‹ Le Bon génieChapitre 132 sur 135 · LE BOIS PARTI A PRENDRE · texte numérisé non relu

LE BOIS PARTI A PRENDRE

TRADUIT DE l'aNGLAIS.

Un paysan Lorrain, nommé Robinet, après une longue et fati[jante station au marché de la ville voisine, s'en retcairnait un panier à la main. Quel excellent souper je vais faire! se disait-il en lui-même; ce morceau de chevreau, avec mon oignon découpé en tranclies, roussi dans ma farine, et assaisonné de mon sel et de mon poivre; il y a de quoi faire un plat digne de Monseigneur l'évéque du diocèse; d'autant que j'ai un bon morceau de pain bis encore frais, à la maison, pour compléter cette pitance. Ah! l'eau m'en vient à la bouche, et je voudrais déjà être arrivé.

Comme il pensait tout cela, un bruit dans haie attira son attention. Il vit un petit écureuil bien agile qui grimpait lestement sur un arbre, et qui se glissait dans un creux entre les branches. Oh! pensa-t-il, quel joli présent ce serait faire à mon jeune maître, que de lui [porter un nid d'écureuils! je vais essayer si je pourrai les avoir. Là-dèssus il pose son panier et commence à grimper. Il n'était pas à moitié de l'arbre, que, jetant un regard au-dessous de lui, il voit un chien qui, le nez dans le panier, furetait la chair fraiche. Il redescend le plus promptement qu'il peut, mais le chien avait été plus leste et décampait avec le morceau de chevreau dans la gueule. Robinet le suivait des yeux: Eh bien, dit-il, je me contenterai d'un souper en maigre; ce n'est pas une si mauvaise chose. Il continua son chenjin jusqu'à une petite guinguette qui bordait la route: devant la porte, un de ses amis était assis sur un banc, et vidait une bouteille. Cet ami l'invite à boire; Robinet accepte, s'assied, et pose son panier tout auprès. Un corbeau apprivoisé, qu'on gardait dans la maison, se glisse par derrière, se perche sur le panier, dérobe le petit sac de farine, et s'envole dans son trou. Robinet ne s'aperçut du vol que lorsqu'il fut en chemin; il retourna sur ses pas pour chercher son sac, mais il n'en eut point de nouvelles. Eh bien, dit-il, mon souper sera des plus minces; mais je ferai bouillir une tranche de pain avec ce qui me reste; ce sera encore un petit ragoût bien passable. 11 reprit sa route et arriva à un ruisseau qu'on traversait sur une planche étroite. Une jeune femme se rencontra là pour passer en même temps; Robinet lui offrit obligeamment la

main; mais quand elle fut au milieu de ce méchant petit pont, soit crainte réelle, soit plaisanterie, elle s'écria qu'elle tombait. Robinet, pour la soutenir de l'autre main, laisse aller son panier dans le ruisseau. Dès que la jeune femme fut en sûreté sur l'autre bord, il se jeta à l'eau pour rattrapper son panier; mais il s'aperçut que son sel était fondu, que son poivre était versé, et qu'il ne lui restait plus que l'oignon. Eh bien, dit-il, je souperai avec un oignon grillé et du pain d'orge: hier je n'avais que du pain, et demain matin peu importera ce que j'aurai mangé ce soir. En disant cela il se remit à trotter et chanter comme auparavant.

Dans toutes les mésaventures dont la vie est semée, quand nous n'avons eu que de bonnes intentions, quand nous n'avous fait que des actions innocentes, quand nous n'avons rien à nous reprocher, il est toujours facile de nous résigner; et si nous pouvons accuser ou notre manque de sagesse ou notre imprudence, c'est encore la résignation qui est le meilleur parti à prend re^

Un de mes jeunes amis, âgé de i3 ans, M. Adolphe de la B , de Rouen, qui a vu qu'une aimable correspondante était venue dernièrement à mon secours, dans un moment où j'étais fort occupé, a eu aussi le désir de m'aider pour la rédaction d'un numéro de mon journal. Il m'a envoyé, dans cette intention dont je suis bien touché, une petite fable de sa composition, que j'ai beaucoup de plaisir à insérer ici, et qu'on ne lira sûrement pas sans intérêt, en songeant à l'âge de l'auteuv.

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