‹ Le Bon génieChapitre 76 sur 135 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Mademoiselle Antoinette Rous de la Mazelière se trouve maintenant hors de concours à double titre;

à cause de son âge, et comme ayant obtenu deux prix.

J'espère que cela ne me privera pas de sa correspondance, et je lui saurai très bon gré de vouloir bien la continuer.

J'ai été à regret obligé d'écarter du concours plusieurs lettres, dont les étourdis signataires avaient oublié d'indiquer leur âge, comme je l'avais recommandé.

Je n'ai pu admettre non plus à concourir les lettres qui sont arrivées après le 4» jour ou expirait le délai que j'avais fixé. Il m'en est parvenu un assez bon nombre de tardives; on était pourtant bien averti.

COMPOSITION

Qui a obtenu la première mention supérieure et spéciale, hors du concours.

Mon bon Génie, la complaisance est le désir de plaire aux autres, et une disposition à leur rendre tous les petits services qui dépendent de nous. Cette qualité réellement précieuse , puisqu'elle fait le charme et l'agrément de la société, est le plus sûr moyen de se faire aimer généralement. Elle annonce, dans celui qui la possède, un bon cœur, un caractère aimable, et presque de la générosité: car on ne peut être habituellement complaisant, si l'on ne sait se sacrifier quelquefois soi-même , et préférer le plaisir des autres au sien.

La déférence nous porte à céder et à rendre par là une espèce d'hommage aux personnes que l'âge, le mérite ou le rang nous font un devoir de respecter. Elle est plutôt un sentiment des convenances qu'une qualité. La complaisance vient du cœur; la déférence est le fruit de l'éducation ; elle peut exister sans aucun sentiment de bienveillance, tandis que l'autre suppose nécessairement une sorte d'affection. La déférence est souvent un devoir; La complaisance, moins obligée, n'en est que plus aimable. Celle-ci fait qu'on ne songe à soi qu'après s'être occupé des autres, et qu'on n'a, pour ainsi dire, de volontés que celles des personnes avec qui l'on vit; l'autre, plus calculée, n'est qu'une simple soumission aux usages de la société. Enfin, Tune nous fait aimer, l'autre nous fait approuver. Eugène Delisle, i4 ans et demi, à Périgueux.

COMPOSITION

Qui a obtenu le Prix de la première division.

Mon bon Génie, la complaisance est une qualité aimable et attachante, une sorte de volonté flexible, qui nous fait ployer avec douceur aux désirs et aux projets des autres, et sacrifier, avec grâce et empressement, nos goûts et nos plaisirs aux leurs. Cette qua-

litë est nécessaire au bonheur intérieur; on doit même chercher avec soin à Tacque'rir, car elle nous attache tous les cœurs, et resserre les liens de lamitié.

Elle naît de l'abnégation de soi-même, et du désir d'obliger et de plaire." Jamais l'égoïste ne l'a connue ni possédée; il ne la veut que dans les autres.

La déférence n'est ni une vertu , ni une qualité; elle me paraît simplement un devoir qu'il faut remplir envers ses parents, ses supérieurs et ses amis; elle consiste dans la condescendance et les égards que nous avons pour eux. La déférence offre plusieurs nuances délicates : celle que nous devons à nos parents et à nos supérieurs, naît du respect; elle nous fait écouter leurs avis avec docilité, soumission et douceur, et nous porte à nous conformer à leur manière de voir, de penser ou d'agir. L'autre, que l'on doit à ses amis, vient de l'estime qu'on a pour eux, et de la crainte de les contrarier ou de les blesser; elle nous engage à ménager leurs opinions, et à éviter de dire ou faire en leur présence des choses qu'ils désapprouvent.

Je ne puis, mon bon Génie, bien exprimer la différence qui existe entre la complaisance et la déférence, sans lépéter ce que j'ai déjà dit: la première est une qualité qui nous fait aimer, rechercher, désirer, nous rend presque nécessaires à ceux avec qui nous vivons, et répand un grand charme dans l'intimité. La seconde est un devoir imposé par le respect, par la reconnaissance ou par l'estime, et auquel on doit d'autant moins chercher a se soustraire, qu'il nous attire presque toujours la bienveillance, l'intérêt et l'affection de ceux qui en sont l'objet.

Ces derniers sentiments sont ceux que je désire sincèrement vous inspirer, mon bon Génie, et j'espère y parvenir un jour par ma constante déférence pour vos sages conseils.

SxÉPHAXtE DE ViLLEQUIER, I I aUS 10 mois,

au château de Villequier.

COMPOSITION

Qui a obtenu le Prix de la deuxième division.

Un enfant peut reconnaître ses défauts en écoutant ce que lui reprochent ses parents; en s'exaniinant sur les commandements de Dieu, pour savoir auxquels il manque. Il peut s'en corriger, en priant Dieu de laider; en remarquant les grandes personnes bien élevées pour faire comme elles; en écoutant les conseils qu'on lui donne et en tâchant de les suivre; en lisant l'histoire avec attention, pour en tirer de bonnes leçons et profiter des bons exemples qu'il y trouve; eu choisissant chaque jour un de ses défauts pour tra-

vailler à s'en corriger, jusqu'à ce qu'ils soient tous partis; en ne montrant point de mauvaise humeur quand on les lui fait remarquer. Voilà de très bons moyens pour se corriger, et l'enfant qui les connaît et qui ne s'en sert pas est bien sot, et c'est sa faute.

Adieu, mon bon Génie, je sais bien encore un bon moyen pour se corriger, c'est de vous croire et de vous écouler.

Edouard Girod, 8 ans et demi, à Croissv.

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