LA VIEILLE SOURIS ET LA JEUISE SOURIS
FABLE
« Je veux savoir où vous allez , ma fille : » Ainsi parlait une vieille souris; «Vous me restez seule de ma famille,
« Car j'eus beaucoup d'enfants jadis;
« Ils ne redoutaient point la chatte;
« Ils ont tous péri sous la patte
« De monsieur Rominagrobis
(i Qui fut la terreur des souris.
« Vous riez de ce que je dis....
« — Je me moque de ses finesses,
« Je suis aussi fine que lui ;
" Je lui ferai tant de caresses
« Qu'il sera bientôt mon ami. »
A ces mots elle sort en sautillant de joie.
Après quelques tours et détours, Elle aperçoit un chat qui vient chercher sa proie
Et lui fait patte de velours.
« Comment ! tu tends la patte ! Eh bien voici la mienne;
(i Faisons une éternelle paix.
« — Je veux bien , dit le chat ; bon , donne-moi la tienne ;
(i La paix ne finira jamais.
« Compte toujours sur ma défense;
(c Et pour mieux tenir mes serments,
« Je vais faire l'expérience
u Si je n'ai pas perdu mes dents.
Adolphe de la B....
LITHOGRAPHIE
Il semble qu'il n'y ait pas grand' chose à dire sur un concert en famille,* cependant c'^st là un emblème de bon accord et d'harmonie, qui vient au mieux à côté d'un article sur l'union fraternelle. Le dessin que je vous envoie aujourd'hui me rappelle à ce sujet une petite anecdote où j'ai joué moi-même un rôle, comme vous allez voir. Je passais la soirée chez madame T , dont les enfants, voulant me montrer
leurs progrès, firent ensemble un peu de musique, pendant quelques instants. Je remarquai qu'ils jouaient et chantaient fort juste, et sur-tout qu'il y avait dans leur exécution beaucoup d'ensemble.
Après la musique, on voulut faire des petits jeux; mais ici l'ensemble et l'accord ne tardèrent pas à manquer, et même on vint peu-à-peu jusqu'à se quereller tout-à-fait. La querelle commençait à prendre un caractère fort peu aimable et très bruyant, lorsque j'eus l'idt^i^ de saisir un diapason posé sur le piano, et de le faire résonner le plus fortement possible sur la table d'harmonie, en criant: Silence! Au son du diapason, les quatre enfants se mirent à entonner machinalement à l'unisson un très beau la fort juste. « Bien, leur dis-je, très bien, vous voilà parfaitement d'accord; tâchez maintenant d'y rester et de ne plus vous quereller. » Us me regardèrent alors et se regardèrent entre eux en riant, puis ils reprirent leur jeu avec plus de tranquillité et de bonne intelligence. Un moment après, une petite fille spirituelle et maligne vint me tirer par le bras, en me disant: «Mon bon Génie, mes frères me taquinent toujours; vous devriez bien, pour mon repos, donner à mon diapason la propriété d'accorder toujours ainsi les esprits et les caractères, aussi bien que les voix. — Ma chère enlant, lui répondis-je, ce n'est pas avec cet insuument que vous y parviendrez; mais il y a, pour cela, un autre diapason dont l'effet est certain, et qu'il ne tient qu'à vous d'avoir sans cesse à votre disposition, c'est la douceur. »