UNE FORCE Û
Le journal est en effet une force, D'abord il est Partout: semblable à un torrent, il inonde nos villes
nement, d'apprécier un homme, de parler politique et religion, de trancher avec assurance les plus graves ques-
ils finissent par adopter toutes ses décisions, par épouser toutes ses causes, par penser et parler comme lui.
Le journal est donc tout-puissant. On a dit qu'il est le quatrième Pouvoir, on peut dire plutôt qu'il est le premier pouvoir, car il &ouverne tout, les gouvernements eux-mêmes. Il est le maître de l'opinion publique et
disait à ses amis en 1842: « Emparez-vous de la presse, et vous aurez tout le reste. »
Conseil pratique et sage que je veux donner à mes coreligionnaires et à mes compatriotes. Pour juger de son e cacité, qu'ils regardent ce que les amis du
les jours on a déversé à flots dans le peuple le doute et l'erreur. Tout était bon pour cette fin : scandales cléricaux inventés de toutes pièces, calomnies perfides, insinuations malveillantes, moqueries sur les pratiques
rèligieuses... Tout cela afin de fausser le jugement, de faire naître le doute contre les institutions et les hommes les plus respectables et détruire peu à peu toute cr yance,
Pendant ce temps-là, d'autres journaux travaillaient : aussi la France : les journaux obscènes qui glorifient et font aimer le vice; les journaux mondains qui arrivent au même résultat avec des procédés moins choquants: les journaux politiques qui mesurent tout à l'intérêt étroit de leur parti: les journaux frivoles et indifférents qui encombrent leurs colonnes de dépêches et de nouvelles inutiles, qui notent tous les incidents banals de la rue : les accidents d'automobile comme les feux de cheminée, mais qui n'auront rien à dire si deux cent cinquante mille de leurs compatriotes se soulèvent contre les pe. -écutions dont ils sont victimes ou demandent à la législature de désavouer une loi injuste.
Et les journaux cathaliques où étaient-ils dans cette lutte terrible où l’on se disputait l'âme de la France ? Hélas ! «en 1908, la France comptait 9,603 journaux, et dans ce chiffre énorme, les journaux catholiques étaient représentés par un dix-huitième ». (Pierre l'ErurTe, La Presse, ça presse.)
Aussi quels furent les résultats? Écoutez ces tristes réflexions que j'emprunte, en les abrégeant, à un des plus grands apôtres et des plus grands orateurs de la France actuelle : -
« Quello lugubre Promenade, si nous visitons une à une les lamentables ruines de nos œuvres...
dez-les ! la main de l’exterminateur les a marquées d'un signe de mort. Ces grandes maisons froides et vides, aux persiennes closes, au seuil désert, ce sont les demeures abandonnées de nos Congrégations en exil, leurs écoles fermées, leurs chapelles mises sous scellés. Et nos séminaires ! ils sont vides comme nos couvents, silencieux comme des tombeaux. On a chassé leurs hôtes, qui furent brutalement poussés à la rue, en plein hiver... Et nos évêchés ! dépeuplés comme nos séminaires ! Les pères ont été frappés et expulsés comme les fils... Et nos églises ! Elles sont en deuil, elles
aussi], Elles gardent la trace des violences subies, des portes défoncées, des serrures brisées, des placards mis en pièces. Elles tremblent dans l'incertitude de leur lendemain.
« A l'ombre de nos églises, plus menacés qu'elles, plus attristés encore par l'inquiétude et la souffrance, se blottissent nos presbytères. Là dans son pauvre et précaire abri, le prêtre se sent seul, paralysé, im Puissant et il pleure sur l'abandon des âmes. LS
Pas à les attribuer au Mauvais journal. Léon XIII l'avait dit vingt ans à l'avance: « Le Mauvais journal est en train de faire en votre pays, s'il n'est efficacement combattu, des maux dont personne ne peut soupçon-
Mais voulez-vous voir maintenant un spectacle plus consolant, le spectacle des catholiques qui ont compris l'obligation de s'emparer avant tout de la presse, et
Nous le trouvons en Allemagne, dans ce pays ennemi dont il nous sera bien permis de tirer notre profit des dépouilles. Là, les catholiques sont devenus les arbi. tres de la nation, avec ce groupe compact du Centre qui tient le &ouvernement à sa merci. Et pourtant en
Bismarck, homme de génie et d’entêtement brutal, qui rêvait d'effacer jusqu’au souvenir de l'Église. Jamais catholiques ne subirent plus terrible persécution. Mais que firent-ils? Ils entreprirent une colossable campagne de presse ! Le clergé se donna tout entier à cette œuvre. Il ne songeait pas à bâtir de riches églises, ni à élever des statues, mais il fondait des journaux,
Aujourd'hui, le Centre dirige 573 journaux et revues qui distribuent des arguments à sept millions d’abonnés, et à une vingtaine de millions de lecteurs. Voilà
ce qu'on à fait dans un
Pays protestant et ce qui a rendu les catholiques libre
s, respectés et tout-puissants.
L'ŒUVRE PRINCIPALE Emparez-vous de la presse et vous aurez tout le mes frères, catho
liques et Canadiensfrançais de l’Ontari
Puisque dans leur ncile Plénier de Québec, ils dis oN Ï
is le sol de la et de cathédra-
de sacrictie.
Missions, dit une circulaire de nos évêques, si le lendemain, le mauvais journal détruit tout ce que vous avez fait? »
nête que de Construire dix hôpitaux. »— «C'est très bien, disent encore nos évêques, de secourir les pauvres
religion, ses ministres et tous les catholiques sont calomniés et traînés dans la boue ?»
Il est plus important aujourd'hui d’avoir de bons journaux que d’avoir des cercles, des sociétés et des salles paroissiales. À quoi cela servira-t-il en effet, si au sortir de ces réunions n0s fidèles se trouvent au milieu de tous les dangers? A quoi servirait-il, au cours d’une maladie contagieuse, de s’isoler pendant une journée et de courir pendant six jours au milieu des pestiférés ? Ce qui vaudrait mieux, « ce qui serait définitif, ce serait de faire disparaître, de transformer l’atmosphère corrOMmpue par la mauvaise presse, en un milieu où tous Puissent respirer l'air pur des saines idées soufflées largement par le bon journal ». (Abbé Soulange- Bodin.)
« Il est plus important aujourd’hui, dit l’évêque de Dijon, de soutenir la presse catholique que nos écoles, car avec le journal nous Pouvons avoir et soutenir nos écoles: sans lui, nous n’aurons rien. »
Il est plus important aujourd’hui d’avoir de bons journaux que de magnifiques conférences et de splendi-
des congrès, parce que le journal c’est un congrès permanent, c’est un conférencier qui parle, non à un millier d’auditeurs, mais à des centaines de mille, qui se fait entendre non tous les deux ans, mais tous les jours, qui soulève, non les applaudissements d’un moment, mais des convictions qui vont toujours grandissantes.
Oui, mes frères, le principal moyen d'éducation pour notre peuple, c’est le bon journal, c’est-à-dire le journal patriotique et catholique qui, non seulement informe mais forme ses lecteurs. Il n’y a pas d’éducateur qui puisse lui être comparé, ni maître d'école, ni prédicateur, ni catéchiste, ni conférencier, parce que son action est plus étendue et plus soutenue, Et son - témoignage est reçu avec plus de confiance. Ce journal, on le croirait absorbé dans le récit des événements qui passent, mais sous la trame légère de ses articles écrits au jour le jour, à travers la vérité de ses informations en apparence insignifiantes, il est animé d’une pensée constante de foi et de patriotisme et poursuit sans cesse le même but : celui d’inspirer des convictions à ses lecteurs et de les diriger en une poussée incessante vers l’action. Ilest en même temps la meilleure forme de défense; il est, comme on l’a dit, « la grosse artillerie de la pensée ». Rien ne se fait d’utile, de décisif sur l'opinion publique sans: son intervention. Il est la . seule force qui puisse avec retentissement dénoncer les injustices et arrêter les persécutions; comme il est la seule force qui puisse relier en un ensemble compact et formidable un peuple qui ne veut pas se laisser écraser.