‹ Le Bon génieChapitre 77 sur 135 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Les deux compositions qui ont partagé le premier accessit de la première division, ont fortement lutté avec celle à laquelle j'ai cru devoir décerner le prix. J'y ai trouvé plusieurs idées heureuses qui ne sont pas exprimées dans celle-ci. Mais les deux premières ont insisté d'une manière trop absolue sur ce point, qu'on n'a de la déférence que pour ses supérieurs. Cela n'est pas exact : on défère aussi, comme l'a dit M"° Stéphanie, aux opinions et aux conseils de ses amis, en raison de l'estime qu'on a pour eux. Les nuances de la déférence sont mieux saisies et mieux rendues dans la lettre qui a obtenu le prix; cette lettre aussi est écrite d'un style plus pur et plus élégant. Néanmoins j'aurais balancé long-temps entre ces trois compositions, si la différence d'âge ne m'eût paru un motif déterminant en faveur de Mademoiselle de Villequier.

Ce n'est pas non plus sans embarras que je me suis décidé entre la lettre qui a obtenu le prix de la seconde division et celle qui a eu le premier accessit. Dans l'une, la première partie est plus faible que dans l'autre; mais la seconde partie est beaucoup plus complète. Tout bien balancé, il m'a paru que celle de M. Edouard Girod exprimait plus d'idées, et dans cette lutte enfin, son âge tendre parlait encore en sa faveur. J'ai jugé en conscience et, je l'espère, selon l'équité.

Le défaut d'espace me force à renvoyer au numéro prochain l'impression des premiers accessit; mais j'ai cru devoir dès aujourd'hui ces petites explications aux jeunes émules entre lesquels je viens de prononcer.

Je ne terminerai pas sans féliciter ceux et celles d'entre vous qui viennent d'obtenir les honneurs du concours; mais je leur répéterai, eu même temps, ce mot à l'oreille, que je leur ai déjà soufflé :

^ Souvenez-vous que celui qui reçoit un éloge contracte l'engagement d'en mériter un autre.

Imprimerie de JULES DIDOÏ AÎNÉ, imprimeur du roi, rue du Poni-Ue-Lodi, u' 6.

DiMi>aiE, iS.NOvEM. 1827.

Le prix de l'abonncmeni est, pour Paris , de ai francs par ao , et de 1 2 francs pour six mois; pour les départements, de 24 francs par an, et i3 francs poar sis mois.

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ANNEE

Bareaa de l'abonnemen' , cher Loiis Cola? , libraire, j.ue Dauphiae , n* 3i ; et chez les principaux libraires gl directeurs des postes dci départements.

CORRESPONDANCE

RÉPONSES DL' BON GÉNIE

A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES AMIS

Qu'est-ce que la scie, et qu'est-ce qui la produit?

Lorsqu'un corps est en combustion, il y a dans ce corps des principes ou éléments qui se volatilisent, c'est-à-dire qui s'évaporent et se dégagent sous la forme de gaz. La vapeur formée par ces principes volatils, s'élève et entraîne avec elle de légères petites particules dautrt s cléments, qui ne sont pas volatiles, mois qui se trouvant dégagées du corps en combustion par cette combustion même, sont emportées par le mouvement ascendant de la vapeur. Cette vapeur, mélangée de particules solides, produit ce qu'on appelle \a fumée. Quand cette fumée s'élève dans une cheminée, les particules solides qui frottent contre les parois de la cheminée, y sont arrêtées et s'y déposent; une partie des principes volatils dégagés par la combustion, repassent, en se refroidissant, à l'état solide, et se déposent également. C'est ce dépôt qu'on appelle suie. Ainsi l'on peut dire que la suie est le résidu des matières dégagées des corps en combustion, sous la forme de fumée. Vous concevez d'après cela mes amis, que la suie peut encore brûler, puisqu'elle

se compose, en grande partie, de substances combustibles qui ont échappé à une première combustion; elle contient, entre autres, une quantité notable de carbone ou charbon pur. C'est pourquoi, lorsqu'on laisse accumuler la suie dans une cheminée, sans prendre le soin de la faire ramoner, on court le risque de voir cette suie s'enflammer, si une étincelle arrive jusqu'à elle.

Qu'est-ce que le noir de fumée?

Cette question vient très bien après la précédente, car le noir de fumée n'est autre chose que la suie déposée dans la combustion des résines. On emploie particulicremont, pour se le procurer, les racines de pins, d'où Ion retire aussi la résine connue sous le nom de goudron, et qui est d'un usage si important et si général.

Qu'est-ce que le camphre?

Le catnplire est une substance blanche, tranparente. légère, friable, très volatile, d'une oilcur aromatique forte, d'une saveur acre et légèrement amère, laissant une sensation de fraîcheur dans la kniche.

Cette substance existe dans plusieurs végétaux ditférents; on peut en retirer du thym, du romarin, de

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la racine du cannellier, de quelques lauriers, et d'un grand nombre d'autres plantes aromatiques. Mais la plus grande partie du camphre qui se débite dans le commerce, provient d'une espèce de laurier qu'on appelle laurier camphrier. C'est un arbre assez élevé, d'un port élégant et d'un joli feuillage, qui croît naturellement au Japon et dans d'autres parties des Indes orientales. On en retire le camphre par des procédés dans lescjuels on met à profit la propriété qu'il a de se volatiliser; en faisant bouillir avec de l'eau des petits morceaux de bois de camjihrier, dans un vase au-dessus duquel on pbice une espèce de chapiteau rempli de chaume ou de natte, le camphre s'évapore et vient se déposer contre le chapiteau, sous la forme d'une suie blanche, que l'on recueille et que l'on réunit en masses.

C'est de l'Inde que vient en Europe tout le camphre répandu dans le coinmeice. Cette substance est employée dans beaucoup de cas comme médicament; on en fait usage aussi dans les arts; elle entre dans la composition de certains vernis, et comme elle est éminemment combustible, on remiiloie dans la matière des feux d'artifices. On soupçonne même qu'elle était un des principaux ingrédients du feu grégeois, connu des anciens, et qui brûlait sous l'eau. Ce qui le fait penser, c'est que le camphre qui est assez léger pour surnager l'eau, brûle très bien à sa surface. 11 parait que, dans les cours des princes orientaux, on le brûle avec de la cn-e pour éclairer pendant la nuit. Le naturaliste Bomare dit s' titre assuré par expérience que, si l'on jette du camphre dans un bassin sur de l'eau-de-vie, qu'on les fasse bouillir jusqu'à leur entière évaporalion, dans quelque lieu étroit et bien fermé, et qu'on y entre ensuite avec un flambeau allumé, tout cet air renfermé s'enflamme sur-le-champ et paraît comme un éclair, sans incommoder les spectateurs, ni endommager le bâtiment.

Le camphre est si volatil qu'il s'évapore entièrement à l'air; quand on en a placé quelque part un morceau, on est tout étonné de trouver, après un peu de temps, qu'il n'en reste plus rien. Aussi ses émanations sontelles très fortes et se répandent-elles fort loin; mais en même temps, elles durent peu et se dissipent assez promptement. On se sert de cette substance pour préserver des vers les étoffes de laine et les fourrures; c'est un moyen infoillible, pourvu qu'on ait le soin de renouveler le camphre à mesure qu'il s'évapore, dans les lieux où ces objets sont renfermés.

COMPOSITIONS

Qui ont partagé le premier accessit du pris de la première division, décerné dans le numéro précédent.

Mon bon Génie, la complaisance est le désir, le

soin de plaire aux autres. C'est sur cette aimable vertu que reposent les agréments de la société; elle nous tait sacrifier, en quelque sorte, notre volonté au plaisir des autres. On doit de la complaisance à ses égaux; sans cela on ne pourrait en exiger d'eux. Il faut en avoir pour ses inférieurs; c'est le moyen d'adoucir la sévérité du commandement. La complaisance est une condescendance honnête pour les désirs et les volontés des autres, tant que ces désirs et ces volontés sont conformes à la justice; car la complaisance pour des choses criminelles serait condamnable, et si elle était poussée au point de nous rendre le jouet de toutes les fantaisies des autres, elle serait une faiblesse.

La déférence consiste à sacrifier ses propres sentiments aux sentiments et aux opinions des autres. L'âge, le rang, la dignité, le mérite des personnes, nous obligent à la déférence. On n'a de déférence que pour ses supérieurs, de complaisance que pour ses égaux ou ses inférieurs; c'est pourquoi les enfants ont de la déférence pour leurs parents, et les parents ont de la complaisance pour leurs enfants.

La complaisance et la déférence marquent de la bonté, de la tlouceur. de la facilité dans le caractère et dans l'esprit; mais la complaisance marque une bonté affectueuse, et la déférence une douceur respectueuse. La déférence rend les autres contents d'eux-mêmes, parce qu'elle est, en quelque sorte, une reconnaissance de leur mérite; la complaisance les rend contents de nous, parce qu'elle leur procure des jouissances.

CtLiME DE Banneville, i^ ans, à Banneville.

Mon bon Génie, la complaisance est une disposition, une facilité a nous conformer à la volonté des autres, à seconder leurs désirs, à leur rendre avec empressement les services que nous jugeons pouvoir leur être agréables; et elle est la plus aimable possible, quand, en obligeant, nous paraissons suivre notre propre penchant. Il est rare alors que cette précieuse qualité ne nous concilie pas les cœurs de ceux qui en ressentent les effets. Cependant la complaisance devient quilquefois un défaut : c'est lorsque, portée à l'excès, elle se «hange en une coupable faiblesse, si dangereuse pour celui qui en est l'objet; puisqu'en cédant inconsidérément à son désir, ou on le laisse commettre des fautes, ou on l'autorise à croire * bien ce qui est mal. Cest ce que vous nous avez si bien donné lieu de remarquer, mon bon Génie, dans votre jolie fable (tes </<i/.v .4raignées. ^

Par déférence, on entend cette attention â nous rendre à l'opinion, à la volonté, au sentiment de quelqu'un, par égard pour son âge, son mérite ou son rang. Mais elle a aussi ses limites, car trop

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grande, elle devient de la bassesse, vice méprisable. La difforencc entre l'une et l'autre me semble consister en ce que la complaisance s'exerce indifféremment envers nos supérieurs, comme envers nos égaux et même nos inférieurs, tandis que la déférence, résultat des égards, du respect que nous avons pour celui qui en est l'objet, lui suppose toujours une sorte de supériorité. La complaisance est naturelle; la déférence est plutôt un effet de la poletisse. Celle-ci peut donc être considérée seulement comme nn devoir; celle-là est toujours un plaisir, car si elle était commandée , ce ne serait plus que de la simple obéissance. Enfin, mon bon Génie, il me semble que la complaisance diffère encore de la déférence, en ce que l'excès de la première peut aussi bien nuire aux autres qu'à nous-mêmes, tandis que l'excès de la seconde ne peut guère nuire qu'à nous.

Ali>e LoFFiciAL, i5 ans, à Baugé.

COMPOSITION

Qui a obtenu le premier accessit de la deuxième division.

Mon bon Génie, les moyens de connaître nos défauts, sont d'examiner souvent, et même tous les soirs, les fautes que nous avons commises pendant la journée; voir de quel mauvais pencbant elles proviennent; demander à nos parents quels sont nos défauts; demander souvent à Dieu la' grâce de les connaître; voir ce qui nous choque dans les autres, ensuite porter les yeux sur nous-mêmes pour voir si nous n'avons pas les mêmes choses à nous reprocher.

Les moyens de nous corriger de nos défauts sont de faire attention à ce que nous faisons; profiter des avis de nos parents; prier les personnes qui sont avec nous de nous avertir quand nous faisons mal; réfléchir avant de commencer nos actions.

En nous faisant cette question, mon bon Génie, vous avez voulu nous faire connaître les moyens de nous corriger de nos défauts; nous serions bien coupables, si nous négligions de les mettre en usage. Aimée LiAVTEY, lo ans 4 mois, à Besancon.

MOTS A L'OREILLE

% L'ordre a trois avantages: il soulage la mémoire, il ménage le temps, il conserve les choses.

v^ Le désordre a trois inconvénients : l'ennui , l'impatience et la perte de temps.

^ ^, L'ordre a besoin de trois serviteurs: la volonté, l'attention et l'adresse.

vç Le désordre a trois maîtres: la précipitation, la paresse et l'étourderie.

^ Pour êtie profitables, les mots soudés à l'oreille ont encore deux voyages à faire: il faut qu'ils arrivent à la raison, et qu'ils passent dans la vie active. En d'autres termes, il faut aux maximes trois auxiliaires: l'attention, l'intelligence et la volonté.

*4 Voulons-nous rendre persuasifs les bons avis que nous donnons? dépouillons les d'orgueil et imprégnons-les, pour ainsi dire, d'indulgence et de sympathie. Le moyen d'éprouver leur efficacité, c'est d'en faire l'essai sur nous-mêmes: Corrige-loi semblera toujours dur; Corrigeons-nous est plus doux à l'oreille.

VARIÉTÉS

Un de mes petits amis, âgé de huit ans, en m'écrivant pour répondre à mes dernières questions m'a raconté le fait suivant :

« Une de vos abonnées, que j'ai vue dernièrement à Nuits, ayant eu besoin de se faire arracher deux derits, fit bien des difficultés; elle disait qu'on était bien méchant de vouloir la faire souffrir comme cela. Cependant, quand sa Maman l'eut rassurée et lui eut dit que, si l'opération était faite dans deux minutes, elle lui donnerait cinq francs pour un aveugle dont elle prenait soin, elle se laissa taire, et elle eut le plaisir de faire l'aumône des cinq francs à son aveugle. »

— Je connais et j'aime beaucoup une petite demoiselle à qui Ton a conseillé, pour redresser un léger défaut qu'elle a dans la vue, de porter sur les yeux des coquilles percées d'un trou. Elle les a portées sans difficulté tout cet été à la campagne; mais depuis son retour à Paris, ces malheureuses coquilles lui ont inspiré beaucoup de répugnance, à cause de quelques plaisanteries auxqm lies elles ont donné lieu de la part de jeunes compaj'.nes étourdies. <; J'aime mieux disait-elle, avoir un défaut dans la vue, et qu'on ne se moque pas de moi. » Mais cela faisait de la peine à sa Mère, et à toutes les personnes qui l'aiment et qui lui veulent du bien: elle s'en est aperçue, et n'a plus hésite à faire un petit sacrifice d'amour-propre, dont tout le monde lui sait gré, et qui m'inspire, ii moi, nue nouvelle estime pour elle. H prouve en effet que celle bonne enfant est capable de faire, pour la satisfaction de ses parents, plus qu'elle ne ferait pour son bien personnel.

— Une petite fille de cinq ans et demi, qui est particulièrement de mes amies, essayait l'autre jour un© jolie robe toute neuve. Comme celle robe lui allait à

ravir, sa bonne voulut aussitôt la montrer à toutes les personnes de la maison, dans cette nouvelle parure; mais la petite s'y opposa formellement et refusa de sortir de sa chambre, en disant : u On me verra bien quand je descendrai; je ne veux pas aller tout exprès pour que vous me montriez par curiosité, comme une Osage. » Ce mouvement de dignité, qui n'a pu être calcule' dans un âge si tendre, me semble du raoms avoir été inspiré par un noble instinct, et pouvoir offrir une utile leçon à de plus grands enfants, et sur-tout aux jeunes personnes qui auraient un peu trop de penchant à se faire voir.

— Les savants se mettent quelquefois l'esprit à la torture pour remonter à létymologie de certains mots, et souvent, après avoir cherché dans toutes les langues, tant mortes que vivantes, ils se trouvent avoir entièrement perdu leur temps et leur peine. Gela tient à ce qu'une infinité de termes tirent leur origine de circonstances peu connues et qui n'ont aucun rapport avec les objets. De ce nombre est le mot falbala, dont la composition est bien propre à mettre en défaut toute la sagacité des étymologistes. Voici ce qu'un recueil d'anecdotes rapporte relativement à l'origine de ce nom.

Un prince s'étonnait, en traversant les salles du Palais Marchand, de la quantité de marchandises qu'il voyait. «Ce qu'il y a de plus singulier, lui dit quelqu'un de sa suite, c'est qu'on ne peut rien demander a coc ffonc là qu'ilo ne vous le fournissent sur-le-champ, là chose n'eût-elle jamais existé. « Le prince rit; on lui proposa d'en faire l'essai. Il s'approcha d'une boutique, et dit: «Madame, vendezvous des... des falbalas? » La marchande, sans demander l'explication d'un mot qu'elle entendait pour la première fois, lui répondit : u Oui , Monseigneur; » et lui montrant des garnitures de robes de femme: «Voilà, dit-elle, ce que vous demandez; c'est cela morne qu'on appelle des falbalas. » Ce mot fut répété t't fit fortune.

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