LES LUNETTES
Pour satisfaire la curiosité de plusieurs de mes correspondants qui m'ont adressé des questions sur les télescopes, sur les mycroscopes, sur la chambre noire, etc., je vais avoir, mes amis, h vous entretenir de physique pendant quelques semaines; mais j'espère que ces divers sujets ne seront sans intérêt pour aucun de mes lecteurs. Commençons par les lunettes.
Nos yeux, lorsqu'ils sont sains et bien conformés, suffisent à nos besoins, mais non pas toujours à notre curiosité. Leurs facultés naturelles, en effet, sont assujetties à certaines conditions, et renfermées dans des limites assez étroites. Quelque saine que soit notre vue, si un objet est trop éloigné ou trop petit, nous ne pouvons pas l'apercevoir, ou au moins nous ne le distinguons pas bien. C'est encore pis, si nos yeux sont affaiblis par l'âge ou par quelque autre cause, ou s'ils sont naturellement mal conformés.
Lart a su remédier à une partie de ces inconvénients, en nous fournissant des instruments au moyen desquels nous pouvons voir de nouveau les objets qui ont cessé d'être visibles pour nous, apercevoir ceux qui sont cachés à nos regards directs, et même ceux
qu'un trop grand éloignement ou une extrême petitesse met hors de la portée de notre vue. Les premiers et les plus simples de ces instruments, sont les lunettes.
Je prie mes lecteurs de se rappeler ce que je leur ai expliqué dans le temps, que les corps sont visibles pour nous au moyen des rayons de lumière qu'ils réfléchissent vers notre œil. S'ils n'ont pas oublié la description que je leur ai donnée de cet organe, ils doivent savoir que les rayons de lumière pénètrent dans l'œil en traversant d'abord une membrane apjielée la cornée transparente, puis le cristallin placé derrière cette membrane et qui a la forme d'une lentille, ensuite diverses humeurs également transparentes, qui remplissent l'intérieur du globe de l'œil, et enfin, vont peindre une image de l'objet sur une membrane nerveuse, placée au fond de ce globe, et appelée rétine.
Pour que la vision s'opère bien, il faut que cette image des objets qui se peint sur la rétine, y soit nette et distincte; c'est ce qui arrive lorsque l'œil est parfaitement conformé, parce que tout a été prévu pour cela par le Grand Auteur qui nous a donné no* sens. Mais l'âge, la fatigue, la maladie ou d'autres causes peuvent altérer nos veux, comme tous noi^ autres organes, et il peut arriver alors, ou que K'>^
rayons de lumière divergent, c'est-à-dire s'écartent trop les uns des autres, ou bien qu'ils convergent, c'est-à-dire se rapprochent trop, avant d'arriver à la rétine. Dans l'un et l'autre cas, l'image cesse d'être nette, et la vision ne s'opère plus que d'une manière trouble et confuse.
Lorsque les rayons de lumière arrivent trop divergents à la rétine, on remédie à cet inconvénient, en plaçant devant l'œil un verre convexe, qui a la propriété de diminuer la divergence des rayons lumineux et de les rassembler.
Celte infirmité qui résulte ordinairement de l'affaiblissement, de la fatigue de l'organe, est très commune dans un âge un peu avancé. Les personnes qui ont ce défaut de la vue, sont appelées presbytes.
Lorsque les rayons de lumière arrivent trop convergents a la rétine, on y remédie en plaçant devant l'œil un verre concave, qui a la propriété de diminuer la convergence des rayons et de les faire diverger. Ceux qui ont ce défaut sont appelés myopes.
Sans le secours de ces verres, les presbytes ne peuvent distinguer les objets qu'en les plaçant à une grande distance de l'œil; mais alors les petits échappent à leur vue, et ils ne peuvent ni lire ni écrire : les myopes, au contraire, ne voient que de très près; ils peuvent lire, écrire, mais un beau point de vue, un tableau, une décoration brillante ne leur offrent que confusion.
Ce sont ces verres, soit concaves, soit convexes, employés dans les deux cas dont je viens de parler, auxquels on a donné le nom de lunettes. On en a attribué à plusieurs personnes l'invention, qui remonte à la fin du treizième siècle. Il paraît probable qu'elle est due à un Florentin, nommé Salvino Degli Jnnati, mort en iSij, et dont Tépitaphe, qui se lisait autrefois dans la cathédrale de Florence, lui attribuait expressément celte découverte.
Je ne dois pas omettre de vous dire une chose qu'il sera nécessaire de savoir pour comprendre ce que j'aurai à vous expliquer dans mes prochains articles; c'est que les verres convexes, en rendant les rayons de lumière convergents, ont la proi)riélé de faire paraître les objets plus gros qu'ils ne sont en effet; et que les verres concaves, en rendant les rayons divergents, ont la propriété de faire paraître les objets plus petits.
Dimanche prochain, mes amis, je vous parlerai des lunettes d'approche et des télescopes. En voilà assez pour aujourd'hui , parce que ces sujets exigent un peu d'attention; je réclame la vôtre pendant que j'aurai à vous en entretenir, et je ferai de mon côté tous mes efforts pour m'exprimer le pli;s simplement et le plus clairement possible.