; il en est peu qui, en même temps que le respect et l'admiration, inspirent aussi un sentiment affectueux, une sorte d'attachement tendre pour leur personne même. Parmi ces derniers, le vertueux et

bon Fénélon occupe peut-être le premier rang. L'auteur de Teleinaque et de TÉducalion des Filles, le prélat qui ramenait à un hon paysan sa vache égarée, est sans doute un liomuic qu'on ne peut s'empêcher d'aimer, en même temps qu'on l'admire et qu'on le vénère. Mes lecteurs ne seront sûrement pas fâchés de trouver ici quelques détails sur ses premières années.

Ce fut dans un château solitaire du Périyord qu'il vit couler les beaux jours de son enfance; ce fut là que deux époux d'un âge bien différent, mais qui réunissaient les mêmes principes de morale, trouvèrent leur plus douce consolation à former son jeune cœur à l'amour de la vertu, et à donner les plus heureux développements à ses facultés intellectuelles.

Le moral, le physique, tout en lai fut étudié, soigné, cultivé. Son tempérament était faible et délicat; mais en usant de précaution, de ménagement, de sobriété, on le rendit capable de soutenir la fatigue et le travail. Son esprit était vif, juste, pénétrant; on entretint, on alimenta cette flamme divine, avec la sagesse et la modération nécessaires pour l'étendre et la fortifier.

Dès que sa raison eut jeté quelques lueurs, dès qu'on entrevit les penchants, les dispositions de son âme, on s'attacha à lui donner des idées justes, à le pénétrer du zèle et de l'émulation de la sagesse. Le jeune Fénélon répondit à des soins aussi éclairés: son caractère doux et flexible se prêtait à tout, et se plia de bonne heure à la règle, à l'ordre et au devoir. 11 était accoutumé à ne suivre ses goiits que lorsqu'ils étaient innocents, à ne rien faire par humeur, par caprice, par fantaisie; à ne pas se regarder comme un être important dont il fallût toujours s'occuper; à craindre les remords plus que les réprimandes; à écouter enfin la raison et la conscience, et à n'agir jamais contre leur témoignage. 11 ne cherchait à plaire que par sa modestie et sa docilité. Content lorsqu'il n'avait pas mérité de reproches, il ne courait point après les applaudissements, et se portait, sans contrainte et sans dégoîit, à tout ce qui était de son âge, au jeu quand on le lui permettait, et au travail quand on l'ordonnait. L'enqiire qu'il savait dès-lors prendre sur lui est remarquable. Un jour qu'il était à s'amuser aux environs du château, le domestique de confiance, qui présidait momentanément à ses jeux, s'avisa de tenir un propos qui manquait de justesse; le jeune enfant, qui en avait beaucoup, crut pouvoir le relever. Le do.mcstique insiste; l'enfant achève de lui prouver qu'il a tort, et désespérant de le convaincre, fmit par le laisser parler sans lui répondre. Outré de ce silence, le domestique le saisit par le bras, le jette par terre avec humeur, et le blesse douloureusement. L'enfant se relève avec peine, retourne au château, ne dit mot de son aventure, et laisse croire qu'il a fait une de ces chiites dont on ne garantit pas toujours les enfants les mieux surveillés.

Quand le moment fut venu de chercher un institu-

teur, les parents du jcime Fénélon eurent le bonheur d'en trouver un qui cultiva avec une habileté peu commune les rares dispositions qu'il rencontra dans son élève, u Lorsque vous ne faites rien, lui disait-il quelquefois, ou que vous ne cherchez qu'à vous amuser, étes-vous long-temps content de vous-même? Ne craignez-vous point l'ennui que vous voyez s'avancer à grands pas? Ne sentez-vous pas un fonds d'inquiétude qui vous trouble et vous embarrasse? L'homme sans doute a besoin de délassement; tuais la dissipation, mais l'oisiveté fatiguent à la longue bien plus que le travail, et entraînent presque toujours avec elles les désordres les plus déplorables, m

Le jeune Fénélon apprit beaucoup et très facilement. A l'âge de douze ans, il savait très bien le grec, écrivait en latin et en français avec facilité, avec pureté. La lecture des anciens lui était familière, et il n'existait pas de genre de littérature dans lequel on 'ti'eiit essayé de le faire travailler d'après lui-même. On lui apprenait en même temps à ne voir dans ses progrès que des motifs de bénir et de remercier la Providence, à qui il les devait.

Telle fut l'enfance de Fénélon; telle fut l'éducation de ses premières années, à laquelle nous devons la perfection de ses ouvrages, et, ce qui vaut mieux, celle de ses vertus.

LITIlOGRAPIilE.

La Main-Chaude devient un jeu de saison. Voilà le temps où les écoliers vont commencer à souffler dans leurs doigts. Il est un moyen meilleur pour les réchauffer, c'est de frapper fort à la main chaude. Cela vaut mieux aussi ([ue de se chauffer au feu. Quand il fera bien froid, il y aura quelque chose de meilleur encore; ce sera la course, qui fait circider le sang et réchauffe tout le corps.

AVLS.

On m'a fait remarquer une faute d'impression, que je n'avais point aperçue en corrigeant l'épreuve du numéro du 8 de ce mois. J'avais fixé le délai pour le concours au dimanche 29 octobre; on a mis au dlmanclie 23. J'imagine bien que cette faute n'aura pas induit mes lecteurs en erreur, car le 23 n'était pas un dimanche, et ils savent que je donne toujours trois semaines. Ceux qui se croiraient en retard peuvent se rassurer : j'ai admis toutes les lettres qui me sont parvenues jusqu'à ce jour, 2g octobre.

Comme CCS lettres sont fort nondireuses et qu'il me faut le temps nécessaire pour les exîtminer scrupuleusement, le résultat du concours ne sera annoncé que le dimanche 12 novembre.

Ceux de nos sousciipteurs de qui l'abonnement date du 1" novembre 182') pour mi an, ou du i" mai 1826 pour six mois, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche 5 novembre prochain, afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

UiPRiMEniB DE JULES DIDOT AINli, iMPiiiMtuii uc 1101

du I>u.ii-de-L<Mli

DniANCIIE, 12NOVEM

Le prix de l'abonncmcn csl, pour Paris , de 2 2 fram

para

et de 12 francs p^

six mois. Pour les dt-pariemenis, de 24 fraacs par an, et i3 francs pour six mois.

©Èîtll,

iir ANNÉE. N° 28.

Bureau Je l'ahonnenient, cliei Louis Colas, libraire, rue Daupliine , n° 32; et chez les principaux libraires cl direcleurs des postes des départements.

ttwi»^

Page 1