‹ Le Bon génieChapitre 6 sur 135 · LE HIBOU · texte numérisé non relu

LE HIBOU

FABLE

Au fond d'une vieille masure

Vivait en sournois un hibou , Ne sortant de chez lui que par la nuit obscure, Et passant la journée enfermé dans son trou. D'un petit bois voisin la riante verdure Offrait un doux asyle aux oiseaux d'alentour,

Qui, du flambeau de la nature, Par leur chant matinal saluaient le retour ,

Et chantaient tout le long du jour.

Importuné de leur ramage , Indigné d'être ainsi troublé dans son sommeil,

Notre nocturne personnage

Osa montrer en plein soleil Ses gros yeux clignotans, son sinistre visage.

Et perché sur le haut d'un mur.

Vint apostropher d'un ton dur

Les jolis hôtes du bocage.

u Messieurs, dit-il, y pensez-vous

Il De faire un tel bruit à cette heure? « Qu'est-ce à dire? à midi, les honnêtes hibous « Ne pourront reposer en paix dans leur demeure, « Parce qu'il vous plaira chanter comme des fous?

(1 En vérité, que signifie « Une telle conduite, une semblable vie?

a Si VOUS chantiez pendant la nuit,

(i Votre musique pourrait plaire;

«Mais en plein jour 1 quand la lumière

« Nous endort et nous éblouit !

« C'est du désordre, du délire,

« C'est vouloir vous faire maudire , « Et vous méritez bien d'en recueillir le fruit! « Oui, vous perdrez la vue; oui , j'ose vous prédire « Que vous n'y verrez plus quelque jour à minuit. »

Les oiseaux écoutaient; ils se mirent à rire;

Et le hibou grognon s'enfuit Se blottir, en grondant, au fond de son réduit.

C'est ainsi que souvent nous nous plaignons des hommes, Lorsqu'ils n'agissent pas en tous points comme nous ; Et quand nous les traitons de fous.

Bien souvent c'est nous qui le sommes.

CORRESPONDANCE

Si vous le voulez bien, mes amis, nous continuerons notre correspondance, toujours sur le même pied ; et au mois de novembre prochain , je donnerai , en même temps que les prix annuels, deux prix de semestre. Je vais donc recommencer, d'aujourd'hui en huit, à vous proposer des questions; et je vous renouvelle en outre l'invitation de m'écrire spontanément, toutes les fois que vous aurez , ou à me faire part de quelque chose qui vous aura intéressés, ou à me demander vous-mêmes des explications sur quelque objet qui aura frappé votre imagination. Vos lettres seront toujours auprès de moi les bien venues.

— Une de mes jeunes correspondantes, en répondant à mes dernières questions, s'excusait d'avoir trop attendu pour répondre aux précédentes; mais il parait que, tout en convenant de sa petite négligence, elle ne se pressait pas beaucoup plus, car sa lettre est encore arrivée trois jours après le délai fixé.

Imprimerie de JULES DIDOT AÎNÉ, imprimeur du roi, rue du ront-de-Lodi, u' 6.

DnlANCHE, ÎO MAI 1027.

Le prix de l'abonnenieni asi , pour Paris , de 2 2 francs par an , ei de 12 francs pour six mois. Pour les dépariements, de 24 francs par an , et 1 3 francs pour six mois.

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IV

ANNEE

Bureau de l'aLonneraent, chez Louis Colas, libraire, rue Daupliine, a° 32; et chez les principaux libraires el directeurs des postes des dépariemeuts.

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Chers et respectables petits lecteurs! votre sourire est plus doux pour le bon Génie que les plus brillants suffrages. Vous instruire, vous plaire , chercher pour vous des éléments de bonheur, voilà son ambition, son espoir et sa récompense.

S'il vous tient parole aujourd'hui, s'il vous donne le secret d'embellir autour de vous les choses inanimées, cette recette vaudra mieux qu'une histoire; car elle deviendra pour vous comme une source inépuisable d'histoires intéressantes, dont chaque objet vous offrira le texte ou l'occasion.

S'il dépendait de nous de choisir im climat, une patrie, il semble d'abord que nous voudrions un beau ciel, un pays magnifique, riche en productions variées; et cepen-'ant, nous aimons avant tout le climat, le pays où le ciel nous fit naître: le Lapon préfère ses glaces et ses neiges aux riants paysages de la douce France; et quand les artistes français rêvent d'Italie, c'est pour y voyager, c'est pour en revenir, et non pour y passer leur vie. Qui colore d'un charme si doux les champs de la patrie? Qui nous fait préférer nos arbres à tous les arbres, nos ruisseaux h tous les ruisseaux?— Le souvenir, la pensée! Attachons donc une

pensée, un souvenir aux objets qui frappent nos yeux. C'est le moyen d'animer l'existence, de chasser la tristesse, le goût du changement, l'ennui, la satiété, ces terribles ennemis du bonheur. Hélas! nous ne sommes pas toujours les maîtres de choisir notre horizon : rendons intéressant celui qui nous entoure.

Vous aimez, chers enfants, qu'on place des estampes dans les livres de contes et d'histoires: attachez vous-même une histoire aux images naturelles qui frappent vos regards; joignez un texte aux images, comme on met des images au texte; voilà toute ma recette. Je la crois féconde, et je vais vous offrir quelques exemples. Une fois sur la route, dans cette nouvelle topographie, votre jeune et vive imagination y fera plus de chemin que la mienne.

Pendant vos vacances, à la campagne, trouvez-vous par hazard une vieille tenture et des meubles gothiques, dans la chambre où vous couchez? Au lieu de faire la mine aux figures de la tapisserie, chçrchez-y quelque chose qui vous parle et vous plaise; cherchez bien, ce quelque chose s'y trouvera. Supposons que la gothique tenture représente un sujet mythologique: réfléchissez à ce peuple ingénieux qui animait tout par son imagination poétique: il faisait d'une fontaine une Nymphe, d'un fleuve un beau vieillard : imitez ce peuple inventeur; faites parler les vieux

meubles et la tapisserie, comme il faisait parler, dans les bois, les Dryades et les Amadryades ; cherchez, dans ce monuments d'une antique opulence, des souvenirs historiques, la vénération des aïeux Que dis-

je?cherchez-v mieux encore : vovez-v la sage économie du père de famille, qui résiste à l'émulation du luxe

moderne, pour grossir la dot de sa fille Et si vous

êtes par hazard cette fille là, convenez-en, voilà une vieille tapisserie plus touchante et plus belle que tous les papiers satinés ou veloutés du monde.

Etes-vous forcés de visiter souvent un pays triste, une plage aride, un champ dépouillé de verdure? faites-y quelques bonnes œuvres, vous n'y reviendrez pas sa lis plaisir; vous ferez même, d'un site mélancolique, un charmant but de promenade.

Que ce banc de pierre devienne le banc de la reconciliation , vous y reposerez mieux à l'aise que sur le plus doux sopha : car il n'y a point de bon siège pour qui s'assied avec son ressentiment.

Un mur, un arbre, un rocher, une haie, une barrière peuvent évoquer, dans nos souvenirs, une lecture, une conversation intéressante, ou les épanchements de l'amitié. Je ne multiplierai point ces exemples. Enfants! j'ai fourni la palette: c'est à vous de choisir les couleurs, et d'enluminer avec goût le site plus ou moins favorable, où vous a placés la Providence. A. D.

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