L'HORLOGE DE FLORE
Parmi les dernières questions que Ton m'a adressées, il en est une qui serait venue bien plus à propos au printemps, que dans cette saison. Ce n'est plus guères le moment de parler de fleurs -, elle ont toutes disparu. Cependant, au milieu des brouillards qui nous environnent, et a l'approche des frimats qui nous menacent, ce nom de fleurs offre au moins un doux souvenir et une consolante espérance. Ce qui est aimable, ce qui est gracieux, ne peut être déplacé dans aucun lieu ni dans aucun temps. Quoiqu'il en soit, ou me demande ce que c'est que Y Horloge de Flore, et il faut bien que je le dise.
Il y a des fleurs qui s'ouvrent et qui se ferment à différentes heures de la journée. On a imaginé de profiter de cette propriété, pour dresser des tables dans lesquelles sont rangées certaineo plantes, suivant l'heure à laquelle leurs fleurs s'épanouissent, si quelque accident ou quelque circonstance extraordinaire n'en retarde pas le moment. Ce sont ces tables qu'on a appelées Horloges de Flore. En voici un échantillon, qui indique les heures du jour, depuis trois heures du matin jusqu'à neuf heures du soir.
1° à 3 heures du matin s'ouvre la fleur de La barbe-de-bouc.
à 4 heures. — Le pissenlit.
à 5 heures. — La crépide des toits.
à 6 heures. — La scorsonère.
à 7 heures. — Le laiteron ( laponicus).
à 8 heures. — Vherbe à épervier.
'•° à 9 heures. — La piloselle (oreille de rat).
8° à 10 heures. — La sab Une pourprée.
9° à 1 1 heures. — La crépide des Alpes.
10° à midi. — Le laiteron [oleraceus larvis).
Il" 'a. 1 heure. — La coudrille épervière.
12° à 2 heures. — La crépide rouge.
i3° à 3 heures. — Le souci des champs.
i4° à 4 heures. — Le souci africain.
1 5° à 5 heures. — L^ épervière des Savoyards.
16* à 6 heures. — Le pavot à tige nue.
i-" a ~ heures. — L'hémérocalle safranée.
18° à 8 heures. — La belle-de-nuit au jatap.
19° à 9 heures. — Le géranium triste.
Il existe à Saint-Domingue une fleur que l'on appelle communément Y Horloge espagnole, parce qu'elle s'ouvre tous les jours à onze heures du matin, et se ferme à une heure après midi. Les habitants de la campagne consultent, dit-on, cette fleur, qui marque régulièrement l'heure de leur dincr.
Je ne vous dirai pas, cependant, mes amis, que les Horloges de Flore soient aussi exactes que les pen-
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dules de Lepaute ou les montres de Breçuet, mais elles sont au moins un moyen doux et inj^enieux de consulter la marclie du temps et de contempler sa fuite. Elles ont inspiré à notre poëte Delille de jolis vers, que je ne résiste pas au désir de vous faire lire? ou peut-être relire ici :
Le soir, de nos jardins parcourez les carreaux,
Voyez, ainsi que nous, sur leurs tiges baissées.
S'assoupir de ces fleurs les têtes affaissées,
Et, dormant au lieu même où veilleront leurs sœurs.
Du nocturne repos savourer les douceurs.
Voyez comment l'instinct, qui gouverne les plantes,
Assigne à leur réveil des heures différentes :
L'une s'ouvre la nuit, l'autre s'ouvre le jour,
Du soir ou du midi l'autre attend le retour.
Je vois avec plaisir cette horloge vivante :
Ce n'est plus ce contour où l'aiguille mouvante
Chemine tristement le long d'un triste mur;
C'est un cadran semé d'or, de pourpre et d'azur,
Où d'un air plus riant, en robe diaprée.
Les filles du Printemps mesurent sa durée,
Et nous marquant les jours, les heures, les instants.
Dans un cercle de fleurs ont enchaîné le Temps.
MOTS A L'OREILLE
SOUFFLÉS PAR LE BOIS GÉ?fIE.
- ^ On fuit les demi-savants , c'est-à dire ceux qui ne savent les choses qu'à moitié. Heureux celui qui saurait complètement la dixième partie de tout ce qu'on peut savoir, dans une seule branche des connaissances humaines.
(ç La modestie est difficile à ceux qui savent peu de choses : il faut une longue vue pour découvrir d'un seul regard le vaste horizon de son ignorance.
(ç^ A mesure qu'on s'instruit, on voit ce qu'est la science, et l'on devient modeste.
(ç, En toute étude, il y a des progrès à faire: avec de la modestie et de la curiosité, l'on avance toujours; car dans les sciences, il n'y a de point d'arrêt que pour celui qui croit tout savoir.
(j^ Tout est difficile pour qui veut bien faire: tout devient facile à qui fait beaucoup, avec ardeur et patience.