À CEUX QUI NE CROIENT PAS
C’est à vous que ce livre s'adresse, c’est à vous que je le dédie. De tous les malheureux de ce monde vous êtes les plus à plaindre : la mort de la foi, dans une âme, suppose celle des espérances ; la perte de Dieu est la plus douloureuse que le cœur et la pensée de l’homme puissent ressentir!
Et, cependant, vous êtes de tous les malheureux ceux que l’on plaint le moins! Parmi les hommes de foi, les uns sont si étonnés de votre mal qu’ils refusent d'y croire, les autres en sont si scandalisés qu’ils craindraient de s’en rendre complices s'ils lui accordaient leur sympathie.
Nous assumons sur nous la responsabilité de cette charité peu comprise. Aussi bien, rendre Dieu aux esprits qui en sont déshérités, c’est la
ti
plus belle aumône que l’homme puisse faire à ses semblables.
« Que ceux-là soient pour vous rigoureux, « m'écricerai-je avec saint Augustin, qui n'ont « pas connu les difficultés qu’on éprouve à distin- « guer l'erreur de la vérité, et à trouver le droit «chemin de la vie au milieu des illusions du « monde ! »
Pour nous qui fûmes souvent confident de vos peines, nous serions oublieux et cruel si nous étions sévère à votre égard.
Aussi nous vous parlerons avec affection, dans ce livre, comme on fait aux malades sur leur couche de douleur.
Quelque lumière que projette sur vos ténèbres cette parole sainte : Z/ n'a pas voulu comprendre pour être dispensé de bien faire (4), nous n’en abuserons pas contre vous; s’il est vrai, qu’en général, l’homme possède la foi qu’il mérite, il est possible que son incrédulité soit son malheur en même temps que son ouvrage.
La nature et l'éducation creusent souvent, entre la vérité et certains esprits, des abîmes tels que nous désespérerions de vous mener à l’autre bord, si les illuminations de Dieu n'étaient plus péné-
(1) Ps. 35.4,
ant que : fre faibles) Murtatres + l'enseigne. ment humain. Aïnsi la transmission de la Jumière s’opère plus vite dans TApEee que Due du : son. | …
De votre côté, n°’ exigez point la démonstration palpaple d’un obj et quine l’est pas. La religion est suffisamment démontrée quand elle l’est plus que tant de croyances et d’opinions naturelles aux- quelles vous consacrez votre vie. ë
Surtout, mettez votre cœur au service de votre intélbente dans cette noble recherche ; le sentiment bien ordonné ne peut diminuer à raison puisqu'il complète l’homme. Dieu étant amour plus nous lui ressemblons par ce côté, plus nous sommes aptes à le comprendre. C’est pourquoi un grand mathématicien du dix-septième siècle ne voyait dans la foi, ni un théorème de géométrie, ni une évidence philosophique, il la définissait : Dieu lui-même rendu sensible au cœur (1:
Et puis, lisez ces pages avec la consciencieuse sincérité qui les inspira : même quand elles ne vous seraient point agréables elles ont droit à votre indulgence, car elles furent écrites par ; amour pour vous; même quand elles ne vous pa- . | raîtraient point décisives, elles ont droit à votre
(1) Pascal, Pensées,
respect, car vous n'avez point d’objectons de poids égal à leur opposer.
Enfin, que si votre incrédulité admet au moins le dogme d’un Dieu entendant les soupirs de sa créature, semblables à un enfant aveugle qui n’a pas besoin de voir son père pour lui tendre les bras, dites ici, avec nous, cette prière composée par Bacon pour être récitée avant son étude :
« O Pére! qui avez commencé. toutes vos œu- «vres par la création de la lumière visible, et «qui les avez toutes terminées par là création « de la lumière intellectuelle, quand vous souf- « flâtes sur la face de l’homme, chef-d'œuvre de «vos mains, daignez diriger et protéger cet ou- « vrage qui, ayant eu votre bonté pour principe, « doit avoir votre gloire pour fin (1). »
Q) Novum organum.
ue 4 ARE (1). La the voix l'Eglise se fera bientôt entendre par l'organe | JR cents évêques assemblés à Rome. ue
Da ice la fait ressortir. Le P. sens 2 : Foi Hu une ARpraton des une à TA des
SEC Nobs laissons subsister cette allusion historique parce qu’elle et la date de la composition du livre. En général, nous nous abstiendrons des applications exclusivement nationales ou contemporaines, pour conserver, le plus possible, à notre apologétique, un caractère d'opportunité universelle,
me die qui ne reconnaissent pas ” Concile. | Si l'on nous demande, dès le début, pourquoi —.
mouvelle apologie de la religion? Nos réponns : Parce que les anciennes . Re
.” est immuable; mais me réntrel SOUS 4 ue FH selon les heures de la nee
L 1 STE il est vrai, n est es qu’à a condition d'unin s ses arguments ne à
Satis EVE
On a parfois reproché au prêtre de ne point assouplir son inflexible orthodoxie aux applications
contemporaines, et de s’enfermer dans la tradition au point d’être injuste envers le présent par admiration trop exclusive du passé : nous avons réagi
de toute la force de notre raison et de notre cha-
rité contre cette tendance rétrograde, considérant
la société actuelle comme une sorte d’auditoire
qu’il faut connaître pour lui dire la vérité, et qu'il
faut aimer pour la lui faire goûter.
Nous nous présentons donc à nos contempo-
rains avec une impartialité bienveillante, Louer son siècle outre mesure, c’est se louer indirecte-
ment soi-même; en dire trop de mal, c’est s’esti-
mer meilleur que lui. Entre ces deux amourspropres opposés, il y a place pour la vérité, et c'est le sage milieu où nous tâchons de nous établir. :
D'un tel point de vue, notre époque nous appa- |
raît comme un amalgame confus de bien et de mal, où le bien est assez dominant pour comman-
der l'espérance, et le mal assez menaçant pour
exciter de grandes alarmes, La vue de ce dualisme doit inspirer les idées et l’accent de la controverse théologique. Nul doute, en effet, que depuis le jour où Lamennais fulmina son éloquent réquisitoire contre l'indifférence, la société euro-
un. n'ait nr sous ie a not religieux, et simultanément, un double travail de restauration et de dissolution ; en telle sorte que la seconde moitié
| pire que la première. Étrange contraste, qu’il
faut bien connaître pour comprendre le monde ‘auquel on appartient, et, quelquefois, pour se
comprendre soi-même !
FE L'amélioration se manifeste par une foule de
symptômes heureux. Malgré les chants de triom-
phe de la partie adverse, on a p:… écrire de nos
jours, sur le réveil chrétien en France, des pages . éloquentes qui sont un tableau irréfutable de nos progrès évangéliques. Il est vrai qu’à l'ironie de Voltaire ont succédé les coalitions haineuses du
__irreligieuse que le rire. C’est prendre Dieu au sérieux que de le détester; on peut même dire que c’est une façon indirecte de le reconnaître, l’homme étant incapable de haïr ce qui n'existe
malgré lui: les formes du respect, la foi suit dans cle, une progression sensiblement ascendante.
Quoi qu’en disent les observateurs mal informés, les communions pascales s’accroissent, les œuvres
du dix-neuvième siècle est, à la fois, meilleure et
‘solidarisme; mais la haine elle-même est moins
pas. Et, tandis que le blasphème s’est imposé,
certaines classes, depuis le commencement du siè-
de charité pratique pullulent de toutes parts, les
lois réparatrices en faveur de l'enseignement libre portent d’incontestables fruits. Les malheurs de
Pie IX ont excité une sympathie et des sacrifices
que n’obtinrent pas, au même degré, la vieillesse proscrite et détrônée de Pie VI, ni les infortunes
de l’auguste captif de Fontainebleau. Nous avons vu le plus beau centenaire de la mort de saint Pierre dont l'Église conserve la mémoire. L'élite de la jeunesse catholique, tantôt vit à la manière des lévites dans la société de Saint-Vincent de Paul, tantôt menrt à la façon des Croisés pour la défense du trône pontifical. Notre clergé inférieur et notre épiscopat ne le cèdent, ni en science, ni en dignité à ceux d'aucune autre époque.
L'autorité, partout ailleurs chancelante, se for-
tifie chaque jour, dans le catholicisme, par une
gravitation plus marquée des esprits et des cœurs
autour de la suprématie papale. Grâce à cette disposition et au concours de la vapeur, le successeur de saint Pierre peut réunir, en moins de trois mois, les évêques des cinq parties du monde au Vatican, pour exterminer dans leur germe les schismes et les hérésies. Enfin, notre temps manifeste pour la vérité religieuse une curiosité dont Dieu lui tiendra compte, si elle est un désir respectueux de la connaître, non la prétention orgueilleuse de la prendre en défaut. Puisque le
sionne pour l'erreur, :
siècle le plus malade n’est pass celui no. se pasmais celui qui dédaigne la … vérité, le nôtre n’en est point encore au dernier échelon de la décadence, car, s’il méprise les hommes, c'est parce qu’ils se sont méprisés eux-mê-
. mes, en échangeant leur titre d'enfants de Dieu contre une origine simienne; mais il conservela
sainte passion de la vérité. 7 Et qu’un pessimisme mal avisé ou u mal inten-
tionné n’oppose point ses dénégations à ces signes
encourageants. On peut fermer les yeux à l’évi-
dence de l’histoire, mais quel moyen d’éluder
celle des chiffres? L'Œuvre de la Propagation de
la Foi, qui ne produisait que 80,000 fr. en 1823,
distribue aujourd’hui 6,000,000 à cinq cents diocèses épars dans les deux hémisphères, La conférence de Saint-Vincent de Paul, qui ne
comptait que huit membres en 1833, se compose
maintenant de trente mille associés, secourant à domicile plus de cent mille familles indigentes,
Les sœurs de la Charité n'étaient que quinze
cents, il y a un siècle et demi, elles sont, en ce moment, au nombre de dix-huit mille. Les Petites Sœurs des pauvres, à peine nées d'hier, de l’inspiration charitable d’une humble servante, abritent et nourrissent vingt mille vieillards. Les Frè- resdes Écoles chrétiennes n’avaient pas cinq cents
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