‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 2 sur 121 · LUE · texte numérisé non relu

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écoles en 1804, et ils en ont plus de 1,000 en 1870. Enfin, des renseignements positifs attestent que, depuis cmquante ans, plus de dix mille églises ont été construites ou appropriées pour le culte catholique. Preuves irréfragables d’une vitalité inaltérée dans notre foi, malgré bien des appa- rences contraires que je n’ignore pas, et bien des courants opposés que je ne veux pas dissi- muler (4).

Il est vrai que, souvent, la foi subsiste dans les masses comme l’étincelle dans la pierre; elle a besoin d’être dégagée pour se montrer, Un Père la compare à la nature, qui a des hivers sembla- bles à la mort, mais toujours suivis de l'éternel printemps. Pendant les heures de sa léthargie, les ennemis de L foi croient ou affectent de croire 4 à sa fin; mais à tous les joueurs de flûte qui sou- Le pirent Fa airs funèbres auprès de la nouvelle fille - de Jaïr, Dieu ne tarde point de dire par des mi- racles inattendus : La jeune fille n'est point morte, 5 elle sommeille (2).

4 Et cette puissance de se ressusciter, en réponse à ceux qui prétendent garder sa tombe, sera toujours le témoignage triomphal du catholicisme ;

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(1) Les chiffres de cette statistique comparée sont empruntés aux Médi- . tations sur la religion, par M, Guizot, deuxième série, (2) Saint-Luc, 8-52,

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et cette confiance que nous avons à ses renaissances perpétuelles ne résulte pas d’une superstition, mais des affirmations de l’histoire et d’une vision de l'avenir se réfléchissant dans les enseignents du passé.

D'ailleurs, 1l n’est pas besoin de regarder en dehors du présent pour n’en point désespérer. Quand on a eu le bonheur d'approcher les nobles âmes de ce temps, et d'entendre, en quelque sorte, dans leur parole, les pulsations du cœur de l'Église, on sent que si la vie du catholicisme se concentre à l’intérieur, elle ne s’épuise pas ; aussi les dix Justes ne manqueront pas à la société moderne pour la défendre contre la justice de Dieu et contre les sévérités de l'avenir.

C’est sous l’inspiration de ces idées et de ces faits indéniables qu’un esprit élevé et bien informé des choses de son temps, a ainsi résumé ses apprécations sur nos derniers cinquante ans : « À tra- «vers tous les obstacles, les oscillations, les dé- « viations, les fautes qui s’y rencontrent, dit-il, «le réveil chrétien est évident. Il y a eu progrès « de foi chrétienne, progrès de science chrétienne, «progrès d'œuvres chrétiennes, progrès de force «chrétienne, progrès incomplets et insuffisants, « mais réels et féconds, symptômes d’une vitalité ‘puissante et pleine d'avenir. Que les ennemis

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«du u Christianisme n ne s’y pe ils de »

« font une guerre à mort, mais ils n’ont point

«affaire à un mourant (1). »

__ Et, d'autre part, les marques de la décomposi- | tion ne sont pas moins certaines que celles du pro- grès ; de cette sorte, notresiècle réunit aux teintes d’une aurore les sombres lueurs du crépuscule. Je ne veux pas dire, cependant, qu’il soit, nile commencement d’un grand jour, ni l'annonce dune redoutable nuit; mais il est, à coup sûr, : 2 un enfantement laborieux. Pendant lenfantement, il y a des espérances qui soutiennent et des douleurs qui torturent. J'ai indiqué les espéran- - ces de.la foi parmi nous: Voici l’esquisse de ses. douleurs : à Au dix-huitième siècle, c'étaient les sommets de la société qui étaient travaillés par le scepti- cisme, aujourd’hui c’est la base; ce qui semble indiquer que la solidité de l'édifice est plus compromise. Et le mal a gagné en intensité comme en surface. En 1820, l’incrédulité, effrayée par la sinistre expérience de la Révolution, goûtait une sorte d’orgueil vertueux dans la réfutation de Condillac, et se terminait aux timides conclusions du déisme; maintenant elle aboutit, par des

(1) Guizot, ibid,

se ïl ya de années, ‘ds laissait subsis- ter Dieu et l'âme sur les ruines du symbole chrétien; aujourd’hui, elle fait table rase des vérités | D ondrables au trébuchet scientifique. Enfin, jadis elle proclamait toutes les religions également bonnes; en ce moment, elle les estime toutes ‘également mauvaises ; et, à la place des dogmes positifs, elle arbore cette orgueilleuse chimère, complice de toutes les passions du cœur et de toutes les aberrations de la pensée individuelle : la religion ! | pére Et, cependant, même au point de vue naturel, É Loue attentat contre l’humanité que cette suppression de la foi ! La foi est la part du divin dansles idées du monde. Les individus, comme les peuples | découronnés de ce nimbe céleste, subissent des . amoindrissements douloureux ; à la suite de la foi,

l’art, la poésie, l'amour ne thidéni point à s'éva-

nouir ; bientôt, Dieu étant chassé de l'intelligence ie la place qu’il occupait est envahie par une sorte de possession infernale, et il n’est pas

rare que les croyants soient nee tantôt par > :

des fous, tantôt par des monstres.

. Aussi, comme ils sont punis par où ils été 7 les peuples qui se persuadent pouvoir apostasier impunément ! Sans en chercher la preuve loin de à

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a nous, regardez notre société sceptique en religion, elle est devenue sceptique en politique; et le peu

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de pudeur qui reste sur ce point est plutôt l’effet

d’une noble fierté qui veut rester fidèle à soi-

même, que d’une vraie foi dans les principes. Elle est sceptique en philosophie, car elle a souri avec faveur aux folles théories de l'identité des contraires. Elle est sceptique en morale, la distincetion du bien et du mal n’est pour elle qu’une convention fondée sur les intérêts. Elle est sceptique en matière de sentiment, les hommes sont châtiés du crime de ne pas croire en Dieu par le malheur de ne plus croire les uns aux autres. Enfin, elle est sceptique envers sa propre vie, car il n’est pas possible à ceux qui n’ont foi en rien d’en avoir en leur âme, et, après avoir tout nié, ils se nient eux-mêmes : Là, finit la raison humaine (1).

Et voilà six mille ans que l’intelligence parcourt le même cercle sans profiter de ses expériences. Heureusement il est en elle, avec la tentation qui la pousse aux abîmes, une force invincible qui la relance vers les cieux. Ce providenciel serrefrein empêchera notre civilisation de retomber des hauteurs du Calvaire, où elle se transfigura, au-dessous du paganisme qui respectait les dog-

mes que nous abjurons.

(1) Zssai sur l'Tndifférence,

rstianane, £ re crever . voûte du

selon son langage forcené, le plus puissant con.

à siste : à. S HApare de toutes les couvoiises et de

des passions anarchiques, et à amorcer, pour ainsi

dire, les peuples à l’athéisme en le revêtant des:

séductions de la révolution. Des enrôlements in #4 nombrables d’orgueils et d’ambitions surexcités k ont été opérés au profit de cette grande entre ) a. Toutefois, comme il faut des termes

* ra le ont pas, un mot sacré a été a ü

couvre les leurres et les crimes d’une telle conju-.

HeMAION... liberté! C'est là une source féconde

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d’antagonismes irréligieux. Be Ce mot, en effet, plein de mirages et le ne à

tions, de vérités et de mensonges, de généreux appels et de provocations dangereuses est devenu

une sorte de criterium d’après lequel tout est. jugé;

et tandis que nos pères eussent rejeté la liberté qui

n est point conforme à la foi, aujourd’hui on re

Pr

! pousse la foi qui ne se met point d'accord avec la

liberté. De là une foule de malentendus contrai-

1 res à la religion. C’est sur ce champ de bataille.

insidieux que ses ennemis lui assignent rendez-

et More et xvir vous, trouvant plus aisé de la compromettre par A: Pimpopularité que de la vaincre par la raison. Certes, à Dieu ne plaise que jamais aucun pro- 15 grès social soit comprimé par les mailles de notre k. orthodoxie, Il n’est pas permis de prendre parti contre la liberté d’une manière absolue, parce 4 qu’elle est d'institution divine. Le régime le plus libre était bien celui de l’Éden , où l’homme n’eût relevé que-de Dieu et de la famille : c’est donc le péché qui créa la tyrannie, en viciant les passions, et ces deux oppressions sont, jusqu’à un certain point, nécessitées la première par la seconde. Les passions des sujets excusent les excés du pouvoir, tandis que leurs vertus en feraient un crime. Aussi, le grand désordre de notre temps n’est pas de chercher à reconquérir la liberté ;- politique, c’est de ne point travailler à sanctifier l'usage de la liberté morale dans une mesure | proportionnée. Affaiblir les pouvoirs en fortifiant | les passions, ce sont les procédés de la Révolution; diminuer les passions, afin que les pouvoirs se tempérent à leur tour, c’est la marche du christianisme. Le but est le même, l'inauguration de la liberté; les moyens sont inverses.

à Mais, la vraie notion de la liberté étant ainsi Us rétablie, qui pourrait envisager, sans frayeur, “+ toutes les candeurs et toutes les hypocrisies, tous

are ie ble ee à tobtes les nn à fesses qui se fédéralisent aujourd’hui, sous cette | enseigne vénérable? Tous se rencontrent dans lee mot, bien peu s'entendent sur la chose, La ben | de ceux qui possèdent n’est point la liberté de ceux qui veulent posséder; la liberté de ceux qui d démolissent n’est point celle du jour où ils ont à “k édifier ; enfin, la liberté des tribuns populaires D n'est de la même que celle des oppositions - : D hiques Ainsi, avec le même signe de ral- = liement, on poursuit des desseins opposés , RES même devise ne réunit qu’une coalition de haines ; 2 et, aveuglés par le nuage de ce mensonge, les mineurs de l’ordre social s’acharnent à la desce - truction avec un bonheur sinistre, sans nul souci e des écroulements sous lesquels grand nombre d’entre eux seront écrasés. Heureusement, c’est de ces chocs formidables que Dieu fait jaillir la lumière, et par de tels déchirements, qu’il fait sa Ÿ rentrée sur la scène et dans les cœurs. : 0 En attendant, il s’agit de venir en aide à cette N détresse suprême des esprits. Pour nous qui sommes pêcheurs d’âmes, et voué par état au salut de la société, ce spectacle de l’agonie de ses #4 croyances nous inspire une pitié inexprimable. = Foie Si nous avions peaucalp DA devant |

Si

nous, comme MAnBS, pour jeter longtemps la - protestation de notre Credo à cette marée mon- tante de blasphèmes orgueilleux ; mais les prédi- cateurs s'éteignent avant l’âge da soixante ans, et

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Ë pensant que les défenseurs du bien sont si éphé- 3 mères, alors que le mal est si permanent.

Ë Ce sont ces pensées qui nous ont inspiré l’ambi- tion de parler jusque dans la tombe. Le bon livre est un missionnaire perpétuel de la vérité ici-bas. Sans doute, il y a de la grandeur dans notre conversation avec les multitudes, du haut de la chaire chrétienne ; mais ce n’est là qu’une action rapide et locale comme les vibrations de l'air, Le livre, au contraire, est maître de l'espace et de la durée; il acquiert, sur la terre, une sorte d’ubi- quité qui rappelle la présence universelle de. Dieu, et il porte l'Evangile à l'avenir, quandil a. | cessé de moraliser le présent. Honneur à ceux qui méritent d’avoir la postérité pour auditoire! Grâce, au moins, pour ceux qui ne désirent un tel avantage que par charité! Nous réclamons en notre faveur le bénéfice de cette circonstance atténuante.

Quand on n’a pas plus d’illusion sur son public que sur soi-même, il faut du courage pour composer aujourd’hui des ouvrages de controverse

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nous éprouvons une sorte de désespoir jaloux en

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