‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 34 sur 121 · TRU DS · texte numérisé non relu

TRU DS

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* AA aux adorations on be n'est pas ne eu PR méconnu. De même que ce sentiment élève et rassérène les

multitudes par ses épanchements réguliers, il remonte, ©

comme un vertige douloureux, vers la tête de l'humanité, quand il n’a point d’issue. Aussi, les cas de folie.sont plus -

fréquents là où les temples sont moins fréquentés ; et plus les églises deviendront rares chez les peuples rationalistes ,

plus les prisons et les hospices d’aliénés se multiplieront. C’est que les temples n’ont pas été nommés en vain les hos-

pices des âmes malades ! L'homme priant et pleurant avec tout un pleuple pousse vers le ciel des cris moins disproportionnés à ses douleurs. Au contraire, dès l’instant que ce puissant dérivatif lui manque, le trop plein de ses larmes s’amasse dans sa frèle nature et la fait éclater en explosions désordonnées. Qu’on ne cherche donc pas à nous corriger du besoin de prier Dieu en famille; le premier mouvement des hommes en société sera toujours de lui parler ensemble. Ils sentent qu'ils s'unissent en se réunissant à ses pieds. <E Rien ne leur prouve mieux qu ils sont frères que de se

reconnaître ses enfants. Aussi toute philosophie sans culte,

sans prètres et sans autels a beau se décorer d’une mysticité idéale, elle n’est que l'hypocrisie de la religion, si elle

n’en est point la négation.

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L'objet de la religion est réel quoique immatériel, et nous lui devons des hommages visibles quoiqu'il soit invi-

sible ; mais ne faut-il pas encore que cet objet soit surnaturel ?

Si l’homme est incapable de se passer de religion, est-il capable de se donner celle qui lui convient ? Un culte purement rationnel n'est-il pas destiné à supplanter toutes les révélations ? La civilisation, qui commence par la foi, ne doit-elle pas se couronner, à son complet épanouissement, par une religion exclusivement philosophique ? Non, il faut que la vraie religion vienne de plus haut que la nature, et cela pour ces trois motifs : que la nature ne peut ni la composer, ni l’imposer, ni la circonscrire.

Et, d'abord, la nature ne peut la composer. Sans doute la raison aidée de la grace découvre la vraie religion, mais elle ne saurait l’inventer ; et malgré le bonheur qu'éprouverait l’orgueil à tracer son symbole religieux comme sa profession de foi politique, il est obligé de souscrire à des vérités qu’il n’a pas éditées. Le chrétien, lui, n’a rien à composer au sujet de sa foi ; il la cherche, mais il ne la fait pas, et quand il a constaté, historiquement, le fait de la révélation, il trouve toutes les vérités en celle-là. Supposez, au contraire, un penseur qui frappe sur son front pour créer son Évangile, d’où tirera-t-il ses matériaux ? L'esprit humain nous a donné sa mesure, SOUS ce rapport, et voici ce que ses expériences nous promettent.

S'agit-il de déterminer la notion de Dieu ? Ou bien, à la belle théodicée du Dieu unique, l’anti-christianisme substituera un peuple de dieux fantastiques, ayant une généalogie impossible, des aventures ridicules et une biographie si scandaleuse qu'un honnête homme n’en voudrait pas pour amis. Ou bien il ne méprisera les superstitions du poly-

éisme 0 pour re pue ne 4 néant cachée | me sous des formules plus ou moins fallacieuses. C’e st-à- dire ‘5 que, si les peuples sont enfants, tout est Dieu pour eux, 3 excepté Dieu lui-même, et que, si les peuples sont civilisés, F à rien n’est Dieu, sans en excepter Dieu lui-même. Ah! on a 4 dit que si Dieu n’existait pas il faudrait l'inventer. Bon sen- È timent, mais parole très-peu philosophique, car il est mille

fois plus facile à l'esprit humain de croire en Dieu que dé

l’inventer. rs Et la raison, déjà si mal inspirée dans l'invention de. SON 51e

Dieu, le sera-t- elle mieux dans la création du devoir ? Nous

3 l'avons vue à l’œuvre et nous savons le décalogue qui est tombé de son Sinaï. La sanctification de la passion, l’affir- |

= mation que la propriété c'est le vol et que Dieu c’est le mal,

l'apothéose du régicide, la chasteté du phalanstère, la pros bité du communisme, les haines et les convoitises du socias & lisme, voilà les derniers mots de la raison sur la vérité morale. Si quelques souffies généreux viennent, ner DS 7 , animer cette masse de rêves impurs, ce sont des emprunts évangéliques attestant l’indigence de la morale indépen-

% dante, puisque, même en renjant le christianisme, elle est

D obligée de lui faire des larcins pour voiler sa propre nudité.

Combien de fois Tertullien pourrait répondre aux falsifica- "+

teurs de nos commandements : « O Marcion, c’est en vain

3 que vous avez travaillé, car je reconnais le vrai Jésus jus-

| que dans votre faux évangile (1). »

À L'esprit humain, impuissant à créer la religion par voie

de composition, ne réussira pas mieux par voie de compila-

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(A) Zertul, Contre Marcion, IV, n° 48.

tion. Je sais que des utopistes tempérés ont caressé ce rêve. Pour eux, le Credo de l'avenir ne serait qu’une affaire d’ecclectisme, c’est-à-dire un faisceau de plagiats exécutés par la raison individuelle dans les trésors de la raison générale. Et de même qu’un peintre antique dessina une figure idéalement belle, en réunissant de beaux traits empruntés à plusieurs visages, de même un concile de révélateurs compétents pourrait, d’après ce système, former la vérité totale en collectionnant les parcelles de vérité répandues dans la circulation universelle.

Illusion puérile, car ce travail d’agencement serait aussi difficile qu’une création. Pour choisir la vérité partielle, il faut porter au fond de sa pensée exemplaire de la vérité complète; ce qui revient à dire qu'il serait nécessaire de posséder la religion pour la découvrir, cercle vicieux où la raison, tournant sur elle-même, est prise de vertige.

Dieu n’a-t-il pas buriné la même vérité dans l’histoire par l'enseignement qui ressort d’un contraste fameux ? L'homme atteint le sublime quand il invente dans la science du fini, il n’atteint que le ridicule quand il veut être inventeur dans la science de l'infini. C’est qu’en cet ordre de connaissances Dieu s’est réservé la découverte. Seul il édite, seul il promulgue, et l’homme ne doit que vérifier ce qu’il entend et obéir. Entre toi et moi, semble lui dire son créateur, je partage l'empire. Avance-toi dans le domaine des choses profanes, là tu seras Homère , Pindare, Démosthène, Platon, Cicéron, Corneille ou Rad je ne t’impose d’autres bornes que celles du fini ; ; Mais, au seuil des choses divines, arrête-toi avec respect, car là, si tu ne veux être enfant par la soumission, tu le deviendras par tes bégaiements.

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er En preuve, | Voyez, pendant js béaux re de nn

té l'infériorité des religions par rapport aux autres conceptions

de l'intelligence humaine? Dans les arts, dans les lettres, dans la sagesse, vous êtes au sommet de la civilisation, les coups d'essai sont des chefs-d’œuvre, et les premiers initia= teurs demeurent des modèles toujours imités et à jamais inimitables. Dans les religions, au contraire, quel chaos d’incohérences et quels excès presque stupides, soit de la

part des révélateurs, soit de la part des croyants! Jamais

d’un même sol et d’une même époque a-t-on vu sortir des

. fruits si dissemblables? Après l'antiquité, considérez notre

ère de civilisation raffinée. De nos jours, le génie de la découverte s'applique à tout, excepté à la fabrication de nouvelles religions. En ce genre on défait, mais on ne refait pas, parce qu’on sent l'impuissance de mieux faire. Aussi

un homime peut nous annoncer une épopée de sa composi-

tion et tenir la curiosité du monde en éveil; mais s’il nous

promet une religion de sa façon, il ne provoquera que des

sourires. Les mortels capables d’enfanter des chefs-d'œuvre

sont partout; les nouveaux Moïse et les nouveaux Christ on ne les trouve plus qu’à l'hôpital. Preuve instructive, populaire, que la vérité religieuse ne peut sortir d’un laboratoire philosophique, et que seul l'esprit de Dieu est capable de la produire comme de la faire accepter.

La nature ne peut pas plus l’imposer que la composer. Il existe une différence radicale entre un système et une religion. Un système doit reconnaître poliment que tout autre pourrait bien le valoir, mais une religion doit se proclamer

la raison souveraine manifestée, ou elle cesse d’être une

route À uote un plus savant qui le surpasse, ou un moins #. savant qui le méconnait. La sagesse ne suffit pas, car celle $ de Socrate et d’Épictète leur a fait plus d’admirateurs que 74 de disciples. Toutes les grandeurs humaines réunies dans : un seul homme ne suffisent pas, car de quel droit un homme : imposerait-il, en son nom personnel, des croyances à un autre, sous peine de damnation? Donc, à celui qui veut . s'emparer de la foi de ses semblables, il faut plus qu’une je puissance naturelle, il faut une mission divine prouvée par des actes divins.

Napoléon, maître de l'Europe, était convaincu qu'il pou

vait entrer plus aisément à Vienne et à à Pétersbourg que dans la conscience de ses sujets ; aussi, quand on lui conseil lait, en 1802, de se déclarer chef de la religion, il répondait : « Je ne suis pas décidé à monter au calvaire pour me faire

| crucifier, parce que je ne ressusciterais pas le troisième

jour. » Quelle est donc l'impossibilité qui fait reculer aujourd'hui ce génie accoutumé à n’en pas reconnaître? C’est que rien n’est plus facile que de créer un système; ; mais rien n’est plus difficile que de le faire accepter comme | | la vérité absolue ; c’est, surtout, que l’auteur d’une religion doit avoir l'infaillibilité pour garantir ses assertions, et faire des miracles pour garantir son infaillibilité, sinon, il à cesse d’être un révélateur pour devenir un chef d'école. Nous voilà donc amenés, par la force des choses, à la nécessité du miracle pour accréditer la religion, en telle sorte que ce qui fait le scandale de la raison est son indispensable garantie, Comment l’homme pourrait-il avoir la

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certitude de ce qui est au-dessus de la Lu sans une manifestation qui dépasse la nature? Abstraction faite des mystères de fait, tels que les miracles, les mystères de foi

seraient-ils certifiés par un témoignage proportionné ? Non,

l'infini fournissant seul la mesure adéquate de l'infini, il faut des actes surnaturels en preuve des dogmes surnatun tés:

Je n’ignore pas que certains lettrés voudraient faire grâce

des faits miraculeux à la religion, moyennant une beauté de doctrine et une sainteté de morales suffisantes pour la cau+

tionner.

La beauté d’une révélation n’est pas un témoignage suffisant en sa faveur, des hommes aveugles peuvent ne la point

apprécier. La sainteté d’une révélation et d’un révélateur ne suffit point davantage, des hommes corrompus peuvent

la répudier ; mais une dérogation aux lois de la création, un coup d'état, comme on l’a dit, dans le gouvernement du

monde, voilà qui s’impose à tous ceux qui ont des yeux pour

voir, et qui n’ont pas la volonté arrêtée de ne pas voir. Aussi, Jésus-Christ lui-mème ne faisait point de sa parole de Dieu son témoignage suprème; il invoquait ses prodiges à l'appui en disant : Si vous ne croyez pas à mes discours, croyez du moins à mes œuvres. Au reste, Phumanité, d'accord en ceci avec Jésus-Christ, a toujours, vu dans les miracles, le sceatt du divin imprimé à la mission d’un homme ; et, si elle n’adore pas le divin partout où le miracle le manifeste, c’est parce qu’elle possède des ressources inouies pour obscurcir

cette manifestation.

Après de telles prémisses, comment échapper à l’évidence de cette conclusion ; donc la nature est incapable de compo-

un miracle d'infailibilité et le ne un Re.

rité; or, la nature est l'instrument et le théâtre des miracles,

elle n’en contient pas la vertu. NE Mais, au moins, la nature peut-elle circonscrire la reli-. 4 gion, c’est-à-dire l'empêcher de devenir surnaturelle? Pas 4 davantage. La religion purement naturelle ne suffit, ni à la + nature, ni au besoin religieux de l'humanité. Elle ne suffit . point à la nature, car celle-ci a une élasticité sans bornes que ses propres pensées ne peuvent remplir. Elle s’élance par delà ses limites du côté du ciel, et le surnaturel seul est. a à la mesure de son élan et de ses rivages. D’autre part, un culte purement naturel ne suffit pas davantage à notre sentiment religieux, car, en quoi consistent les dogmes, en ; quoi les devoirs, en quoi les sanctions de ce culte? Trois : questions qui demeurent des énigmes pour la raison, si elle a n’en va pas demander la solution aux religions positives. Aussi, la religion naturelle est plutôt une abstraction qu'une À : réalité historique; en théorie on la sépare des religions sur- \ naturelles, en fait elle ne s’en sépare pas, si bien que là où il n’y à plus de surnaturel, il n’y a pas de religion : ilne reste qu’une philosophie. ;

« Une religion se distingue des systèmes philosophiques, dit Cousin, en tant qu ‘elle admet une donnée surnaturelle et au-dessus de toute controverse, tandis que la philosophie ne cherche que des vérités naturelles, à l’aide de la seule lumière naturelle (1). » C'est là le premier et le der-

() Du vrai, du Lèau et du bien, leçon v.

QT de 1 È ; F- Es L À e NE$f NI CHIMÉRIQUE, NI PUREMENT NATUREL,

. nier mot du bon sens sur la question. Si elle est souvent mal résolue, ce n’est que parce qu'elle est mal posée. Qu'on ne parle donc pas de la fin prochaine des religions surnaturel- 4 les, ce serait la fin de la religion. Qu'on n’annonce pas le

futur avénement de la religion naturelle, ce serait linstal- 4 lation de la philosophie au gouvernement des consciences 4 * __ tout aussi bien que des esprits. Or, une telle religion, avec ; l'incertitude de son symbole, l’élasticité de son décalogue et 4 l'impuissance de ses freins, ne sera jamais qu’un prétexte de décliner la vraie et de n’en suivre aucune. Je demande

aux penseurs aristocratiques qui voudraient se contenter de ‘cette dose modérée de respect envers le ciel, sauf à laisser le maximum du même devoir à la multitude, s’ils pourraient m'apprendre à quel degré de culture on sera dispensé de |. faire le signe de la croix? Pourraient-ils surtout m'expliquer pourquoi le Créateur aurait deux mesures dans ses exigences envers l'humanité, l’une pour les parias de l’esprit, obligés de ployer les genoux, l’autre pour les capacités à qui il suffirait de voter en faveur de Dieu dans quelques articles de revue? Évidemment il n’en peut être ainsi, car la religion a cela de commun avec le soleil qu’il n’y à point de places réservées à sa lumière ; et, bien plus encore que devant la loi, nous sommes tous égaux devant la vérité. Il n’en peut être ainsi, encore, parce que la religion étant 2 l'expression de l’infini, si cultivés que soient ses disciples, dès l'instant qu’ils veulent l'emprisonner dans la nature, elle rompt ce vêtement de force pour se répandre au-delà, et devenir le surnaturel divin si elle tourne au vrai, et le surnaturel diabolique si elle tourne au faux. | Le prêtre, démontrant la religion dont il‘est le ministre,

ù ie la “M des ndoviièe M sur a nid dde faces que je: viens d'établir : la vérité du supra-sensible et vêlle du supra-naturel dans l’objet de la religion.

. À ceux qui n’admettent que les réalités matérielles, un “libre penseur du temps a crié avec un accent de frayeur et de vérité dont je laisse mes lecteurs juges! cu « En cessant de croire au Dieu personnel et invisihiés

: € l'âme est sollicitée par l’abime, bientôt elle git à terre et

à 1 parfois dans la boue. Quand la philosophie n’a d'autre

« Dieu que l'univers et d'autre homme que le premier des

mammifères , elle n’est plus que de l’histoire naturelle,

“ C’est toute la science des époques matérialistes, Et , pour « le dire en passant, c’est là que nous en sommes, Mais le

« matérialisme n'est pas le dernier mot du genre humain, Corrompue et affaiblie, la société s’écroule dans d’immenses Catastrophes ; la herse de fer des révolutions brise les

| hommes commes les mottes d’un champ. Dans les sillons sanglants germent les générations nouvelles, les âmes

« éplorées croient de nouveau, elles regardent vers le sis

‘ elles retrouvent le langage de la prière, l'humanité sa relève pour recommencer (1).

= N'est-ce pas que c’est bien dit pour un re rationa-

liste? Quand à ceux qui, confessant les vérités immatérielles, se sont arrêtés à cette première station, sans pouvoir monter jusqu'au surnaturel, qu’ils écoutent la voix d’un grand protestant surnaturaliste qui leur dit : « Sortons des « crises malsaines de l'humanité, rentrons dans sa perma-

« nente et sérieuse histoire. La croyance au :surRataeel est

ES) Scherer, Mélanges de critique religieuse,

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