‹ Le Bon génieChapitre 5 sur 135 · D'UN ENFANT DE HUIT ANS · texte numérisé non relu

D'UN ENFANT DE HUIT ANS

C'est dans un Recueil Italien d'anecdotes , que j'ai trouvé le récit qu'on va lire.

Un pauvre ouvrier, nommé Pierre, avait cinq enfants, tous garçons, dont le plus âgé comptait à peine huit ans. Depuis quelques mois, le prix de tous les

objets nécessaires à la vie, était considérablement élevé. Pierre travaillait jour et nuit, et gagnait a peine de quoi se procurer, au bout de la journée, un mince morceau de pain qu'il partageait en six parts, une pour chacun de ses fils et une pour lui. \^n jour, l'itiiié de ces enfants, qui se nommait Pépin, ne voulut accepter qu'un quart de sa portion, c'est-à-dire, tout juste ce qu'il fallait pour ne pas mourir de faim. (i Je ne me sens pas très bien, dit-il à son père; mange le reste, ou partage-le entre mes frères. »

Pierre: «Tu es malade, mon pauvre enfant? Eh qu'as-tu ?»

PÉPIN : « Oh ! ce ne sera rien , mais je ne peux pas manger; il vaut mieux que je me couche. »

Son père le mit au lit, et le lendemain matiu, il alla prier un médecin de venir, par charité, visiter l'enfant malade. Le médecin, qui était un homme compatissant, se rendit aussitôt auprès de Pépin, et lui ayant tâté le pouls, ne trouva d'autre svmptôme de maladie qu'une grande faiblesse. «Monsieur, dit Pépin, ne m'ordonnez aucun remède, car je ne puis rien prendre. »

Le médecin : « Tu ne peux rien prendre, mon ami! Et pourquoi? »

Pépin: «Oh! je vous en prie, ne me demandez pas pourquoi; je ne le dirai jamais, d

Le médecin: «Bon! tu ne feras pas le méchant, et tu obéiras à la volonté' de ton père et à la mienne. Il ne faut pas que les enfants soient capricieux. »

PÉPIN : « Oh! Monsieur, je vous assure que ce n'est pas un caprice n

Le médecin : « Allons ! je ne veux pas te forcer à me dire ton secret; mais je demanderai à ton père ce que signifie cette obstination à ne vouloir prendre aucun remède. »

Pépin: «De grâce, mon bon Monsieur, ne dites pas une pareille chose à mon père! »

Le médecin: «Alors explique-toi donc, ou certainement je vais le lui dire. »

PÉPIN : « Ah! plutôt Oui, plutôt, je préfère vous

l'avouer. Mais d'abord, ayez la bonté de faire retirer mes frères. »

Le médecin fit sortir les enfants, et Pépin lui parla ainsi: «Si vous saviez, Monsieur le médecin! Dans ce temps de disette, mon pauvre père a bien de la peine h gagner de quoi avoir un peu de pain. J'éprouve un chagrin affreux , quand je vois ce bon père et mes jeunes frères souffrir faute de nourriture. Je suis l'aîné, j'ai plus de force que ces enfants, et je veux leur laisser manger ma part. Cest pour cela que j'ai fait semblant d'être malade, et de ne pouvoir manger moi-même, n

Le médecin essuya ses yeux et dit; «Et toi, est-ce que tu n'as pas faim? >

PÉPIN* : « Oh! si; mais au moins je n'ai pas la douleur de voir tant souffrir les autres. »

Le médecin : " Tu ne sais donc pas que tu mourras, si tu te prives de nourriture? »

Pépix: (I Je le sais bien; mais je mourrai avec résignation. Mon père aura un enfant de moins à soutenir; et moi, dans l'autre monde, je prierai Dieu pour qu'il assiste mon pauvre père et mes pauvres frères. »

Le charitable docteur, touché de la générosité de cet enfant, le serra dans ses bras. «Non, mon ami, tu ne mourras pas, lui dit-il. Dieu qui est le père de toutes ses créatures, veille sur le pauvre comme sur le riche, et les estime également quand ils sont bons. Tu es bon; Dieu ne t'abandonnera pas. »

Après avoir ainsi parlé, il courut à sa maison, et ne tarda pas à revenir, suivi d'un domestique chargé de toutes sortes de provisions. Il fit asseoir à une table le vertueux enfant avec ses frères, et leur père qui, en ce moment, revenait de son atelier. Jugez du plaisir que goûta cet honnête bienfaiteur, en voyant la joie de toute cette famille.

Mais ce secours ne fut pas le seul : beaucoup de personnes charitables, ayant appris le dévouement filial et fraternel du jeune Pépin , s'empressèrent d'apporter à son père, celles-ci des vivres, celles-là des vêtements, et quelques unes de l'argent. La famille de Pierre fut retirée de la misère; mais il n'pjrcepta les bienfaits de la charité, que pendant la durée de la disette, et ne voulut plus les recevoir, aussitôt que son travail put suffire aux besoins de ses enfants. Ceux-ci, toutefois, avaient acquis des protecteurs qui leur procurèrent une éducation avec laquelle ils furent en état d'aider plus tard leur père, et de prospérer dans des professions honnêtes.

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