TES DE L'ORIENT QU'ON LUI OPPOSE
Le miracle physique, dans lechristianisme, repose, comme le filon d’or, au milieu d’un gisement historique qui le porte et le garantit. Le miracle physique, dans le bouddhisme,
est une vision ou un cauchemar, sans appui dans les faits.
à Le premier se rattache à un ordre d'événements accepté 4 comme certain par les peuples mûrs de l'Occident, le second Prna jamais été que l’amusement de nations immobilisées ES dans des préjugés stupides, et destinées à mourir, comme on A Va dit, non de vieillesse, mais d’une enfance prolongée. 0
Le surnaturel de la Bible et de l'Évangile reflète la beauté re idéale de son auteur, celui des Védas et des Pouranas est un
recueil d’imbécillités grandioses. Le premier fait pleurer, le second fait rire. Le premier à élevé et affranchi les nations |
occidentales, le second verse à l'extrême Orient l’engourdissement de l’anesthésie. Le premier civilise les hommes, le second les rend irrémédiablement impropres à la civilisation. r Le premier est un théisme grand et pur, le second est une . mythologie moins ingénieuse et plus repoussante que celle É de la Grèce et de la Scandinavie. Ah! c’est qu’il est pres- ; que aussi difficile à l’homme d'inventer des miracles raison- 3 nables que de les faire. Il y a des incrédules de France qui se sont constitués les Pères de l'Église thibétaine; pour les t: punir de leurs engouements antichrétiens , je voudrais * qu'ils fussent condamnés à lire seulement les récits mer-
- veilleux qu'ils ont la prétention d'admirer. Quant à les
croire, c’est autre chose. Est-ce que rien est comparable, en extravagance, aux fictions des apocalypses védiques ? Les miracles de la légende dorée n’en approchent pas. « Ces ré- « vélateurs font marcher des myriades de dieux et de mon-
« des, ils ébranlent le ciel et la terre avec des circonstances
974 LA VRAIÉ RELIGION
« puériles et une monotonie de radotage vieillot qui dé- « goûte au bout d’un instant (1). »
Pour moi, je regarde comme un vrai châtiment infligé à la libre-pensée, ses aveuglements devant l'Évangile, et ses prédilections pour les hallucinations brahmaniques. II serait temps d'en finir, cependant, avec ces singularités dont on se glorifie comme d’un goût original, et qui ne sont qu’un abaissement de raison. Vraiment, quand je vois des esprits rebutés par les obscurités de saint Thomas, se pàmer aux clartés de la philosophie védanta, je comprends à quel point nous a fait avancer notre surnaturel, en voyant à quel point on peut reculer en l’abjurant. Heureusement, il a la vie résistante, parce qu’il a des racines profondes, et je suis bien fier de penser que, depuis un siècle, la critique la plus acharnée le secoue sans pouvoir l’ébranler, tandis que le surnaturel bouddhique, loin d’être capable de parer les attaques de Straus ou de Salvador, est une de ces bulles de savon sur lesquelles on ne souffle même point, parce qu’elles s’évanouissent avant qu’on les approche.
Et Mahomet escaladant les cieux sur un hippogriphe, pour aller recevoir le Coran de la bouche d'Allah, serait-il l'inventeur d’un surnaturel plus digne de notre foi? Sa révélation aurait-elle des criteriums de l’ordre physique, intellectuel et moral capables d'effacer ceux de la nôtre? Non, déclarons-la, d'ores et déjà, hors de concours dans un tel parallèle. Il y a aujourd’hui des engouements dépravés qui marchandent leur admiration à Jésus-Christ et qui la prodiguent au fondateur de l'Hégire, Ne nous faisons pas,
(1) Taine,
ndirectement, les complices de cette iniquité en lui accordant l'honneur d’une réfutation trop directe. Et où sont les iracles du fameux chameliér, soit en livres, soit en hom= ps
: rales qui le disputent à ceux de l'Évangile ? L’islamisme 7 - est un fait évidemment humain, accompli par des moyens ee
humains, qui a eu la violence pour instrument, la passion ; et l'ignorance pour complices. Il est une conquête plutôt È- ; qu'une religion; sa propagation le stigmatise au lieu de le # prouver, Car le sang n’a la vertu d’un témoignage que lorsqu'il est versé par amour. Sa démonstration écrite n’existe ‘
pas et ne peut exister. Ses seuls prodiges de l’ordre in-
tellectuel sont des actes de vandalisme contre la pensée. E Amrou, incendiant la bibliothèque d'Alexandrie, est une = parfaite image de l’amour de sa race pour les lumières. L’éclat éphémère jeté par les lettres arabes au moyen àge > servit plutôt à composer une auréole poétique au kalifat, D. qu’à fonder la Somme théologique du Coran. Quant à son histoire, plus authentique que celle du bouddhisme, elle est plus honteuse': elle est l’antithèse de l’histoire de la civili- sation, c’est-à-dire un abominable inventaire de cruautés
et de débauches, écrit avec de la boue délayée dans le sang,
; De ses grands hommes, rien à dire, sinon que la postérité Le en est réduite à les traiter comme des exceptions glorieuses D quand ils ne sont pas des fléaux. Quelques-uns ont été puissants, bien peu ont été bons, aucun n’a été pur. La vie des
saints de l’islamisme ne peut être écrite sans outrage au sens moral.
| L'originalité reste-t-elle au moins à cette révélation pour
la dédommager de ses autres désavantages ? Non, elle n’est
ne voulait plus, et, de l’autre, sur des passions ignobles dont la nature déchue veut toujours. Or, cet amalgame hideux de spiritualisme dans le dogme, et de matérialisme dans la morale, où un peu de vérité vient consacrer beaucoup d'erreurs, c’est là ce qui constitue la vitalité de l’isla- = misme. Les idoles païennes tombent quand la raison les tou- LE che; mais des mœurs païennes, cimentées par la croyance fe à lPunité divine, forment une agrégation presque indestruc- | tible. La France et l'Évangile expérimentent cette résis= tance morale depuis plus de quarante ans en Algérie. Heu- reusement, une telle expérience tourne à la gloire du christianisme et à la honte de ceux qui le repoussent, car, s'ila a
conquis Pancienne Rome plutôt que le désert africain, cela $ prouve que l'humanité dégradée du siècle de Néron était ; encore plus près de la vérité que les peuplades abruties par le despotisme corrupteur de Mahomet.
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Le miracle de l’ordre intellectuel qui sert de criterium à la vraie religion, est un certain degré de connaissance qui surpasse les bornes de la nature, et qui est produit par une spéciale illumination de Dieu. Cette connaissance surnaturelle peut avoir pour objet, ou bien des faits à venir placés
au-delà de la portée conjecturale de l'esprit, et alors elle à
ue ton avec la force créatrice de la pensée naturelle, et alors cette connaissance suréminente s'appelle
l'excellence de la doctrine, :
La prophétie est certainement un des plus grands mira- | cles. Le thaumaturge rend la vie à ce qui n’est plus; "1e prophète la donne à ce qui n'est pas encore. L'un ressuscité le passé, l’autre suscite l'avenir. Or, le christianisme est étayé par des prophéties sans nombre, les unes qui ont Jésus-Christ pour objet, les autres qui l'ont pour auteur. > Les prophéties sont si précises dans leurs détails, qu’elles -4 semblent, dit saint Jérôme, l’histoire de ce qui fut, plutôt
de
que l'annonce de ce qui doit être. D'autre part, elles sont si évidemment antérieures à l'événement que les Juifs recons naissent la prophétie sans reconnaître l'événement, demeu- | __ pant ainsi les archivistes d'autant plus désintéressés du 2 christianisme, qu’ils en sont les ennemis. Et cette juxtaposition exacte, entre des causes et des effets séparés par de longs siècles de distance, ne serait point surnaturelle ? Et cet engrenage, cet emboîtement parfait des événements prophétisés avec les prophéties, ne serait qu’une combinaison du hasard et une illusion d'optique partagée par des millions de visionnaires? Ce sont toujours des hypothèses
ET
plus miraculeuses que le miracle.
Quand les archéologues de Rome es dans
leurs fouilles, un chef-d'œuvre de sculpture qu’ils attris S
buaient à l’antiquité, et dont Michel-Ange revendiqua la
propriété, celui-ci établit son droit d'auteur par un argu-
ment ingénieux, Il produisit le bras de la statue, lequel
n'avait pas été trouvé en terre, et les anfractuosités du marbre s'étant adaptées de part et d'autre à l’endroit de la cassure, les deux pièces furent déclarées du même artiste.
: Eh bien! le Christ est une figure sublime exécutée, par proportions diverses, dans les deux Testaments. Quand je vois toutes les parties nouvelles de ce noble ouvrage se joindre aux anciennes par une complète adhérence, et cela, malgré la diversité des ouvriers et des époques qui façonnèrent l'image, je conclus que tant de rencontres providentielles sont trop en dehors des chances naturelles pour n'être “8e point supra-naturelles, Plus l’unité de ce chef-d'œuvre me | paraît humainement impossible, plus son auteur me paraît divin. Au reste, l'exactitude d’un tel accord entre les prophéties et les événements prophétisés ne saurait étonner.
Seul, l'esprit divin pouvait porter les voyants à prendre la responsabilité d'un avenir pour eux plein de chances, puisque Moïse ordonnait de tuer celui qui avait annoncé des événements non accomplis.
Maintenant, ouvrons les annales du paganisme indien ou thibétain, y trouverons-nous un système de prédictions et de faits prédits, qui soit même l'ombre d’un pareil témoignage? Quels sont les Isaïe, quels sont les Daniel, de cette mystérieuse loi? Le brahmanisme et le bouddhisme, qui forment comme l’Ancien et le Nonveau Testament de la même religion, n’ont pas une histoire sérieuse. A peine F quelques certitudes perdues au sein d'immenses ténèbres, comme quelques pierres milliaires semées dans un désert, voilà leurs annales ; et, à la place de nos prophéties jetées ne en vedettes au-devant des événements, et de la belle harà. Mmonie que présente la confrontation des unes avec les au-
un 2e
noblesse de parchemins falsifiés. 4 Tous les peuples qui professent le panthéisme et, par- 7 tant, l'éternité de la matière, doivent s’attriber une haute a antiquité. L'esprit ayant établi en principe que le monde b a toujours existé, ne peut admettre que l’homme y ait : apparu depuis si peu de temps. Aussi, quand Moïse, qui %
. écrivait dans le voisinage des Assyriens, des Chaldéens,
des Égyptiens, des Indiens et des Chinois, tous infatués d'une ancienneté fabuleuse, a fixé hardiment la date de la ÿ création actuelle à une époque moins reculée, il me paraît L É d'autant plus inspiré qu'il réagit contre l’'amour-propre national ef contre un courant universel, et qu’il augmente contre lui la facilité des démentis. L'histoire des Indiens à commence donc par un mensonge chronologique et con-. À tinue par une série de rêves babillards, où toutes les vrai- É semblances sombrent dans un chaos légendaire. D'après les indianistes les plus décidés, leurs Védas sont postérieurs à au Pentateuque; leurs premières lueurs de certitude histo= rique ne remontent pas au-delà de trois mille huit cents . ans avant notre époque, et, depuis, leurs annales pullulent de fables tellement ineptes que le plus subtil éclectisme
n’y saurait discerner le vrai du faux. M. Barthélemy Saint-
Hilaire n’a pu écrire l’histoire du fameux Bouddha-Çakia-
mouni qu’en la divisant en deux parties, l’une composée k
des faits surnaturels qu’on tient pour apocryphes, l’autre
des faits naturels qu’on est convenu de regarder comme |
vrais. Œuvre de pure fantaisie, non de critique, car le na turel et le surnaturel s’entrelacent dans la trame dune
: même rites et si le ho nee le premier n2 se tient Dur debout.
garanties dt: se plaint de n'avoir pas vu des miracles , nous : pouvons lui répondre : Vous assistez au plus grand de tous, à l’accomplissement des prophéties. Par là, en effet, l'avenir, qui était le mystère de vos ancètres, est devenu votre preuve. Sans compter que tous ces faits se sont passés au Soleil d’une publicité contrôlée par le voisinage et par l'examen de la raison occidentale, tandis que, dans l’histoire des incarnations bouddhiques, on ne voit que les songes d’une humanité en état de délire enfantin et maladif. Et, Cependant, qui pourrait le croire ? certains publicistes con- temporains trouvent les origines du christianisme plus douteuses que celles du culte de Brahma ! Quand on écrit de pareilles choses, on peut estimer beaucoup sa plume, ee mais j'affirme qu'on ne la respecte pas. Pour toute la gloire de Voltaire, je ne voudrais pas avoir édité, sur ce point, les inexactitudes peu honorables que certains orientalistes du jour ont prises à leur charge! O Superbes scrutateurs de notre passé! vous vous êtes trompés de temps et de pays. Il y à des annales plus embrouillées que celles de l'Église à élucider, car l'Église à la mémoire longue, parce qu’elle dure toujours. Abandonnez donc la prétention de lui enseigner Son histoire, et portez vos services aux dieux de votre dévotion, sur les bords du Gange et de l’Indus !