LES MICROSCOPES
Je vous ai dit, mes amis, que les lunettes servent à faire voir distinctement les objets places à la portée ordinaire de la vue, mais que nos yeux affaiblis, malades ou mal conformés ne pourraient pas nettement distinguer, sans ce moyen artificiel. Je vous ai dit que les lunettes d'approche et les télescopes servent à faire apercevoir les objets placés à de grandes distances, hors de la portée de la simple vue. Il me reste à vous parler d'une autre espèce d'instruments qui ont la propriété de faire voir en grand et distinguer dans toutes leurs parties, des objets infiniment petits et qui, par leur ténuité, échapperaient à la vue de l'œil nu. Ces instruments sont les microscopes ; il y en a de phisieurs sortes : d'abord le microscope simple, qui est composé d'un seul verre très conve.xe, appelé loupe ou lentille, à cause de sa forme à-peu-près semblable à celle de la graine qui porte ce nom. Cette lentille est enchâssée dans une lame de métal, que l'on soutient d'une manière quelconque, pourvu qu'elle soit commode pour l'observateur. Au-dessous de la loifj//e, est placé un support destinéà recevoirlobjet qu'on veut examiner, ce qu'on fait en appliquant l'œil sur le verre. L'objet paraît alors grossi plus ou moins fortement, suivant que la /e»^7/e est plus ou moins convexe.
La seconde espèce de microscope est le microscope compose, qui consiste en un assemblage de trois lentilles placées dans des tuyaux. Celui-ci grossit les objets dans des proportions beaucoup plus fortes que ne fait le premier: et il est infiniment plus commode pour l'observateur.
Ces microscopes n'ont été inventés que long-temps après les lunettes; ils ne sont connus que depuis le commencement du dix-septième siècle.
Une autre sorte de micivscope, dont la construction est toute différente, est le microscope solaire. Celui-ci est un instrument, par le moyen duquel on voit en grand, dans une chambre obscure, les images de très petits objets éclairés vivement par le soleil; il offre un des spectacles les plus intéressants qu'on puisse voir.
Pour faire usage de cet instrument, il faut avoii une chambre bien fermée et bien obscure, qui ait une fenêtre tournée vers le soleil, et au volet de laquelle il y ait un trou rond, comme une petite chatticre. A ce trou on adapte deux tuyaux rentrant l'un dans l'autre et portant chacun une lentille. Kn dehors est disposé un miroir mobile, pour recevoir les rayons du soleil et les réfléchir horizontalement sur l'ouverture à laquelle est adapté le double tuyau qu'on • nomme porte-lumière. Lorsqu'un faisceau do rayoïi^
est ainsi dirigé sur le porte-lumière , il traverse les deux lentilles et va projetter un grand rond lumineux sur un mur blanc ou une toile tendue en face de la fenêtre. Derrière les lentilles, est pratiquée au tuyau une coulisse, dans laquelle peuvent glisser de petites plaques de verre appelées porte-objet, sur lesquelles, en eft'et, on place l'objet qu'on veut examiner. Cet objet étant ainsi introduit dans la coulisse, son image va se peindre sur le rond lumineux, où elle parait considérablement grossie par le pouvoir amplifiant des deux lentilles. C'est exactement la même chose que ce qui se passe dans la lanterne magique, dont je vous ai donné l'explication à l'occasion de la lithographie qui accompagnait le numéro 3o de la première année de ce journal. Vous devez en reconnaître ici la description, sauf toutefois que, dans le m/c*-05copeso/a/fe, on a la lumière du soleil, au lieu de celle d'une chandelle ou d'une lampe qui éclaire assez tristement la lanterne magique.
Lorsqu'on veut observer de petits animaux vivants, qu'il faut pour cela tenir captifs, on se sert de lames de verre doubles, auxquelles sont pratiquées de petites concavités, et qu'on applique l'une sur l'autre, de manière que l'objet est emprisonné dans ces cavités, et libre toutefois de s'y mouvoir.
Vous pensez sûrement, d'après ce que je viens de dire, que le microscope solaire doit être un instrument très curieux et très intéressant. Il fait voir en effet, sans fatigue, en grand, et par plusieurs personnes à-la-fois, des objets prodigieusement petits. Ua cheveu V paraît gros comme un manche à balai; une puce, grosse comme un mouton et même comme un bœuf. Si l'on y examine une goutte d'eau croupie, de lie de vinaigre, ou une parcelle de fromage, ou toute autre matière en état de corruption, on voit se mouvoir, dans ces différents objets, des milliers d'animaux, les uns reptiles, les autres munis de pattes, ceux-ci gros comme des anguilles, ceux-là gros comme des tortues, et que l'œil nu pourtant ne saurait apercevoir. Les uns ont le corps lisse, les autres sont hérissés de poils, et tous paraissent hideux.
Je me suis amusé un jour à observer, au microscope solaire, un singulier combat entre une fourmi et un pou, que j'avais enfermés ensemble dans le porte-objet. La fourmi était beaucoup plus forte et plus grosse que le pou dont la taille n'excédait pas celle d'un mouton, et qui, par parenthèse, était bien le plus laid et dégoûtant animal qu'on pût voir. A peine se trouvèrent-ils ensemble que, se sentant apparemment inconmiodés par les ravons du soleil, ils parurent s'en prendre l'un à l'autre. La fourmi, plus alerte et plus vigoureuse, saisit le pou par le milieu du corps, avec ses serres, et le perça de part en part. Dans cette position gênante et douloureuse, le pou
s'agitait en vain, sans pouvoir se débarrasser de son ennemi et encore moins l'atteindre. Cependant, après un grand quart-d'heure, soit fatigue de la part de la fourmi , soit effort heureux de la part du pou, celuici parvint à faire lâcher prise à l'autre. Alors, malgré ses graves blessures, prenant à son tour l'offensive, il s'élance sur la fourmi, et à peine l'a-t-il touchée de sa trompe, qu'elle tombe sans mouvement et meurt, comme empoisonnée subitement par un venin violent.
Un des plus jolis spectacles qu'on puisse voir avec cet instrument, c'est la circulation du sang dans la queue d'un testard; cela fait exactement l'effet d'une carte de géographie enluminée, dont toutes les rivières seraient animées par un véritable écoulement.
Je vous invite fort, mes amis., si vous en trouvez l'occasion, à ne pas négliger de voir et d'observer les effets du microscope solaire. Je suis certain de ne pas me tromper, en vous annonçant qu'ils exciteront vivement votre intérêt.
MOTS A L'OREILLE
^ L'accomplissement des devoirs se lit sur le visage.
^ Le mécontentement de soi-même ternit le plus beau teint et altère les traits les plus délicats.
vç Une conscience tranquille et satisfaite donne de la grâce au sourire, de la douceur au regard et de l'aisance au maintien.