‹ Le Bon génieChapitre 18 sur 135 · LE SINGE ET LA FLUTE · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LA FLUTE

FABLE. f

Un singe, un jour, se mit en tête Déjouer de la flûte, et le voilà soufflant

Par tous les trous , sans que ma béte Put arracher un son au muet instrument.

Bientôt il murmure, il s'irrite;

Ses efforts n'en sont que plus vains : Il s'en prend à la flûte, il l'appelle maudite;

Et la saisissant à deux mains.

Frappe à grands coups, contre une pierre, Le fragile roseau qui se rompt comme un verre. Après s'être étourdi par tout ce bacchanal , Il se croyait sans doute un moins sot animal, Quand son maître survint : jugez de sa colère!

Notre singe eut une leçon.

Non de flûte, mais de bâton.

Je le présume, au moins, car ce n'est mon affaire:

J'en voulais venir seulement

A dire que j'ai vu souvent De mauvais écoliers, s'en prenant à leur livre, Déchirer les fleuillets et les jeter en l'air,

Dès qu'un mot leur semblait mal clair

Ou le sens difficile à suivre.

C'est vraiment un fort bon moyen

Qu'ils ont trouvé là pour comprendre;

Ce sont de petits Alexandre

Qui tranchent le nœud gordien.

L'AMOUR DU PROCHAUS.

Mon Papa, disait un jour le jeune Antonin, vous m'avez appris qu'il faut aimer tous les hommes, mais cela me semble bien difficile. Par exemple, malgré toute l'envie que j'en aurais, il m'est impossible d'aimés le petit Francisque.

Le père: Et pourquoi cela, mon ami?

Antonin : Parce que Francisque est méchant, grossier, malpropre, et qu'il veut toujours battre nos camarades.

Le père : S'il est tel que tu me le représentes, je conçois que tu ne puisses l'aimer autant qu'Armand qui est bon, doux, gentil, complaisant, et qui ne fait jamais de mal à personne. Mais dis-moi : si Francisque tombait dans un fossé, ou se trouvait exposé à quelque danger, ne chercherais-tu pas à le sauver?

Antonin: Assurément, mon Papa, je ne le laisserais pas périr, s'il était en mon pouvoir de lui porter du secours.

Le père: Et s'il dépendait de toi de corriger Francisque de ses défauts, et de le rendre aussi bon qu'Armand , est-ce que tu ne le ferais pas volontiers?

Antonin: Oh! mon Papa, j'en serais ravi.

Le père : Ainsi donc , tu ne lui veux pas de mal?

Antonin: Non, en vérité, mon Papa.

Le père: Et tu serais content qu'il lui arrivât quelque chose d'heureux? Et si tu pouvais lui rendre service, tu serais disposé à le faire?

Antonin: Oh! de tout mon cœur.

Le père : Eh bien, mon enfant, quand je t'ai dit qu'il fallait aimer même les méchants, je n'ai pas voulu dire autre chose, sinon qu'il faut avoir pour eux cette disposition charitable.

Antonin : J'avais compris qu'il fallait les aimer tout de bon.

Le père: Sans doute il faut les aimer; mais n'est-ce pas aimer quelqu'un, que lui vouloir du bien et être disposé à lui en faire?

Antonin : C'est vrai: mais de cette manière, en effet, ce n'est pas si difficile que je le pensais.

Le père: 11 y a après cela, une autre manière d'aimer, qui consiste à désirer de se trouver avec quelqu'un, à se plaire dans sa société, à jouir de son amabilité et de ses vertus; mais ce ne sont que les bons qui peuvent inspirer ces sentiments-là.

Antonin: Oui, et c'est justement comme cela que j'aime Armand.

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