‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 12 sur 67 · S AFFRANCHIR DE LA FOI RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

S AFFRANCHIR DE LA FOI RELIGIEUSE

prime; et c'est pour éviter de tels périls que l'humanité sentant la foi lui manquer comble instinctivement cet abîme dans son âme par des superstitions. Aussi, rien n'est plus frappant, quand on parcourt son histoire, que les preuves de sa croyance passionnée à l'incroyable.

Depuis les magiciens d'Egypte , la fausse révélation exerce sur les esprits affranchis de la vraie une fascination qui serait inexplicable, si on ne savait, comme l'a dit un Père, que le démon est le singe du Créateur, cherchant à devenir le dieu de ceux qui n'en ont pas, par la contrefaçon des œuvres divines. Et ceci n'est pas de la théologie mystique, c'est de l'histoire. Que se passe-t-il à l'origine du christianisme? Les premiers persécuteurs rejetaient nos dogmes et assistaient aux mystères de la théurgie. Simon, le magicien, était le thaumaturge de ceux qui résistaient aux miracles de l'Évangile. Julien-l'Aposlat consultait en tremblant les entrailles des victimes sacrées; et les incrédules du moyen-âge, ridicules composés de savant et d'astrologue, balbutiaient mystérieusement les prémisses de la négation de Dieu dans des pratiques sortilèges.

J'ai nommé le XVIIIe siècle ! Est-ce que à cette époque de blasphèmes sans frein, on trouva le moyen de se dérober à la superstition en secouant le joug de la foi? Non, à peine le merveilleux divin abandonné, les esprits se précipitaient dans le merveilleux diabolique. Lamettrie niait Dieu et il croyait aux sorcières; Hobbes avait peur des revenants; le marquis d'Argens était tourmenté par la vertu malfaisante du nombre 13; un maréchal de France, esprit fort, mourut de frayeur à la vue d'une salière renversée. Enfin, cette génération élevée par Voltaire, qui avait dit : Il faut tout croire, excepté ce qu'ont

c'est, ou tout croire, ou ne rien croire. 95

cru nos pères (I), a terminé ses saturnales philosophiques dans les évocations du mesmérisme, punie de son renoncement à Jésus-Christ par son engouement pour Cagliostro !

Je sais bien qu'aujourd'hui la libre pensée a la prétention d'en finir avec ces faiblesses d'esprit, elle n'y parviendra pas. Pour un philosophe capable de ne rien croire il y aura toujours des masses disposées à tout croire. A mesure que le rationalisme devient une épidémie populaire, où se réfugient les âmes sevrées du surnaturel, pour en goûter le bonheur même en dehors de la foi ? dans l'église mystérieuse du spiritisme. Là, ceux qui contestent à Dieu le pouvoir des miracles se pâment devant les tours de force des esprits frappeurs; ceux qui se moquent des prophètes font acte de foi à la divination magnétique; les sceptiques, accoutumés à sourire des anges et des démons, traitent sérieusement avec les génies des tables parlantes, et j'ai connu un libre penseur matérialiste qui s'est suicidé sur les assertions fatidiques de son guéridon.

Voila le sentiment religieux de l'humanité qui dévie, mais qui ne peut s'éteindre, qui erre, mais qui emporte les barrières quand on croit l'emprisonner. Donc, tant que l'homme n'aura point perdu le sens de l'infini, on ne parquera point sa foi dans le domaine des philosophies; et le positivisme, qui n'a point d'égard à ces nécessités, n'est autre chose qu'une mutilation de la vie et la sagesse des cœurs impuissants. D'ailleurs, le positivisme lui-même, le jour où les peuples lui diraient : Prenez mon âme et aidez-moi à la porter, imaginerait

(1) Lacretelle.

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sur les berceaux et sur les tombes des pratiques religieuses bientôt vouées à l'immortalité du ridicule ; et l'on verrait de nouveau les folies du culte de la Raison substituées à la raison profonde de notre culte.

Et. en effet, ce qui est arrivé, dit l'Écriture, c'est ce qui arrivera. Or, qu'est-ce qui arriva sous la Rome des Césars qui professait l'athéisme? Que les superstitions du reste de l'univers y étaient en honneur, d'après ce témoignage de Tacite : Externœ superstitiones raluerunt (1). Qu'est-ce qui arrive partout quand les esprits ont rompu avec la théologie? Qu'ils s'adonnent à l'élude de la démonologie, de la divination, des sciences occultes, et qu'ils sont châtiés de ne plus croire en Dieu par une foi insensée à tous les charlatanismes.

L'histoire nous a conservé le souvenir d'une visite de Fontanes à Charles Bonnet, laquelle atteste sur ce point des particularités caractéristiques. On était en 1787 et l'incrédulité coulait à pleins bords. L'entrevue avait lieu dans la maison de campagne du second, aux bords du lac de Genève, et la conversation tomba naturellement sur les illuminés de la Suisse. Tandis que Charles Bonnet s'étonnait de voir la superstition se répandre avec la philosophie, Fontanes lui répondit : « Mon ami, le monde actuel souffre de l'absence de « Dieu, ce vide ne peut être comblé que par Dieu lui- « même : si Dieu ne rentre pas dans la pensée des « hommes, vous allez voir ceux-ci diviniser les énergies « de la nature et retomber dans un absurde poly- « théisme, car ils ne sont jamais plus disposés à tout « croire qu'au moment où ils disent fièrement qu'ils

1 Tacite. Annal, xi, c. 15.

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