CHAPITRE
M. Affre reçoit la prêtrise.
M. Affre revint à Paris en 1818, elle 16 mai de U même année il fut ordonné prêtre. Il avait alors vingt-cinq ans. Peu après, il se retira au noviciat d'issy , car il avait le dessein d'entrer dans la congrégation de Saint-Sulpice, et pendant deux ans il professa la théologie à la Solitude , nom que Ton donne au noviciat de cette pieuse société j mais sa santé, faible sous une apparence robuste , ne lui permit pas de persévérer dans cette vocation, et s'étant rencontré à Issy avec Mgr Soyer , évêque de Luçon , ce dernier conçut une grande estime pour les qualités attachantes et remarqua-
bles du jeune prêtre, et lui offrit des lettres de vicaire-général. M. Affre , se voyant forcé par l'élat précaire de sa santé à quitter la communauté qu'il s'était choisie . accepta cette proposition, et, de 1820 à 1822, il prit part au gouvernement du diocèse de Luçon,
En i 822 , Mgr de Chabons , évêque d'Amiens , l'appela près de lui en qualité de grand-vicaire. Ce prélat, accablé d'iniirmités , ne pouvait plus supporter les travaux de sa charge , et M. AtlVe gouverna presque seul , de concert avec M. l'abbé Crémery , ce vaste diocèse , durant une période de onze années. Il y rétablit les retraites pastorales, les synodes, les conférences ecclésiastiques ; il y fonda une caisse de secours pour les prêtres pauvres et inlirmes; il visita les églises diocésaines , si négligées, si abandonnées pendant trente ansj il en fit réparer un grand nombre ; il obtint la restitution pour les fabriques d'une multitude de legs et de dons pieux ; il se fit distinguer
par la sévérité de ses mœurs , son énergie pour conserver intactes les lois disciplinaires de l'Église, son attention à discerner les qualités de chaque prêtre et à lui confier le poste où il devait travailler avec le plus de fruit à la vigne du Seigneur. Tout ce diocèse rendit témoignage du zèle ardent , charitable, éclairé tout à la fois, que M. Affre portait toujours dans l'accomplissement d'un devoir. Ajoutons qu'un grand nombre des instructions émanées de l'autorité épiscopale sont sorties de sa plume, et qu'il préludait aux ouvrages qui l'ont fait connaître comme écrivain , par son Manuel des Instituteurs , livre rempli des conseils les plus sages et les plus pratiques , et par sou Traité de l'administration temporelle des j)oroisses , ouvrage qu'il ne nous appartient pas de juger , mais que les hommes éclairés en ces matières placent au rang des meilleurs livres écrits sur une question si ardue, et dont ils se plaisent à vanter l'érudition , la méthode et l'argumentation nerveuse , mise
au service de la justice et de la vérité.
Le mérite de M. Alïre, et comme administrateur et comme écrivain , attira sur lui l'attention du pouvoir. Des emplois au conseil d'Etat et au ministère des cultes lui furent successivement oflerts , mais il per-' sista à les refuser; il redoutait les emplois publics, sans craindre cependant la publicité pour ses opinions et ses sentiments, car il rédigea au nom de son évêque la première protestation contre les ordonnances de 1828, protestation qui fut suivie d'une réclamation collective de tout le clergé de France , et qui présage l'invincible fermeté dont M. Affre devait faire preuve sous un pouvoir nouveau.
M. Affre occupait toujours le poste de grand-vicaire du diocèse d'Amiens, et la révolution de juillet le surprit dans ces fonctions. Aux tracasseries , aux mauvais vouloirs de l'administration d'alors , il opposa une force patiente et digne , de justes réclamalions et une sincère volonté de prévenir et d'apaiser toute discussion. Ces sentiments se
trouvent dans le discours qu'il adressa à Louis- Philippe , lors du passage de ce prince à Amiens, en 1831. Il lui disait :
« Le clergé de ce diocèse ne vous exprimera qu'un seul désir, celui de remplir avec une sainte liberté un ministère , qui n'est pas sans influence sur le bonheur de celle contrée. Faire respecter les mœurs , inspirer la modération des désirs, calmer les haines privées, c'est semer sur le sol de notre belle patrie des germes précieux de prospérité , et donner à la paix publique les garanties les plus fermes et les plus certaines. Telle est notre mission, et , nous le savons, c'est aussi le seul dévouement que la haute équité de votre Majesté réclame de nous. »
Ce discours retentit par toute la France , et peut-être ne demeura-t-il pas sans influence sur un pouvoir qui avait laissé saccager Saint-Germain-l'Auxerr^ts-et piller le palais archiépiscopal.