‹ Le Bon Journal [microforme]Chapitre 3 sur 9 · QUE FAISONS-NOUS · texte numérisé non relu

QUE FAISONS-NOUS

Eh bien ! que faisons-nous pour cette œuvre entre toutes les œuvres ? Hélas! nous ne faisons rien. Il y a bien chez nous quelques bons journaux, franchement catholiques et patriotiques, mais nous les devons, non à la masse du peuple, mais à la générosité et au dévouement de quelques individus. La masse du peuple, et j'entends par là, la classe instruite comme celle qui ne l’est pas, ceux qui dirigent comme ceux qui

sont dirigés, la masse du peuple ne comprend rien à cette œuvre et ne fait rien pour la soutenir. Cette œuvre en effet se soutient comme les autres avec du dévouement sans doute, mais aussi avec de l'argent. De l'argent, c’est le mot décisif ; C'est, je dirai, la pierre de touche qui nous permet de découvrir un apôtre de la bonne presse. C'était bien l'opinion du pape Léon XIII qui disait: «Que tous ceux qui veulent voir fleurir la religion et la société protègent de leurs libéralités la fécondité de la presse, chacun proportionnant ses largesses à sa fortune... C'est le devoir des fidèles de soutenir la bonne presse en concourant directement à la faire vivre et prospérer. En quoi nous croyons qué jusqu’à présent, on n’a pas fait assez. »

Mes frères, nous suivons les erreurs des catholiques de France; comme eux, nous donnons abondamment pour des églises, des hôpitaux, des couvents, des écoles. Il y en a dans chaque paroisse pour des cent mille dollars. Notre peuple ne cesse de donner pour accrottre ces trésors, mais comme nos bons cousins les Français, nous ne songeons pas à mettre ces trésors sn sûreté, sous la sauvegarde de la presse, Puissions-nous n'avoir pas, comme eux à le regretter. Écoutez ces paroles d’un évêque de France à son clergé : « Dites aux chrétiens... que s’ils avaient déperisé pour la presse la dixième partie de l’argent qu’ils ont donné pour la construction d'établissements immenses, et somptueux, pieux et charitables, nous serions encore en possession de ces établissements, et ce qui est mieux, de la liberté. » |

Notre peuple donne, et après avoir élevé chez lui ces œuvres de religion et de charité, dont je viens de parler, il trouve encore le moyen d'envoyer des sommes énormes au dehors pour la propagation de la foi, l’œuvre de la Sainte-Enfance, les belges affamés, l’évangélisation des nègres, les huttes des soldats, le relèvement des églises détruites, la Croix Rouge,et Dieu me garde d'en faire un reproche ! Mais où et quand donne-t-on pour l’œuvre de la bonne presse? Comment est-il reçu l’apôtre de cette sainte cause, s’il s'impose la tâche de

solliciter pour son journal des aumônes ou des capitaux? Oui, on prendra des actions, mais à condition que cela rapporte de gros dividendes: on prêtera, mais à du7%, sur première hypothèque. Si l’apôtie insiste, on se débarrassera de lui en Prenant un abonnement, et souvent on se débarrasse autrement.

Quelques-uns tout de même se décident à donner. Et quand ils ont donné la centième partie de ce qu'ils gaspillent en folles dépenses, souvent «ils se croient des héros de générosité. Leur geste leur paraît digne au ciel d’une fastueuse récompense, et sur terre d’un retentissant élogs... Ce n’est pas avec ces vulgaires aumônes — vulgaires pour les grands de ce monde, sublimes pour les petits, qui sont parfois les plus généreux — ce n’est pas avec ces râclures de porte-monnaie que nous paierons notre dette et remplirons notre devoir ». (Abbé Thellier de Poncheville.) Ce ne sont pas ces sordides subventions qui donneront à notre presse le développement prodigieux dont elle a besoin pour défendre contre tant d’assauts notre foi et notre nationalité.

Notre foi et notre nationalité sont d’ailleurs trop nobles pour qu’on puisso les racheter comme au rabais.

Ce qu'il faut, £e sont de plus larges aumônes, car souvenez-vous-en, le bon journal ne donne pas de revenus comme les mines du Nord de l'Ontario. Il ne peut pas compter comme d’autres journaux, sur les annonces si payantes des théâtres, des boissons, des élixirs et de toutes les choses avec lesquelles on exploite la faiblesse ou la bêtise humaine; indépendant des partis, il n’est pas soutenu par une caisse électorale et il ne se vend pas pour cinquante mille piastres à l’occasion d’une élection. Cependant ses presses et son outillage lui coûtent aussi cher que dans les autres ateliers; ses ouvriers exigent les mêmes salaires; le F ipier, le charbon, les taxes, l'entretien atteignent des chiffres aussi élevés. Oui, il faut de larges aumônes. Mais consolez-vous, je vous dirai que les Canadiens français de l'Ontario, avec le dixième, même avec le vingtième de ce q'ils onnent pour leurs établissements pieux

et charitables, Pourraient avoir un journal assez riche Pour rivaliser avec les plus puissants et pour être dis-

Et c’est à ce but qu’il faut tendre, que doivent s’employer particulièrement ceux qui ont charge d’âmes.

danger existe : tant de nos gens lisent les journaux protestants qui prêchent le divorce, l’école sans Dieu, la défiance du Pape, qui ne perdent pas l’occasion d’inventer ou de grossir démesurément un scandale contre nos Couvents ou notre clergé, qui ne cessent d’humilier notre foi et notre race, qui nous traînent dans la boue comme on l’a fait si ignoblement dans ces dernières années. Taat de nos gens lisent des journaux étroitement politiques où l’on Passe son temps à calomnier, à injurier bassement ses adversaires, où l’on est toujours prêt, si l'intérêt du parti l'exige à sacrifier nos causes les plus saintes et nos droits les plus sacrés. Tant de-nos gens lisent les journaux à nouvelles, — ]a plupart éloignés de nos milieux et indifférents à nos questions, — où l’on forme des lecteurs banals à force de leur raconter des faits banals, où l’on s'attache cent fois plus au récit d’un chien écrasé qu’à l’emprisonnement de nos commissaires d'écoles ou à la résistance de nos mères de famille! Il sera béni le jour où, dans toutes les familles de l'Ontario, le bon journal aura supplanté ces mauvais journaux. Ce jour-là, notre peuple aura trouvé un éducateur, un défenseur courageux de ses droits, un guide sur les chemins encore incertains de son avenir,

Ce jour béni, il faut le‘hâter de nos vœux, de notre dévouement. Qu’à l’avenir donc, dans nos aumônes, dans notre testament, dans nos œuvres de charité, nous fassions une part pour le bon journal ! Que l’éducation de notre peuple soit faite en ce sens ! Que chacune de nos paroisses voit surgir des organisateurs et des comités pour le soutien et l'expansion de la bonne presse ! Qu'il se fasse au besoin un congrès sur cette ques-

les postes avancés où la Providence les a placés, tiennent : d’une main si ferme, le drapeau de notre foi et de notre nationalité. Comm notre convention ! Comme elle donne aussi du réconfort à nos soldats, un peu fatigués de la lutte, mais qui és du glorieux service où ils peuvent défendre ce qu’ils ont de plus cher : leur foi et le doux parler de leurs ancêtres!

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