‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 11 sur 121 · LA AT ES 7 ANT · texte numérisé non relu

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te artisans de la Morale abat qu’une femme, des enfants et des serviteurs qui la professent. Et ceci est facile à comprendre. Qu'est-ce que l’incrédu- :

lité prise dans sa masse? C’est la suppression des dogmes ;

or, les dogmes étant à la fois les motifs et les sanctions de la morale, celle-ci, une fois détachée des croyances qui l’engendrent, devient un absurde crucifiement, une convention tyrannique, et s’anéantit comme un effet sans cause. Par conséquent, le vice est l'enfant très-légitime du blasphème; la corruption n’est pas autre chose que l’incrédulité appliquée : et quand l’incrédule représente un peu de vraie moralité, ce n’est que parce qu’il se sauve de l'immo- ralité par des inconséquences généreuses, et qu'il estime assez peu ses opinions pour se croire obligé de mieux valoir qu’elles. I1 pense, en effet, ce qu’il ne pourrait faire sans se déshonorer : car bon nombre de ses négations recevant leur traduction logique dans ses actes deviendraient des cas de police correctionnelle. Ce n’est donc pas être philosophe que de professer de telles doctrines, puisque ce serait être malfaiteur de les pratiquer. | Et, d'autre part, qu'est-ce que l'incrédulité considérée en détail, c’est-à-dire dans ses divers systèmes ? Tantôt la négation du libre arbitre ; tantôt la négation de toute différence essentielle entre le bien et le mal; tantôt la légitimation de la passion; tantôt son impunité éternelle; toujours l'irresponsabilité au delà de la mort, c’est-à-dire le catéchisme du crime et la sauvegarde des criminels. Aussi, la nature affranchie de la foi ne sera jamais Capable que des vertus faciles ou d’une moralité de parade. Je connais les prédilections du monde pour les saints du calen-

drier philosophique, parce qu’ils ne faisaient pas le signe de la croix. Mais ces saints ne furent souvent que des héros de théâtre recouvrant de mérites populaires des bas-fonds humiliants ; leurs vertus n'étaient qu’une belle mise en scène sur des tréteaux minés par la pourriture. Si la société, trop exigeante envers les saints véritables , se montre tristement indulgente pour ceux-ci, c’est parce qu'avec leurs principes ils devaient logiquement mourir au bagne, et qu’elle finit par leur être reconnaissante même du mal qu’ils n’ont pas fait,

Veut-on savoir, de bonne source, ce que peut, dans l’ordre moral, la nature destituée des croyances? Un soir que d'Alembert et Condorcet s’égayaient aux dépens de Dieu, Voltaire, qui était présent, ordonna aux valets qui les servaient à table de sortir, après quoi il ajouta : « Maintenant, Messieurs, vous pouvez continuer ; mais si nos gens avaient tout entendu, j'aurais eu peur d’être égorgé cette nuit. » Voilà la moralité du blasphème déduite avec autant de bon sens que d'esprit. Qu'ils la retiennent, les prôneurs chimériques de la théorie du bien pour le bien, qui ne veulent pas qu’on propose des intérêts d'outre-tombe à la vertu. Il n’est pas possible qu’il y ait une loi pour l'humanité, le jour où elle n’aura plus de foi; et sur la ruine de tous les dogmes un seul restera pour punir ceux qui abolirent Le autres, le droit du plus fort.

Ce qui fait le prestige de la négation , C’est qu’elle n’a jamais été assez prise au sérieux pour être expérimentée. Elle a toujours démoli, elle ne s’est pas essayée à construire, Mais supposé qu’on lui fit subir le contrôle des applications pratiques, et que l’Europe, devenue rationaliste, jusque dans

ses mœurs, remplaçant la ne par Palais, l'Évangile par le positivisme, la divinité du Christ par celle de la ma-

| tière, en un mot, vécût conformément à ce qu’elle croirait, ‘ | ou plutôt à ce qu’elle ne croirait plus, l’Europe serait telle- Fa 4 ment chàtiée de son apostasie par ses crimes et par ses dou- die leurs, que ce quart d'heure de l’absence de Dieu dans notre De.

histoire demeurerait l’épouvante de l’avenir.

Donc une foi religieuse, vraie ou fausse, est nécessaire à F l’homme, et il croit comme il aime et comme il espère, en be vertu d'un penchant presque irrésistible de la nature. C’est #4 ce qui explique comment, malgré tant de passions conju- 1 rées contre nous, il est si difficile d'en finir avec nous.

Comme nous représentons Dieu et la nature, deux puissances qui ne meurent jamais, nous mettrons au tombeau bien des adversaires qui prétendent creuser le nôtre. Je n'ai point d’illusion optimiste au sujet de notre époque ; je souffre trop du travail de démoralisation qui s’opère pour ne le point reconnaitre. Mais il faut reconnaître, en même temps, que si les masses sont moins croyanies qu il y à cent ans, les classes élevées le sont davantage. Or, dans l'ordre social comme dans la création matérielle, c’est sur les hauteurs que la Providence place les paratonnerres, C'étaient les hauteurs qui étaient envahies par le mal avant 89, voilà pourquoi les tempêtes de 93 ne furent pas conjurées. Grace: à Dieu nous ne courons plus autant de périls.

Toutefois, je prends la chose au pire : si une catastrophe

pareille venait donner raison aux craintes des pusillanimes le génie du mal pourrait-il

|et aux espérances des ennemis, - s'asseoir avec orgueil sur les pierres renversées de nos ta-

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