‹ Le Bon génieChapitre 50 sur 135 · DES PRODUITS DE L'IISDUSTRIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DES PRODUITS DE L'IISDUSTRIE FRANÇAISE

J'ai parcouru les galeries du Louvre et celles qui ont été momentanément construites dans la vaste et belle cour de ce palais; j'ai examiné les richesses qui y sont exposées, dans l'espoir d"v trouver quelques objets qui pussent intéresser particulièrement mes lecteurs; mais j'ai reconnu que le coni|ite que j'aurais à leur en rendre serait bientôt réglé. Mes jeunes lectrices, en effet, ne peuvent encore prendre un bien grand intérêt à ces beaux schalls étalés avec profusion, à ces étoffes, ou nouvelles, ou perfectionnées, dont je ne saurais moi-même retenir les noms ni distinguer les variétés. Mes jeunes lecteurs pourraient bien être éblouis par l'éclat et la nwgnificence de ces ornements d'église, de ces ouvrages merveilleux d'orfèvrerie, de ces bronzes, de ces cristaux, de tous ces objets où l'art a prodigué ses plus brillants prestiges; mais je me figuie aussi qu'il y a là de quoi exciter leur élonneinent plus que leur intérêt. Quant à ces innombrables machines, propres à suppléer aux forces humaines et à celles des animaux, ce serait sans <loute un juste et grand objet de curiosité; mais le moyen d'expliquer tout cela, sans avoir les choses immédiateuu'nt sous les veux? Je vois donc que mon article sur l'exposition ne répondra guères à l'attente de ceux à qui je l'ai promis. Je me bornei ai , en effet, à leur parler de deux objets, en particulier, et à eu recommander deux ou trois autres à l'attention de ceux qui iront visiter ce riche bazar.

Depuis long-temps on exécutait, avec du verre et des émaux, principalement dans la ville de Nevers, des petites figures et des imitations de fleurs ou d'autres objets naturels; mais je ne crois pas qu'on ait jamais fait, en ce genre, rien de plus parfait que les chiens de verre que vous pourrez voir cette année à l'exposition. Ces chiens sont d'une vérité frappante, et la fragile matière dont ils sont composés imite jusqu'à la souplesse, la flexibilité et l'élasticité des longs poils soyeux de l'épagneul.

Peut-être ne serez-vous pas fâchés de savoir comment on travaille ainsi 1 émail. Il est préparé d'abord en petits bâtons, longs et minces, de diverses couleurs. Les instruments nécessaires sont une lampe et lin chalumeau. Le souffle du chalumeau dirigé sur la flamme de la lampe, chasse cette flamme dans une direction horizontale, et lui donne une extrême activité; c'est le ]ietit soufflet d'une forge. Lorsque l'extrémité d'un bâton d'émail est présenté à cet ardent foyer, il se fond, comme de la cire à cacheter, et si l'on met deux émaux en contact, dans cet état de fusion, ils se collent immédiatement l'un à l'autre. L'artiste babile, qui a tous ses émaux colorés sous la main, prend donc successivement les i;âtons dont il a besoin, les présente à la flamme, et par de petits mouvements pleins de dextérité, donne à la matière en fusion toutes les formes qu'il lui plait. C'est ainsi que sortent de ses doigts agiles, avec une étonnante rapidité, des figures d'hommes, d'animaux, de fleut's, de fruits, et de tout ce qu'il veut imiter.

Le second objet dont j'ai à vous parler, est un casier qéographicjue , espèce de meuble assez élégant, ayant la forme d'un chiffonnier dont les tiroirs auraient très peu de hauteur. Chacun de ces tiroirs renferme une carte de géograpbie qui se déroule, lorsqu'on le tire, et tombe étalée devant le meuble. Elle se replie et rentre d'elle-même, lorsqu'on touche le bouton d'un store. Au-dessus du meuble figurent, comme ornements utiles, un globe terrestre et une spbère. Cet espèce d'atlas tient sans doute un peu plus de place qu'un autre; mais il est commode, et peut orner très agréablement un cabinet d'étude.

Je recommanderai h ceux de mes lecteurs qui visiteront l'exposition, d'examiner la châsse destinée aux reliques de saint Vincent de Paule. Il semble qu'on ait voulu contraster, par le luxe de la matière et du travail, avec le caractère de l'homme qui fut le plus simple et le plus humble des hommes; mais ce contraste est bien placé et bien entendu; il exprime qu'on ne saurait tro|) honorer, et placer trop haut, celui qui s'est compté lui-même pour si peu , en se dévouant si complètement au bien des autres.

Je recommanderai aussi l'examen des modèles des chemins en fer, parce que je me propose d'entretenir mes lecteurs de cette nouvelle invention, et qu'il sera plus facile d'en comprendre l'explication après avoir observé ces modèles.

Je n'en dirai pas davantage aujourd'hui sur l'exposition. Ceux de mes jeunes amis, dont la curiosité serait excitée par quelques uns des objets qu'ils y verront, pourront m'adresser à ce sujet des questions auxquelles je me ferai un plaisir de répondre.

LITHOGRAPHIE

Je vous ai entretenus, il y 'a peu de temps, mes amis, d'une pauvre petite fille qui conduit sa grand' mère aveugle. Voici un dessin où vous trouverez d'autres enfants soignant leur mère hydropique, avec une tendresse et une constance touchantes. Je ne doute pas que tous et toutes, tant que vous êtes, vous ne montrassiez le même zèle dans les mêmes circonstances; mais je fais des vœux pour que vous ne soyez point dans le cas de réaliser le tableau que je vous envoie.

VARIETES

Les vacances ont commencé; les écoliers sont rentrés dans leurs familles, les uns avec des couronnes, les autres avec l'espoir d'être plus heureux l'année prochaine, et avec la résolution de faire pour cela tous leurs efforts; les frères sont réunis aux sœurs; voici le temps du repos et des plaisirs. Cela me fait présumer que, dans les réponses à mes dernières questions, que je vais avoir à examiner cette semaine, la préférence pourra bien être donnée généralement à l'automne, sur les autres saisons. Je félicite ceux de mes jeunes amis qui ont obtenu des succès à la fin de cette année scolaire; j'invite les vaincus à ne se point décourager; et, comme l'année dernière, comme l'année précédente, j'engage les uns et les autres à ne pas prendre à la lettre le mot vacaiices, c'est à-dire, à ne pas abandonner tout travail, toute étude, pendant ce temps de délassement. De même que, durant le reste de l'année, il faut que le travail soit coupé par des récréations, il convient aussi que la longue récréation de cette époque soit coupée par quelques moments d'étude. On ne peut ni travailler, ni s'amuser trop long-temps de suite; dans le premier cas, il v aurait fatigue, dans le second, il y aurait satiété et ennui, toutes choses qui ne valent rien, et qu'il faut soigneusement éviter.

— J'ai déjà signalé à mes jeunes lecteurs divers petits ouvrages, aux moyen desquels ils peuvent faire de bonnes actions, en les répandant parmi lesjeunes gens des classes laborieuses, à l'instruction desquels ces livres sont destinés. 11 vient d'en paraître encore deux que je crois de mon devoir de faire connaître. L'un est intitulé: Les Soirées du dimanche, ou le Ctiiv devillatje; par mademoiselle Elisabeth Celnart. Celuici peut même offrir un amusement utile à mes jeunes amis. L'autre a pour titre: Conseils sur la santé, ou Hygiène des classes industrielles; par M. Constant Saucerotte. Celui-ci ne serait d'aucune utilité pour mes lecteurs dont la santé est surveillée par une tendresse éclairée, et probablement il les cnnuverait beaucoup; mais il sera bien utile à ceux poiu- qui il a été composé. — On peut se procurer ces deux petits livres chez ^I. L. Colas, rue Dauphine n° 32. Le prix est de 4'» centimes.

l.\ipr,iMEr.iE DE JULES DIDOT AÎNÉ, imprimeub du noi, rue du roiu-dc-Lo Ji , n" G.

DiMA.Ncnc, 1 sEPTf.M. 18^7

Le prix de l'abonnemt.'ni est , pour Paris , de 2 i francs par an, et de 12 francs pour six mois; pour les départements , de 24 francs par an , et i3 francs pour six mois.

Bureau de l'abcDDemen'. , chez Locis Colas, libraire, rue Daupbioe , n* 32 ; et chez les priacipaai libraires et directeurs des poste» des départements.

iWlïlAl

^ikan^s

LA CHAMBRE ISOIRE.

Vous avez peut-être déjà remarqué, mes amis, un petit phénomène sur lequel je vais appeler aujourdhui votre attention. Lorsqu'en été, pour éviter une trop grande chaleur dans les appartements, on ferme les persiennes, ou Ton joint les volets des fenêtres, il V règne une demi-obscurité, et le jour n'y pénètre que par d'étroites ouvertures. Alors, s'il se passe au dehors quelque mouvement, vous vovez les objets extérieurs se peindre au plafond de la pièce où vous êtes, comme des ombres vagues et confuses, mais cependant assez distinctes quelquefois pour que vou.s puissiez reconnaître plusieurs de ces objets. Si vous jetez plus d'obscurité dans l'appartement, en fermant plus exactement l'entrée à la lumière, ces images deviennent plus distinctes; enfin, si l'on ne permet à la lumière de pénétrer que par un trou fait à un volet, ces espèces d'ombres qui se peindront au plafond, seront assez nettes pour que vous puissiez y reconnaître une personne passant dans la rue. C'est là tout le secret de la cliatnbre noire.

Un physicien, nommé Jean-Baptiste Porta, ayant t-té agréablement surpris de ce phénomène, l'étudia, le perfectionna, et s'avisa de placer, au trou de la fenêtre, un verre légèrement convexe, qui acheva de

rendre les images entièrement nettes et distinctes.

Plus tard, on eut l'idée de faire des chambres noires portatives. Elles consistent en un tuyau renfermant un veire convexe, et un miroir incliné de manière à réfléchir les images sur une table placée au dessous et recouverte d'une feuille de papier blanc. Le tout est supporté jiar trois ou quatre pieds en bois, qui vont en s' écartant de haut en bas, et enveloppé, sauf le tuyau, d'un rideau noir sous lequel se place l'observateur. Le jour ne pénètre dans cet appareil que par le verre convexe adapté au tuyau, et les images des objets extérieurs, réfléchies par le miroir incliné, vont se peindre, comme en miniature, sur le papier blanc placé sur la petite table. C'est exactement la même chose que ce qui se passe dans notre œil, où les objets extérieurs viennent se peindre sur la rétine dans une cavité obscure; et l'on peut dire que cet organe est une véritable chambre noire.

Le spectacle que fournit la chambre noire est fort amusant, en ce qu'elle présente des images parfaitement semblables aux objets, qu'elle en imite touteles couleurs et même les mouvements, ce qu'aucni^«^ autre sorte de représentation ne peut faire. Pa moyen de cet instrument, on peut dessiner un pay avec la plus grande justesse et la dernière exactitnâjç^ C'est ainsi qu'ont été prises toutes les vues des pa

ramas et des Dioramas, pour les transporter ensuite, dans de plus grandes dimensions, sur ces toiles où elles nous causent des illusions si frappantes.

On fait aussi de petites chambres noires qui sont de véritables joujoux très amusants. Ce sont des boîtes qui n'ont pas un pied de longueur, et dont l'un des côtés s'entr'ouvre de manière à laisser apercevoir une glace dépolie, sur laquelle les images sont dirigées par le miroir incliné placé dans l'intérieur. Ce petit appareil ne coûte que 7 francs, cbez M. Adam, ingénieur en instruments de physique, rue des Matlmrins- Saint- Jacques, n° 18. Je rendrai peut-être service à quelques uns de mes lecteurs , en leur apprenant qu'on trouve, chez ce même M. Adam, de très bonnes petites machines électriques, dont le prix n'est que de 28 francs, y compris une bouteille de Leyde, un excitateur et une chaîne-conducteur en cuivre.

CORRESPONDANCE

RÉPONSES AUX DERNIÈRES QUESTIONS DU BON GÉNIE

A la bonne heure! Voici une belle et riche correspondance! Je m'en félicite et je m'en réjouis, sans calculer l'embarras où elle me jette pour choisir deux lettres entre douze ou quinze, au moins, que je voudrais pouvoir imprimer en entier.

C'est décidément le printemps qui a obtenu la majorité des suffrages. Après lui, l'automne en a eu le plus grand nombre, à cause des fruits et des vacances, et parce qu'on l'a considéré comme la saison la plus favorable aux malheureux. L'hiver aussi a obtenu quelques voix, grâces aux lectures en famille, aux vieillées du coin du feu, aux boules de neige, et sur-tout au jour de l'an. L'été est complètement vaincu , quoiqu'on ait rendu justice à tous ses avantages; seulement, ils n'ont pas pu lui assurer le premier rang*, quelques uns ont bien voulu lui accorder le second.

Je vais choisir, parmi les lettres de mes correspondants les plus avancés, pour les imprimer ici, celles

de Mesdemoiselles Jriane de C... , et Célinie de B

Je voudrais pouvoir offrir le même avantage à celles de Mesdemoiselles Jnloinette 11. de la M , à Marseille; Stéphanie de V , à Villequier; Louise D....,

■A Saint-Brieux; Aline L , à Baugé; Sophie Ch...., a

Paris; ErncsiineP , à MontaVAire; Clémence de F....,

à Villebadin; Augusta S. de C..., à Crans; C. A., à Saint-Martin-le-Beau; Louise F...., à Grenoble; Eugénie F...., à Reims; E. G., à Nancy; Pauline IL..., à Nancy.

J'cspcre (ju'aucune d'elles ne mo saura mauvais grt' de l'impossibilité où je suis de rendre plus coujplèlement justice à leurs jolies compositions.

«Mon bon Génie, je me suis fait souvent h moimême votre dernière question. Elle est difficile à résoudre, car chaque saison a beaucoup d'agréments et aussi quelques désagréments. Je crois pourtant que Dieu , dans sa bonté , a mis les premiers en plus grand nombre que les autres; c'est ce que je vais essayer de vous prouver.

u Pour commencer par celle où la Nature renaît, je n'ai pu trouver au beau, au délicieux printemps qu'un seul inconvénient, c'est d'être trop court pour tous les biens dont il fait jouir. On ne peut se rassasier du spectacle de la Nature qui se ranime. Les prés, long-temps couverts d'un triste manteau blanc, deviennent d'un vert d'émeraude qui réjouit la vue. Sur les arbres, on voit de tendres bourgeons qui promettent un abri contre les rayons brûlants de l'été, et des fleurs qui font espérer une abondante récolte de fruits. Une multitude d'oiseaux font résonner Tair de leurs chants joyeux. Et ce qui semble doubler encore le charme des biens de la Nature à cette époque, c'est que chaque jour les augmente. Cette belle saison est celle que je préfère; je l'aime tant, que je ne comprends pas comment l'on peut faire un autre choix. « Le brûlant été vient ensuite; la Nature perd son éclat et sa fraîcheur; la chaleur ôte les forces physiques et morales. C'est alors que viennent les orages, quelquefois un bienfait, et quelquefois une calamité. Mais si les journées d'été sont pénibles et désagréables, les soirées vous dédommagent : c'est alors qu'on jouit de la plus délicieuse fraîcheur, et quelquefois d'un beau clair de lune. Après le printemps, c'est l'été que j'aime le mieux, malgré ses chaleurs, car il a de bien belles journées.

«La riche saison des fruits est aussi bien belle; mais je lui trouve un inconvénient qui détruit presque toutes ses beautés, c'est qu'elles dinùnuent tous les jours. On sent que chaque instant vous rapproche du triste hiver; une impression de mélancolie se répand sur tous ces biens que Ton va perdre; ce sont les derniers adieux d'un ami, c'est le dernier sourire de la Nature, qu'un 'long deuil va suivre. Ce long deuil , c'est le sombre hiver : un ciel chargé de nuages, des brouillards épais succcèdent h un ciel d'azur et à un air pur. Malgré cela, l'hiver a ses beautés : souvent le faible soleil de janvier fait paraître la neige ctincelante de mille feux , et fait briller les glaçons de formes singulières et diversifiées, suspendus aux fontaines et aux arbres. Les rigueurs de cette saison nous font mieux sentir la bonté de Dieu qui a permis que nous fussions autour d'un bon feu, occupés d'un ouvrage ou d'une lecture intéressante, tandis que tant de malheureux languissent et souffrent, exposés aux intempéries de l'air. Je n'aime pas du tout l'hiver; c'est son approche qui détruit en partie pour moi les plai-

sirs de l'automne, et c'est le bonheur d'en sortir qui me fait préférer le printemp?.

u Ariane de C , à Montfleuri. »

<c Mon bon Génie, le printemps est la plus riante saison de l'année. Est-il un spectacle plus ravissant que de voiries arbres, si long-temps dépouillés, se couvrir d'un nouveau feuillage, et la terre se parer d'une robe de verdure? Tout est gracieux dans cette charmante saison que les poètes nous représentent sous reniblêmc de Flore. Les jolies fleurs qui couronnent cette déesse, ne sont pas seulement le charme des veux, elles sont encore le gage des trésors que nous réserve une autre saison. Je ne sais, mon bon (iénie, quels sont les inconvénients du printemps. En Normandie, il est un peu froid; mais on lui pardonne quelques jours trop semblables à l'hiver, en faveur de ceu-x qu'il annonce; on est indulgent pour lui, comme on l'est pour la jeunesse.

(i L'été, qui remplace le printemps, se présente à nous sous la figure de Cérès couronnée d'épis; cette saison est la nourrice de l'année. La Nature alors étale tous ses trésors. Malheureusement, des orages désastreux, des chaleurs étouffantes compensent les agréments de l'été.

« La saison suivante, représentée par Pomone, la déesse des fruits, nous offre les trésors les plus précieux , et semble réunir les attraits de toutes les autres. C'est la saison chérie des écoliers, le temps si désiré des vacances. On jouit alors des charmes de la Nature et des plaisirs de la société. Que lui manquerait-il pour obtenir la préférence, si les beaux jours qui l'accompagnent n'étaient pas les derniers? Mais lorsque nous voyons

la pâle Automne

D'une main languissante effeuillant sa couronne,

un sentiment mélancolique s'empare de nos cœurs; le sombre hiver nous apparaît déjà, avec son lugubre cortège. Les derniers jours de l'automne sont peut-être les plus tristes de l'année.

"Quand la terre, entièrement dépouillée de verdure, se couvre de frimats, on va chercher à la ville de nouveaux plaisirs; et quoique je ne connaisse pas tous ceux que peut offrir la société, puisque je ne vais pas encore dans le monde, il se j>ourrait bien que, dans quelques années, Ihiver fût ma saison favorite; mais aujourd'hui, c'est le printemps qui a la préférence, parce que je ne trouve i>as un reproche à lui faire. « Célixie de B , à Caen. »

Ne pouvant donner place ici à toutes les lettres qui le méritent, je vais au moins v insérer quelques extraits de celles qui en sont susceptibles:

« Je suis tentée de vous dire que la saison où l'on se trouve est toujours la meilleure; car en hiver, quand nous sommes tous rassembles près d'un bon feu, atlentils à une lecture que Papa nous fai: ordinairement le soir, il me semble que je ne puis être mieux; et si le souvenir des malheureux qui sont exposés aux uîtempéries de l'air, nous attriste, il est facile d'adoucir cette pensée en travaillant pour eux. En hiver, il fait si froid que j'ai l'onglée; alors je m'approche dii ftu peu à peu, et quelquefois de si près, qu'on m'appelle la petite Gendrillon : vous allez peut-être me gronder! Mais dans d'autres moments, je prends

courage, je saute, je me promène, je m'amuse même avec de la neige; et en la balayant, je prépare un endroit pour donner k manger aux pauvres petits oiseaux. Ils sont bien tristes alors! Heureusement, le printemps revient j)Our les consoler, et pour permettre de faire de longues promenades. Combien cela est amusant! On voit tout pousser, tout reverdir; les fleurs, les arbustes. II semble qu'on renait avec le feuillage. Et dans les maisons, on ouvre, on range; les fenêtres ne sont plus calfeutrées; on respire partout un air pur et sain Je suis, dans ces beaux

jours, dans une espèce de ravissement; tout me fait plaisir, tout m'enchante. Je voudrais avoir des ailes, pour aller remercier mon Dieu d'avoir créé tant de belles choses pour une pauvre petite créature comme

moi. ') (M"' Louise D , à Saint-Brieux.)

u J'aime l'été, parce que les vacances commencent dans cette saison. Alors mon frère vient à la maison pour quelque temps, et nous avons un grand plaisir à être ensemble. — Le désagrément de l'été est la trop grande chaleur; non que je m'en plaigne pour moi, mais pour les malheureux ouvriers; car j'ai entendu dire qu'il y en avait qui en mouraient, principalement dans la classe des laboureurs » (M"' Sophie

du..., à Paris.)

;< Au printemps succède l'été duquel dépend la bonté des récoltes. C'est dans cette saison que se font sentir les plus grandes chaleurs. Le seul moment agréable de la journée est le matin ou le soir, lorsqu'une douce et salutaire rosée s'est répandue sur les fleurs. Dans le milieu de la journée, le soleil lance ses feux sur les moissons; il les mûrit. Les pâturages perdent l'éclat de leur verdure; les fleurs se fanent sur leurs tiges desséchées, et les oiseaux accablés par l'excès de la chaleur, cessent leurs chants et se retirent dans les bocages. Mais lorsqu'un nuage bienfaisant répand sur la terre une légère ondée, les arbustes reprennent leur fraîcheur, et la fauvette chante de nouveau sur les arbrisseaux humides. Qu'une nuit

d'été est belle! Comme l'air qu'on respire est pur!

Que cette saison est agréable! Tout est animé: dans les prairies on voit les troupeaux bondir au bord des ruisseaux; dans les bois, on voit une foule d'oiseaux voltiger; on rencontre tantôt des faucheurs, des moissonneurs, ou des glaneurs; ceux-ci bénissent le riche

qui leur laisse une petite part de sa récolte •'

(M"' Pauline H...., à Nancy.)

" L'automne est un mélange gai et triste. Les différentes teintes des arbres donnent à la Nature une richesse qui n'a rien d'uniforme. La récolte des fruits est un bien grand plaisir. Cependant, l'on pense avec regret que le sombre hiver va nous forcer à abandonner la campagne, et la chute des feuilles nous saisit de tristesse. Mais bientôt on oublie, au milieu des vendanges, ces douloureuses considérations, et la gaieté des vendangeurs éloigne toutes ces pensées. On remercie Dieu alors, de ce qu'il a accordé aux pauvres cultivateurs une abondante récolte, et de ce qu'il les a garantis de la grêle qui eût détruit toutes leurs espérances. On entend gémir le pressoir: les caves se remplissent; l'activité est générale, et l'on trouve que ce joli moment s'écoule trop rapidement. Enfin, un jour on s'éveille, la neige couvre la campagne, et l'on dit en soupirant: Voici l'hiver!" f M"' Jugusta S. de C... , à Crans. )

t( A la fin de l'automne . la Nature est sur son déclin ; les vents soufflent avec violence; les pluies deviennent continuelles; les feuilles jaunissent , tonib-nt, et laissent la campagne dégarnie. Tout nous abandonne: les arbres verts, image des vrais amis, sont les seuls qui conservent leur feuillage, dans ces temps désastreux. Leur verdure alors a plus de charme; ce qui nous environne a l'air mort : eux seuls parisscnt avoir conservé la vie pour nous consoler de ce deuil universel. " (M"' Clémence de F...., à Villebadin.)

Je ne puis ni ne veux me dispenser de mentionner, comme méritant d'être distinguées, les lettres qui portent les signatures suivantes :

M"^ Mathilde de la B ,, à Nantes: M"' ***, à Versailles; M''= Augustine, au Lude; M"' Élim de T...., à

Nancy, M"' Caroline B , à Nancy; M. Arthur de

TV...... à Villebadin; M "=Cec(7ef/e P...., àMontfleury;

M"^ Cœline B. , à Nancy: M''= Charlotte G , à Nancy;

M"« Emma et Ernestihe deSt.-Y...., à Paris; W' Herminie G...., a Lyon; M"' Firginie B....... à Besançon,

Je passe maintenant aux lettres de mes plus jeunes correspondants, parmi lesquelles je crois devoir donner la préférence à celle de ^V^' Cécile de V.....; la voici :

u Mon bon Génie, après avoir balancé sur !e choix que je ferais d'une des quatre saisons, je me suis décidée pour le printemps, pour cette jolie saison où toute la Nature semble renaître. Les arbres se couvrent de feuilles, les fleurs parent les jardins, les tendres oiseaux couvent leurs petits; ils guident leurs premiers pas, et lorsque le printemps est sur son déclin, ils volent ensemble pour la dernière fois, ils se séparent pour toujours. Enfin, mon bon Génie, j aime tant le printemps que je n'y trouve pas de désagréments, si ce n'est l'incertitude du beau temps. Quand cette douce saison s'est écoulée, on se console à l'aspect de Tété,

«Les enfants sont bien contents, lorsqu'ils voient arriver les cerises. Le soleil bienfaisant répand sa chaleur pour mûrir les moissons et les fruits de la terre. Alors le joveux laboureur se plait à bâtir des meules, à recueillir le fruit de son travail; mais il y a des chaleurs si accablantes, que l'on voit quelquefois avec plaisir arriver rautomne.

(I Cette saison produit d'excellents fruits, de bons raisins; c'est le moment de la vendange, qui est peutêtre le temps le plus gai à la campagne; c'est celui de presque toutes les fêtes de village; enfin c'est relui des vacances, où les écoliers qui ont eu le bonheur d'être couronnés, viennent jouir de leurs succès chez leurs parents; et ceux qui n'ont pas été aussi heureux, chercher un repos qui leur est peut-être utile pour mieux travailler l'année suivante. Les jeunes demoiselles qui, comme moi, ont des frères au collège, n'aprécient pas moins cette époque de l'année; mais le teuips est souvent sombre, pluvieux, les jours racourcissent, et cette saison annonce trop l'hiver.

(t Pour moi, mon bon Génie, je n'aime pas du tout l'hiver: toute la Nature est en souffrance: on voit de malheureux vieillards, de pauvres petits enfants qui n'ont pas de quoi se chauffer; la terre est couverte de neige, et au lieu de douces pluies, la grêle tombe avec

fracas. Mais il y a des personnes qui trouvent des plaisirs dans l'hiver, comme les bals et le carnaval. Quant à moi, je préfère le jour de l'an, parce que c'est l'époque où l'on forme des vœux pour le bonheur de ses parents et du bon Génie.

« Cécile de V , à Paris. "

L'été a eu si peu de suffrages que je ne dois pas lui ravir celui de 5L Barthélémy Le Carpentirr, de Honfleur, qui le motive ainsi:

a Vous m'avez demandé laquelle des saisons j'aimais le mieux, et je vous réponds que c'est l'été, parce que je trouve d'abord qu'il y a beaucoup de fruits, tels que des framboises, des groseilles, des poires, des prunes que j'aime beaucoup; ensuite, parce qu'on peut se promener dans la campagne, et prendre des bains de mer, ce qui m'amuse beaucoup. Mais le désagrément, c'est que souvent il fait trop chaud , et que cela occasionne des orages qui me font quelquefois peur. »

Quant à M. Anatole de T...., d'Autun, il préfère l'automne, «^ parce que, dit-il, c'est le temps où il ne fait ni trop chaud, ni trop froid; parce que c'est la saison des fruits, des vendanges; parce que c'est le temps d'une foire où l'on vend de beaux joujoux, où l'on voit des feux d'artifice, et toutes sortes d'autres belles choses. "

Les autres lettres qui méritent d'être mentionnées particulièrement, sont celles de M"' Aimée Lyautey, de Strasbourg, que je regrette de ne pouvoir imprimer en entier; de M"' Fictorine ^L..., de Nancy; et de M"' Louise Le M...., de Ilennebon.

Page 1