‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 50 sur 121 · CONTES · texte numérisé non relu

CONTES

Maintenant, dussions-nous être fatigants et fatigués par un tel parallèle, il faut le poursuivre. Y a-t-il un Évangile de Çakiamouni capable de rivaliser avec celui de Jésus? Que peut opposer le lamaïsme aux livres des Proverbes, de la Sagesse, de Job, des Psaumes et des Épitres de saint Paul? Une littérature luxuriante comme la végétation de l'Inde, j'en conviens, mais aussi un fatras incohérent semé de rares éclairs, et le seul ouvrage, peut-être , de Pesprit humain, qu’il ne puisse pas relire sans succomber à la peine. Œuvres problématiques, d’ailleurs , dont tout le monde parle, que presque personne ne comprend , Car bien peu de leurs extraits ont été traduits en langue européenne ; et bon nombre de critiques qu’on croirait familiarisés, comme des brahmines, avec les textes sacrés de l'Inde, n’en connaissent rien que par la version latine et abrégée d’Anquetil du Perron, écrite pour le service des savants qui ne sont pas fàchés de lire le sanscrit dans des langues de leur connaissance.

Œuvres d'imagination surtout, non d’apologétique, qui prouvent le génie, non la religion de ces races. Il est vrai qu’en fouillant dans les encyclopédies sacrées du Thibet, de la Mongolie, de Ceylan et de la Chine, et, en mettant bout à bout quelques centons de leur morale, on forme des citations curieuses ; mais ce ne sont là que des coupures habiles dans un fond que le bon sens ne peut regarder, et qui ne soutient pas lui-même les regards du bon sens. Les orientalistes épurent les livres canoniques du bouddhisme pour les rendre présentables ; ils les falsifient pour les faire admirer ; mais ils perdront à cette tâche plus que la mythologie indienne ne gagnera, Car, en face de ces montagnes de répétitions, de contradictions et de séniles racontages, placez les chefs-

: ) 283 : euvre a nos ue Fostanients et de notre tra diflon. écrite, depuis Tertullien jusqu’à Bossuet, et dites-moi si ce n est

nt la gloire de nos Écritures d’avoir pour ennemis ceux

i sont capables d'admirer toutes les Bibles de l'humanité,

cepté la véritable, et d’honorer le ridicule plutôt que d’adorer le divin.

- N’a-t-on pas été encore plus loin que d’assimiler et de préférer les révélations indiennes à celles de l'Évangile?

i, on a osé dire que celles-ci étaient sorties de celles-là.

‘après cette invention, le Christ cesse d’être, non-seulement

n Dieu, mais encore un fondateur original, car il n’a formé

. qu'un syncrétisme des meilleures traditions orientales. IL y.

plus, en signant une œuvre qui ne lui appartenait pas, il

a usurpé la gloire d'autrui, et mérité la place ignoble qui Jui fut donnée, à côté de Mahomet, dans un livre célèbre,

* ‘intituté : De tribus impostoribus.

Quand on a étudié le dossier de la partie adverse, il est difficile de tenir son àme en face de telles audaces de plai- : oirie ; quoi ! les brahmes ont formé Jésus-Christ?

Mais si l'Évangile n’était que le dernier mot d’une philo-

- sophie antérieure, épurée dans le creuset d’un esprit éclec- | tique, ce dernier mot aurait été prononcé par un sage familiarisé avec les écoles anciennes, non par un.jeune vil- . Jageois lqui n’avait pas quitté sa boutique de charpentier, 1 et dont les maitres ne furent connus de personne.

4 Si le christianisme n’avait été qu’une combinaison de plaà giats habiles, il aurait dû avoir des érudits pour l’inter-

e préter et le défendre aussi bien que pour l’inventer, tandis 5 qu'il fut promulgué par des Apôtres incultes, et qui passaient pour des hommes pris de vin.

Si le christianisme n’eût été qu'une efflorescence des germes semés par une philosophie quelconque, il eût trouvé, dans la philosophie en général, une certaine complicité de concours ou de tolérance; or, celle-ci l’a si peu reconnu que, pendant quatre siècles, elle l’a poursuivi jusqu’à extermination ; qu’elle a, douze fois, essayé de le noyer dans le sang de la pérsécution, et qu'encore même elle ne lui pardonne point de ne s’être pas mis d'accord avec elle.

Enfin, si le christianisme eût été un progrès purement naturel, il eût commencé comme tous les progrès intellectuels par l'initiative des esprits avancés, et en descendant de la tête de la société dans les multitudes. Il est la seule révolution, dans l’ordre des idées , qui se soit accomplie de bas en haut, et dans laquelle les oracles de la science aïent reçu la lumière des ignorants. Après cela, sans doute, il n'exclut pas des vérités plus ou moins pressenties par Zénon, Platon et Bouddha, car la vérité complète doit embrasser les vérités partielles; mais affirmer qu'il a suffi de raccoler ces lambeaux pour composer l'Évangile , c’est manquer de respect à ses lecteurs.

Voilà donc l’objection résolue en principe; en fait, que faut-il en penser? Serait-il vrai que le christianisme, né en Palestine, à été conçu dans l’Inde? Serait-il vrai que si le Christ lui a donné son nom, c’est le Bouddha qui est son véritable père? Piquons ce ballon habilement enflé par certains théologiens de revue, et voyons la résistance qu’il fera.

Et, d’abord, le fond du christianisme c’est l’unité de Dieu, l'essence du bouddhisme c’est le polythéisme, car Phumanité . déchue est incorrigiblement idolâtre, partout où une lumière

naturelle ne la corrige pas; c’est pourquoi la race

. dans tous les dieux. Le christianisme enseigne la spiritua-

lité de son Dieu ; le bouddhisme confond le sien avec la

. matière, en telle sorte que le monde émane, sort de lui,

omme le ruisseau de sa source et la toile de l’araignée. Le

christianisme enseigne la création du monde par une toute-

. puissance infinie; le bouddhisme croit à l'éternité du monde.

. Jésus naît dans une étable, le Bouddha sur le trône de Mag- . dalha. Jésus, en descendant du sein de son Père parmi nous, a pris l’humaine nature pour l’élever jusqu’à lui; le Boud-

À dha, avant son avénement sous forme humaine, revêt la

| stature d’un éléphant orné de ses défenses, qui a la tète rouge et superbe, et qui marche richement caparaçonné. | Jésus s’est déclaré formellement Dieu, Çakiamouni n’a

| jamais osé risquer l’apothéose. L'Évangile professe l’immor- | talité des âmes dans une même personnalité et dans un état de bonheur ou de malheur permanent ; le bouddhisme croit Era la transmigration de àmes, dans des phases de décrois- . sance répétées jusqu’au néant absolu. D’après le christia- nisme, la vie est un bien, et il faut la féconder ; d'après le 3 bouddhisme, la vie est un mal, et il faut l’amoindrir. Enfin, … Jésus a révélé aux hommes leur dignité et leur égalité bien 4 entendue : Brahma partage notre famille commune en quatre

castes séparées par des barrières infranchissables.

D Le bouddhisme, a dit M. Barthélémy Saint-Hilaire, après lavoir étudié avec une bienveillance peu suspecte de rigueur, « c’est un spiritualisme sans âme, une morale sans « liberté, une vertu sans devoir, une charité sans amour, « un monde sans nature et sans Dieu... Le seul service

« qu’il puisse nous rendre par son contraste, c’est de nous « apprendre tout ce qu’il en a coûté à l'humanité de ne pas « croire ce que nous croyons (1). »

Malgré ces différences essentielles, comment se fait-il, me diront ici les adversaires, qu'il y ait dans la morale des Indous quelques analogies frappantes avec la loi du Sinaï et avec d’autres traditions mosaïques ? C’est tout simple; ce sont des larcins faits à la Bible, non des emprunts faits par elle, De même que les Apôtres, le peuple juif, qui était, avant Jésus-Christ, le grand missionnaire de la vérité, fut

envoyé partout pour en jeter fles germes. Salmanasar, .

Assar-Haddon , Nabuchodonosor emmenèrent tour à tour des Israëlites en captivité dans l’extrême Orient. Or, ce serait une grande erreur de penser que ceux-ci ne firent que pleurer sous les saules des fleuves étrangers. De cette Station avancée, ils se répandirent en caravanes nombreuses du côté des Indes, du Thibet et jusque dans la Chine; et quand les modernes ont retrouvé la trace de ces antiques migrations , loin d’honorer Israël comme l’auteur, ils l'ont injurié comme le plagiaire de ses propres traditions. En général, si un filon des souvenirs bibliques se mêle au tissu des autres histoires, on le rapporte à sa véritable origine: mais les Indous, ayant la monomanie d’être plus anciens que le monde, prennent soin de mettre des dates très-reculées à leurs emprunts, semblables à un faussaire qui défigure des objets volés pour déjouer les investigations du vrai propriétaire. Et c’est pourquoi des orientalistes, complices ‘de cette manœuvre, accusent la Bible de n'être

(1) Ze Bouddha et lé Bouddhisme,

CSN US ML MONT CRD 4

copie parce que les Indiens l'ont copiée. En vérité, a, dans de telles conclusions, un degré de légèreté criique peu conciliable avec l'autorité magistrale qu’affectent | s contradicteurs.

Mais alors, continuent ceux-ci, comment se fait-il qu'au iècle dernier des voyageurs aient retrouvé au Thibet des aonastères nombreux, des processions solennelles, des jèlerinages , une cour pontificale, des colléges de lamas , et enfin une organisation semblable à celle de l'Église romaine ;

i bien que Voltaire et Volney ont pu dire les premiers, | que le christianisme procède du bouddhisme thibétain, et. Le culte catholique des cérémonies lamaïques ? 2

. Toujours même erreur dans les prémisses et, par ste, mêmes inversions dans les conclusions. Pour quiconque à ; 4 étudié notre passé, l’apostolat de saint Thomas aux Indes, . dit Claude Buchanan, est aussi authentique que la mort de saint Pierre à Rome. Depuis, les relations de l’extrème | Orient avec les prédicateurs de l'Évangile ne cessèrent pas, 4 et de saint Pantène jusqu’au cinquième siècle, un christia- Pine plus ou moins orthodoxe fut enseigné sur les côtes de la mer des Indes. Il est vrai que l’islamisme établit bientôt une barrière de fer et une mer de sang entre les croyants de la haute Asie et ceux de l’Europe. Cependant, 3 Vasco de Gama trouva encore, à Ceylan, des chrétiens très- » reconnaissables. Auparavant étaient venues les Croisades et l'invasion de Tamerlan. Alors, les deux civilisations de l'Occident et de l’extrême Orient débordérent par dessus leurs rivages, elles se rencontrèrent sur plusieurs champs de bataille, elles se pénétrèrent en se heurtant, et quand les deux fleuves rentrèrent dans leur lit, chacun garda

9288 LA VRAIE R£ÉLIGION

quelque chose des ondes et des épaves de l’autre : l'Orient avait cédé à l'Occident la boussole, celui-ci avait réappris à l'Orient le vrai christianisme et la constitution de l'Église.

Et ce ne fut pas, cependant, la dernière influence exercée par l'Évangile en ces lointaines contrées. Des missions catholiques fondées en Tartarie et dans le Turkestan, par Oderic de Frioul, contribuèrent , pendant plusieurs siècles, à inculquer des éléments chrétiens à la religion bouddhique, de telle sorte que le persiflage de Voltaire reprochait à l'Église, comme un plagiat, ce qui n’était qu'un grand témoignage de sa vitalité et de son originalité. Nouvelle preuve que la science prend bien souvent des choses récentes pour anciennes, et réciproquement. Cela la corrigera-t-il de la monomanie des affirmations tranchantes et précipitées contre nos traditions? Nullement! pour qu’il en fût ainsi , il serait nécessaire qu’elle se crût moins infaillible que l’Église : elle n’en conviendra pas de longtemps. Eh! que faudrait-il, en effet, pour qu’elle ne doutàt point de la

religion ? Qu'elle sût douter d’elle-même, difficulté plus

malaisée à lever que toutes celles de la religion.

IIT

Le miracle, dans l’ordre moral, est une action ou une série d'actions propres , soit aux fondateurs, soit aux sectateurs d’une religion, lesquelles dépassent les forces de la nature morale et ne peuvent résulter que d’une motion Spé-

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