‹ Le Bon génieChapitre 4 sur 135 · LE CONDOR · texte numérisé non relu

LE CONDOR

Il est arrivé depuis quelque temps, k la ménagerie du Jardin du Roi , un oiseau qu'on n'avait pas encore possédé vivant en France; c'est le Condor, espèce de vautour, d'une taille gigantesque, et d'un aspect redoutable. Son œil féroce, son bec aigu, tranchant et recourbe, les mouvements de sa serre puissante, la grosseur de son corps, la longueur de ses ailes et de ses plumes, son attitude, son regard, présentent un ensemble vraiment terrible. Cet oiseau se trouve au Pérou, au Chili, et dans d'autres pays chauds du midi de l'Amérique jusqu'au Mexique. Des voyageurs ont prétendu en avoir vu dont les ailes étendues occupaient un espace de dix-huit pieds de longueur, dont les grandes plumes étaient longues de deux pieds neuf pouces, et le bec long de quatre pouces. Celui que l'on possède en ce moment au Jardin du Roi, n'est pas tout-à-fait de cette taille; mais il a toutefois des dimensions suffisantes pour faire concevoir ce qu'on a dit de la force de cet oiseau qui en-

lève une brebis, un chevreuil, une biche, aussi aisément qu'il ferait un lapin, et qui tue et dévore des enfants de dix à douze ans.

Comme il est probable que la plupart de ceux de mes lecteurs qui habitent Paris, visiteront, pendant les beaux jours, la ménagerie du Jardin des Plantes, et seront curieux d'y voir le condor, j'ai pensé qu'ils le verraient avec plus d'intérêt après avoir lu ce qu'en a dit l'abbé Molina, auteur d'une Histoire naturelle du Chili. Le passaffe que je vais citer de cet ouvrage , donnera au moins une idée du condor, à ceux de mes jeunes amis qui ne pourront pas visiter ce fameux étranger.

«Les condors se nichent sur les rochers les plus inaccessibles; leur ponte est de deux œufs blancs, plus gros que ceux des dindons; ils se nourrissent ou de cadavres, ou des animaux qu'ils tuent eux-mêmes, et ils remplacent par conséquent les loups qui manquent au Chili; ils attaquent très souvent les troupeaux de brebis ou de chèvres, et même les veaux, lorsqu'ils sont séparés de leurs mères. Lorsqu'ils font la chasse aux veaux, il y en a toujours plusieurs ensemble; ils les attaquent à ailes ouvertes, leur crèvent d'abord les yeux, et en peu de moments, ils les ont mis en pièces. Les paysans emploient toutes les ruses possibles pour détruire cet oiseau dangereux; il y en a qui se mettent à terre, couchés sur le dos, et couverts d'une peau de bœuf fraîchement écorché. Le condor, trompé par l'aspect , prend cette peau pour un animal mort, et s'en approche pour le manger; l'homme alors, dont les mains sont armées de gants extrêmement forts, saisit adroitement l'oiseau par les jambes, et d'autres paysans, qui se tiennent exprès cachés dans le voisinage , accourent aussitôt pour l'assommer à coups de bâton. D'autres construisent une enceinte en palissades, dans laquelle ils mettent le cadavre d'un animal. Les condors, dont la vue et l'odorat sont des plus fins, ne manquent pas de s'y trouver; et comme ils sont extrêmement voraces , ils se remplissent tellement de nourriture, qu'ils ne peuvent plus s'élever; les palissades même, qui sont placées très près les unes des autres, les empêchent de fuir, et ils restent toujours sous les coups redoutables des habitants de la campagne. »

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