LES SERINS
Le triste aspect des feuilles qui jaunissent et qui tombent, fait fuir l'hirondelle loin de nos climats, et met fin à tous les concerts des petits chantres de nos bois. C'est le moment de parler du serin, de cet aimable hôte de nos foyers, dont le ramage, qui est un modèle de grâce, se fait entendre en tout temps, et nous recrée lorsque tout se tait dans la Nature,
Tout intéresse, tout plait dans ce charmant oiseau des Ilespérides : forme élégante, joli plumage, voix mélodieuse, naturel aimant, docilité et familiarité; il réunit les qualités, les petits talents qui sont isolés dans les autres. C'est sur-tout à Tamusement des jeunes personnes qu'il semble avoir été destiné; et qui mieux qu'elles pourrait aider au développement de ses habitudes douces et sociales? Soins, attentions, caresses, rien n'est épargné. Son enfance, son éducation causent quelquefois de petits embarras, mais ce n'est point un ingrat; capable de reconnaissance et d'attachement, il en donne des preuves à chaque mstant du jour; le soir, ses adieux sont des caresses; le matin, à peine éveillé, sa bienfaitrice est l'objet de ses premiers regards, son preuiier vol est vers elle, et il la salue d'un petit cri touchant. Non moins docile que familier, il obéit aux ordres de sa maîtresse,
même à ceux qui semblent le plus en opposition avec son naturel. On a vu des serins, à la voix de leur institutrice, voler sur la tête d'un chat, s'y tenir perchés, et y chanter à gorge déployée. J'en ai vu moimême un qui, à un signal, saisissait une mèche avec sa petite patte, l'allumait, mettait le feu à un petit canon, tombait comme mort à l'explosion, puis se relevait et se mettait en faction.
Cet oiseau, originaire des Canaries, n'a rien perdu de sa beauté ni de ses qualités, en faisant société avec nous; je ne veux pas dire en devenant notre esclave, car il n'est point traité comme tel, et il vit dans nos demeures en ami. Doué d'un gosier qui se prête à l'harmonie de nos voix et de nos instruments, il apprend à parler et à siffler les airs les plus mélodieux. Les mots, les petites phrases les plus tendres, sont ce qu'il semble retenir et prononcer avec le plus de facilité. Le rossignol nous étonne par les ressources de son incomparable organe, nous intéresse par la variété de ses sons, nous ravit mèn.e par ses roulades brillantes et précipitées; mais, fier de son talent, il dédaigne tout ce qui lui est étranger, ou du moins ce n'est qu'avec peine qu'il répète les airs qu'on veut lui apprendre: de plus, le charme do sa voix ne dur que quelques mois; et pour en jouir dans tout soi éclat et avec tous ses agréments, il faut l'entendre
dans les bois, dans le silence de la nuit. Devenu notre prisonnier, renfermé dans nos appartements, son chant perd de sa mélodie par des éclats trop bruyants pour une aussi petite enceinte, et ses accents y prennent une certaine dureté qui fatigue. La linotte, le chardonneret, le bouvreuil, se prêtent volontiers à l'instruction; mais le serin a plus d'oreille, plus de facilité d'imitation, plus de mémoire; il est d'un naturel plus caressant; c'est enfin, de tous les oiseaux, celui qu'on élève avec le plus de plaisir, parce que son éducation est la plus facile et la plus heureuse.
Je pense que je rendrai peut-être service à quelques unes de mes jeunes lectrices, en leur indiquant la méthode qui réussit ordinairement le mieux pour faire l'éducation musicale d'un jeune serin.
Environ huit ou quinze jours après qu'il mange seul , et dès qu'il commence à f,azouiller, on le sépare des autres, et on lui donne pour prison une cage couverte d'une toile fort claire. Ou le place ainsi dans une chambre éloignée de tout autre oiseau, afin qu'il ne puisse entendre aucun ramage, et on joue, avec un flageolet ou avec une serinette, l'air qu'on veut lui apprendre, de la manière que j'indiquerai tout-àl'heure. Il faut observer que, si c'est avec un flageolet, les tons ne doivent pas être trop élevés. Quinze jours après, on remplace cette toile claire par une serge verte ou rouge très épaisse, et on le laisse dans cette situation jusqu'à ce qu'il sache parfaitement son air. Lorsqu'on lui donne sa nourriture, qui doit être pour deux jours au moins, on doit ne le faire que le soir et jamais pendant le jour, afin qu'il ne soit pas distrait et qu'il apprenne plus promptement sa leçon. Un prélude et un seul air choisi sont suffisants pour sa mémoire, car un plus grand nombre et même un air trop long le fatiguent, et il les oublie facilement. Ces oiseaux n'ont pas tous la même aptitude à s'instruire; les uns se déclarent après deux mois, il en faut à d'autres plus de six. On ne doit pas croire qu'il résultera d'un grand nombre de leçons des progrès plus rapides; au contraire, on fatigue l'écolier et on finit par le dégoûter. Cinq ou six leçons par jour suffisent pour son instruction : on en donne deux le matin en se levant, quelques unes vers le milieu du jour, et deux le soir en se couchant. Il profite plus avec celles du matin et du soir qu'avec les autres, parce qu'alors il a moins de dissipation, et retient plus aisément ce qu'on lui apprend. L'air doit être répété, à chaque leçon, au moins neuf ou dix fois, de suite et sans aucune répétition du commencement ou de la fin. 11 ne faut pas instruire deux oiseaux à-lafois dans la même chambre, et encore moins les tenir dans la même cage.
Les jeunes personnes à qui cet article donnerait le désir de faire l'éducation d'un canari , verront que le
métier d'instituteur ou d'institutrice exige beaucoup de patience; elles verront aussi que l'instinct de ces petits oiseaux semble les avertir que tant de soins doivent être payés de reconnaissance.
MOTS A L'OREILLE