‹ Le Bon génieChapitre 125 sur 135 · PETITE DIVISION · texte numérisé non relu

PETITE DIVISION

Les deux meilleures lettres de cette division sont celles de Mesdemoiselles Fictorine G..., et Louise C; les voici en entier :

"Mon bon Génie, la ruse consiste, je crois, à employer sans cesse mille détours pour arriver à son but; elle suppose toujours un caractère faux et dissimulé à l'excès, et de plus un cœur corrompu; car si nos intentions et nos sentiments sont purs, pourquoi chercher à les déguiser? La ruse est un mauvais emploi de la finesse qui est une qualité si précieuse de Tesprit, lorsqu'on en tire un bon parti.

(I On évite le rusé presque aussi soigneusement que le voleur; et en effet, il y a entre eux un rapport incontestable, c'est que tous deux ne pensent qu'à tromper. On est toujours en garde contre l'un comme contre l'autre, parce que l'un veut surprendre votre bourse et l'autre votre esprit. L'effet que produit le mensonge est aussi celui que produit la ruse: celui à qui l'on a reconnu l'habitude de mentir, n'est point cru, quelle que soit sa véracité; et celui qui ne marchant jamais droit au but, veut par hasard, une fois, éviter les détours, excite la défiance de ceux qu'il a déjà trompés, et qui ne peuvent considérer ce qu'il dit, que conime un motif de croire qu'il pense différemment.

«Enfin, par la raison que la franchise est une aimable et précieuse qualité, la ruse est un défaut qui, n'existant jamais sans un nombreux cortège d'autres défauts, excite le mépris et la haine. « VicTORiNE G , à Paris, »

Il Mon bon Génie, la ruse est un mélange d'adresse, de dissimulation et de finesse; elle naît de la lâcheté et de la bassesse, dans un homme, et dans un enfant, de la malice et de l'espièglerie. Dans l'enfance, elle n'est un véritable défaut que poussée à un cer-

tain point. Au reste, on en est souvent puni, car, comme dit le bonhomme:

h La ruse la mieux ourdie

« Peut nuire à son inTenteur,

« Et souvent In perfidie

« Retourne sur son auteur.

«Une personne rusée .s'expose, outre les inconvénients que j'ai exprimés dans ces vers, à perdre la confiance de ceux qui l'entourent, qui, s'ils ne sont pas honnêtes gens, emploient à leur tour la ruse pour la tromper. Je méprise une personne rusée, parce qu'elle a presque toujours des sentiments bas. Une âme noble n'emploie pas la ruse; elle trouve en ellemême assez de courage pour supporter le malheur. « Louise C...., à Paris.

Je me bornerai à l'extrait suivant d'une autre lettre.

«Dès la plus tendre jeunesse, presqu'au sortir des bras de sa nourrice, l'enfant rusé pleure pour qu'on lui donne des bonbons; quelques années plus tard, il feint une petite maladie, pour ne point aller en pension; au collège ensuite, il cherche à l'époque des prix, à tromper ses maîtres et ses condisciples, en se faisant corriger ses devoirs; et dans le monde, enfin, il devient trompeur pour arriver à de plus grands résultats.» (M"' Caroline B...., à Rouen.)

Les lettres de M"'' Héloïse F..,., à Nancy, de M. Anatole de Th., a. Autun, et de M. Louis Branche f, à La Flèche, sont les seules qui méritent encore, dans la petite division, d'être mentionnées honorablement. La question était apparemment un peu trop forte pour mes autres petits correspondants.

Le défaut d'espace m'oblige à renvoyer au numéro prochain l'explication de la dernière charade qui m'a été donnée, de la manière la plus satisfaisante, dans un grand nombre de lettres.

Page 1