‹ Le bon sens de la foi exposéChapitre 13 sur 67 · CEST, OU TOUT CROIRE, OU NE RIEN CROIRE · texte numérisé non relu

CEST, OU TOUT CROIRE, OU NE RIEN CROIRE

« ne croient plus rien. » Et Charles Bonnet confirmant l'idée de son interlocuteur ajoutait : « Il est vrai qu'i^ « faut laisser des aliments sains à la foi publique, si « on ne veut pas qu'elle se nourrisse de poisons (I). » Voilà, pouvons-nous dire à nos adversaires , l'histoire de vos contrefaçons en matière de religion. Vous parlez d'abolir nos prétendues superstitions, les vôtres auront-elles plus de durée ? Le monde n'en croit rien, parce qu'il vous a vus à l'œuvre ; il sait ce que votre passé promet à l'avenir : A peine aurez-vous fait table rase de nos croyances, qu'effrayés de la désolation d'une patrie sans Dieu, vous vous hâterez de déclarer qu'il est permis à l'Être suprême d'exister. Bientôt, plus effrayés encore de l'audace des crimes, vous décréterez l'immortalité des âmes criminelles. Enfin, vous passerez des mystères de la déesse Raison à ceux de la théophilanlhropie ; et quand, de l'infâme au ridicule, votre esprit aura fait le tour sur lui-même, sans rien découvrir de nouveau que son impuissance, le jour de Pâques 1902, le Christ lèvera de nouveau la pierre sous laquelle vous l'aviez enseveli, et il confondra votre culte mensonger par la réapparition lumineuse de sa vérité.

Une seconde inconséquence de la négation rationaliste consiste à affirmer des opinions moins croyables que la religion. Comment ne seraient-ils pas crédules, a-t-on dit, ceux qui croient tout ce qu'ils veulent ! Aussi je n'en finirais pas, si je voulais dresser la liste de leurs superstitions.

fi) OEuvres de Fontanes, t. II, p. li:2. To*e I.

98 s'affranchir de la foi religieuse

Superstitions dans l'ordre philosophique. Par un contraste étonnant, le même homme est d'un dogmatisme tranchant en philosophie et d'un scepticisme absolu en religion. Est-ce que la première serait mieux prouvée que la seconde? Tout libre penseur appartient à une école, soit comme soldat , soit comme général ; aurait-il découvert une combinaison d'idées qui se recommande par autant de durée, autant d'adhésions, autant de bienfaits que le christianisme? L'évidence est là pour résoudre cette question par la négative. Et où est le système philosophique qu'un autre système ne puisse ébranler? Quel est le philosophe capable de donner son sang pour son programme ? Ce que nous avons fait douze millions de fois pour le nôtre. Donc, si l'incrédule professe de nombreuses certitudes en philosophie, et s'il ne pose que des points d'interrogation en théologie, ce n'est pas parce qu'il possède plus de garanties dans le premier cas que dans le second, mais parce qu'il a, à cet égard, des partis pris illogiques ou intéressés.

En voulez-vous des preuves ? Il ne peut admettre que Dieu ait créé le monde, mais il trouve très-admissible que le monde se soit, créé tout seul. Une force intelligente et libre placée à l'origine lui répugne, mais une force aveugle le satisfait complètement. Qu'il y ait un suprême ordonnateur des choses, à ses yeux c'est impossible ; mais que les atomes, tourbillonnant dans l'espace, se soient assez heureusement accrochés pour composer fortuitement le bel ordre de l'univers, cela lui paraît très-explicable. Enfin ne lui parlez pas de l'existence des âmes, car son scalpel ne les a pas disséquées; mais dites-lui qu'un peu de boue organisée a produit le génie de Napoléon et la mo-

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