‹ Le bon pasteurChapitre 1 sur 13 · PROPRIÉTÉ DE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉ DE

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CHAFITRE PREMIER.

Naissance et éducation de Denis-Auguste Affre.

Pendant ces sinistres journées de juin, où deux sociétés se sont disputées l'arène, oîi la civilisation a lutté pied à pied avec la barbarie, la charité du Christ a resplendi au milieu des vertus guerrières , et une victime volontaire est tombée, offrant son sang pour le salut de ses frères. C'est l'histoire de ce Pasteur dévoué, frappé par ses brebis, c'est

l'histoire de Mgr Affre , archevêque de Paris, que nous entreprenons d'écrire. Cette vie s'écoula modeste, à l'onibre du sanctuaire, et sans doute ses humbles vertus lui méritèrent l'auréole splendide dont elle fut couronnée.

DEMS-AiGusTE AFFRE naquit dans les montagnes du Rouergue, à Saint-Rome de Tarn, le 28 septembre i795. Il descendait d'une famille honorable et pleine de vertus. Il appartenait par les liens du sang à l'abbé Frayssinous ' , qui fut depuis évêque d'Hermopolis , et qui , le premier, attira à Paris, autour de la chaire chrétienne, un nombreux auditoire échappé au naufrage de l'incrédulité. Les premières années du jeune Denis-Auguste se passèrent dans la paix sévère et dans la douce retraite du foyer domestique. Il lut élevé dans l'amour de celte religion sainte qui soufl'rait alors de si cruelles persécutions ; il apprit à révérer une loi de charité,

I Mgr Clausel de Montais , évêque de artres , était également parent de Mgr Affre.

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à laquelle il devait donner un jour le lémoignage de son sang, et il voua un inalléiable respect à cette Eglise romaine, qui le verrait prêtre , évêque et martyr. La piété croissait chez lui avec les années; il se plaisait à visiter une pauvre paroisse, située au sommet d'une montagne, près de son village natal , et à prier dans celte solitude avec un recueillement plus parfait. Plus tard , au milieu des pompes de Tépiscopat, il répétait parfois qu'il avait toujours envié, comme le \rai bonheur , d'être le pasteur de cette église, connue seulement de Dieu et de quelques pauvres bergers.

Parvenu à l'adolescence , Denis-Auguste fut envoyé au collège de Saint-Affrique , où il lit ses premières études, moins la rhétorique toutefois. Il en plaisantait lui-même , et quand on le complimentait sur ses écrits : « Je n'ai pourtant pas fait de rhétorique ! » disait-il en souriant. Cependant la France, après de si cruelles luttes . commençait à respirer ; le premier consul , obéissant à

l'inspiration mystérieuse qui l'avait conduit si haut , venait de rouvrir les temples; lesi écoles de la science sacrée se rouvraient à leur tour, et parmi elles l'on comptait le séminaire de Saint-Sulpice , qui a fourni tant de saints prêtres au clergé de France. Le jeune Affre y entra à l'âge de quatorze ans; il y eut pour maîtres M. Boyer, son oncle, et M. Frayssinous , son parent, et pour supérieur, le vénérable abbé Emery, dont les vertus et les lumières avaient frappé de respect Napoléon lui-même. Le jeune élève eut le bonheur de se voir particulièrement distingué par ce vénérable vieillard, qui, plein de l'expérience des jours , lisait peutêtre, dans ce cœur d'enfant, les germes de l'abnégation héroïque qui a si généreusement éclaté à nos regards.

Ce fut dans cette maison sainte , au milieu des plus graves études, sous les yeux de ces dignes prêtres , nobles débris échappés à une longue persécution , que M. Affre sentit sa vocation au sacerdoce se déterminer irrévo-

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cablement. Il entretint avec soin cette première flamme et se livra aux travaux théologiques, auxquels il associait la lecture approfondie des grands modèles de l'art littéraire, et plus tard, sous les ombrages de sa petite maison de campagne de Saint-Germain, il se plaisait à retrouver dans un coin de sa mémoire les pages de Bossuet et de Racine, de Virgile et de Pascal , qui avaient le plus charmé son adolescence.

A la mort de M. Emery , le jeune séminariste lui paya un juste tribut de gratitude et d'amour, en composant son oraison funèbre. Ce discours fut l'objet d'une distinction toute particulière; le nouveau supérieur, M. Duclaux , le jugea digne d'être lu en présence de la communauté entière. Ces pages intéressantes sont perdues ; mais sans doute le jeune homme aura célébré avec prédilection la noble fermeté que M. Emery déploya pour la défense de la religion , en résistant au nouveau César, devantîqui tremblaient peuples et rois ';

1 M, Emery fut consulté par l'empereur sur les en-

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sans doute , il aura montré dans tout son éclat ce courage apostolique , dont Téclio retentissait au fond de sou propre cœur.

Peu de temps après, un nouvel orage se déchaîna sur l'Eglise. Le pape Pie vu était captif à Fontainebleau , et la colère de Tetnpereur, frappant sur tout ce qui demeurait lidèle au vicaire de Jésus-Christ, conçut de l'ombrage de la communauté de Saint-Sulpice et dispersa ses membres. M. Affre se rendit alors au séminaire de Clerraont, pour y continuer ses études sous la direction de M. Molin , docteur de Sorbonne, un des der- Diers'débris de cette fameuse école.

En 1816, quoiqu'il n'eût pas encore reçu

treprises que celui-ci croyait pouvoir tenter contre l'Eglise , et notamment sur le projet d'arracher au pape l'institution canonique des évêques pour en investir les ofGcialités. La réponse de M. Emerv fut aussi nette qiie courageuse , et il maintint énergiquement les imprescriptibles droits du saint- siège. Napoléon témoigna son estime d'une pareille conduite, et après la mort de M. Emery, il voulut même l'enlever à la communauté de Saint-Sulpice et le placer au Panthéon. Voir a ce sujet la vie de pie vu , par le che^'alier Artaud,

tous les ordres sacrôs, il fut envoyé à Nantes comme professeur de philosophie. Pendant son séjour dans celte ville , il prit pour les études philosophiques un goût prononcé ; il vivait au milieu des livres, et passait des méditations sacrées aux méditations de la science. Noble vie qui développe ce qu'il y a de plus grand dans l'homme, — l'amour et la pensée.

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