‹ Le Bon Sens de la foiChapitre 78 sur 121 · CA · texte numérisé non relu

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- salem pour leur commerce, et qui y reçoivent, au lieu de l'y porter, la nouvelle de la naissance du Roi des Juifs. Et

la tentation de Jésus au désert ? Un coup de théàtre préparé :

Un cadeau de noces, offert par Jésus aux époux, sous forme d’agréable plaisanterie. Et la transfiguration? Une extase de

- Jésus et une hallucination des disciples. Et la guérison des

aveugles ? Simple ophthalmie produite par la fine poussière du pays d’un côté, et dissipée par une ablution de salive de l'autre. Et la délivrance des possédés? Traitement calmant administré à des attaques de nerfs. Et la résurrection des

- morts? Fin d’un sommeil léthargique habilement déterminé. Et la résurrection de Jésus lui-même? Réapparition d’un

supplicié qui n'avait pas expiré lorsqu'il fut mis au tombeau. Quant à savoir comment il ne fut pas asphÿxié, s’il ÿ

une question indiscrète qu'il ne faut pas adresser à la c que. Elle n’y répond pas plus qu'aux objections sans nom: 1 bre qu’on lui fait concernant mille incidents de la nt

sacrée qu’elle n ‘explique pas. Mais que faire avec des commentateurs qui prennent les orages du Sinaï pour une scène

fantasmagorique arrangée par Moïse, la colonne de lumière ; conduisant le peuple au désert, pour une torche portée par des éclaireurs ; enfin, le séjour de Jonas dans le ventre d’ um a

. monstre marin, pour la disparition d'un prophète au sein

de quelque hôtellerie portant le nom de Baleine? Encore une 4 fois que faire avec de tels profanateurs de la vérité scriptu- 4 raire? Rien, sinon conclure, pour la millième fois, que - “ l'esprit fort c’est l'esprit faible. ‘ 21

J’atteste, d’ailleurs, contre le rationalisme du jour celui Ê ; du temps de Jésus-Christ. Alors, comme aujourd’hui, ily avait des incrédules, et si tolérants qu’ils firent mourir le Sauveur en haine de sa doctrine. Mais ces incrédules, con- (

temporains et témoins oculaires des faits évangéliques, n’en

niaient pas le caractère surnaturel. Seulement, ils Pimpu-

taient à Béelzébud, c’est-à-dire que ne pouvant les contester 4

sx

410 comme miracles, ils les attribuaient au démon plutôt 2 1 . qu'à Dieu. De son côté, le Talmud de Jérusalem les confesse +4 5e implicitement en déclarant que Jésus avait dérobé dans le ‘à #3 temple la puissance du nom de Jéhovah. Enfin, les philoso-

à pe phes païens eux-mêmes en conviennent, puisque Celse, .

Porphyre, Hiéroclès, Julien l’Apostat, les mettent au compte 4 de la magie et Su sciences occultès. Après cela, de quel 4

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BAÎTS PRIVITIES, #

roit vient-on, à si longue distance, cen‘redire des juges

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si désintéressés, si rapprochés de l'événement, si sceptiques

et si éclairés ?

J'atteste avec les ennemis les indifférents. Il y en avait

par millions, autour et au loin de Jérusalem, qui pouvaient

. faire la distinction dont on s’avise aujourd’hui, et qui n’y

songèrent jamais, parce qu’elle était inadmissible à leurs 1 yeux. Pendant dix ans qüe les apôtres prêéchèrent en Palesve tine, sur le théâtre de la mort de Jésus, parmi les hommes À les plus intéressés à le voir convaincu d’imposture, com- - ment se fait-il qu’il n’ait pas surgi une contestation contre ses prodiges conforme à l’exégèse rationaliste? Comment se fait-il que Quadratus, missionnaire des temps apostoliques, ait pu écrire sans être démenti: « Les miracles de Notre- « Sauveur étaient vrais ; les malades guéris et les morts « ressuscités par lui n’ont pas été vus seulement au mo- « ment de leur guérison ou de leur résurrection, mais ils « sont restés dans le pays pendant le temps que le Sauveur « a passé sur la terre; et ils ont vécu longtemps après son . départ, et quelques-uns même ont prolongé leur carrière « jusqu’à notre époque (1). » Ce qui veut dire que Quadratus put les voir dans sa jeunesse. Enfin, comment se fait-il : que des auteurs païens parlent ouvertement et-sans atté- 4 nuation rationaliste des miracles rapportés par l'Évangile ? Chalcidius, philosophe platonicien du troisième siécle, fait allusion à l'étoile et à l’adoration des mages (2). Phlégon, affranchi d’Adrien, mentionne, nous l'avons vu, le tremblement de terre et l'éclipse extraordinaire survenus à la mort

POTTT D TP Der à PONS er Pe,

UT SN CS et EN =

(1) Euseb ist. eccl. IV. c. TT.

(2) Histoire des Olympiades 13° ct 14e livres,

Le

de Jésus. Le même auleur raconte les prophéties du Sauveur |

et leur accomplissement, surtout la ruine de Jérusalem (1). Thallus, auteur grec du premier siècle, est d'accord avec Plégon pour attester que l’année dix-huitième du règne de Tibère des ténèbres subites se produisirent au milieu du jour. Au troisième siècle, les archives romaines renfermaient. encore la relation de la vie, des miracles et de la mort de Jésus-Christ envoyée à l’empereur par Pilate; si bien que Justin, T'ertullien, et d’autres apologistes en appelaient à ce témoignage dans leurs discussions avec les païens ; ajoutons que, d’après Tertullien et Eusèbe, Tibère fut si frappé du récit de Pilate qu'il proposa au sénat de reconnaitre ce que l’exègêse rationaliste nie : l’action surnaturelle de Jésus en le mettant au nombre des dieux.

Et, depuis, pourquoi Alexandre-Sévère, au rapport de Lampide, adorait-il Jésus tous les matins ? Pourquoi Adrien veut-il lui restituer l’apothéose que Tibère ne put lui faire obtenir, à cause d’une protestation contraire de Séjan? Pourquoi l'historien Josèphe iui-même donna-t-il à Jésus le nom de thaumaturge? N'est-ce point, surtout, à cause de la marque surhumaine de sa carrière et de la vérité historique de cette marque, car si celle-ci eùt été douteuse, pense-t-on qu’un témoignage à la fois si voisin et si disséminé, partant si peu capable, soit d'illusion, soit de collusion, se fût mis au service d’une telle cause ?

Après les ennemis et les indifférents, j'invoque les amis. Le christianisme primitif en à compté de grands par l'intelligence, els que cette multitude de prêtres juifs qui, d’après

(1) Art. de vérif, les dat. Préface,

exhalant l'infection, ou un simple léthargique réveillé pa x . Ie contact de l'air dans son tombeau ; entre la multiplication de pains opérée par un thaumaturge, ou un simple partage

È de provisions fait sur l'herbe, de riches à pauvres; en un mot, entre les assertions évangéliques et les gratuites vul- Bu qu'on leur substitue. Est-on bien venu à traiter de Û superstitions des témoignages si autorisés ? et cela, sur de | Si superstitieuses imaginations ?

= Mais, parmi les.amis du christianisme, ‘uve,calégorie nn mérite créance particulière contre l'exégèse rationaliste, je - veux parler des martyrs. Ils l'ont été pour affirmer l’histoire 4 évangélique telle que nous la croyons, non telle que la critique la fait. Ce sont les miracles que nous éliminons : c’est pour les miracles qu'ils ont versé leur sang. Non, saint

Pierre n’est pas mort pour confesser un Messie dont la À puissance l’aurait fait simplement marcher au bord de l’eau,

comme l'interprète Paulus ; seul, un Maître capable d’affermir la haute mer sous les pieds del’apôtre méritait un telacte de foi de sa part. Saint Thomas n’est pas mort pour un crucifié, qui, au dire des rationalistes, n'aurait été que légèrement blessé sur la croix et qui se serait frauduleusement guéri par des soins occultes ; il faut la mort réelle de Jésus et la perk. manence de ses plaies pour expliquer la fin sanglante du dis- ‘ ciple incrédule. Saint Jean n’est pas mort pour attester qu’il vit des linges blancs près d’un sépulcre, comme le veulent

les utopistes de Germanie: il dut voir de véritables anges

près d’un tombeau vide, puisqu'il a signé cette déposition

de son sang. Enfin, saint Paul n’est pas mort dans le but de certifier qu'il aperçut tomber la foudre sur le chemin de Damas : la voix de Jésus est indispensable au milieu de cette scène pour que la vie et le trépas du Docteur des nations ne soient pas une énigme. Ainsi, le miraculeux dans la cause est nécessaire si l’on veut la maintenir en proportion avec ses effets : et supprimez le surnaturel de l’histoire chrétienne, ceux qui l’on crue jusqu’à la mort sont des fous ; car on donne sa parole pour les vérités naturelles, on ne donne son sang que pour les vérités divines. Avouons qu’en prètant à des témoins si intéressés à bien regarder et si capables de bien voir une méprise si peu raisonnable, on sacrifie sa propre raison.

Contre ce bon sens exégétique qu’allèguent ceux qui dénient aux faits évangéliques tout caractère miracuieux ? Que les miracles ne sont pas possibles. Ce qui permet de nier l’évidence sans avoir la peine d’en fournir la preuve. Or, comme nous avons surabondamment démontré que le miracle peut être opéré, qu’il peut être constaté, qu’il peut être discerné, renvoyons ici le lecteur à notre chapitre sur . la réalité du surnaturel, et ne le fatiguons pas de la répétition des mêmes choses. Il suffit, pour le moment, de mettre en lumière que lorsque la critique essaye d’ébranler nos certitudes historiques, elle fait de la sophistique, non de l’histoire.

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Après avoir réfuté ceux qui ne reconnaissent pas que les faits évangéliques soient des prodiges, que répondre à ceux

SES KAÎTS PRIMITIFS. 465

qui ne conviennent pas même que les prodiges en question soient des faits? Peu de chose, parce que, dès l’instant que la réalité surnaturelle de ces faits est admise, il n’est pas besoin d'établir leur réalité historique, la seconde étant essentiellement renfermée dans la première. Cependant, nous croyons plus victorieux de démolir l’'échafaudage des mythologues que de montrer qu’il n’a pas de fondements.

Et, d’abord, quels sont les critères de cette théorie? 1° Les faits doivent être tenus pour des mythes quand ils sont contraires à l'expérience journalière et merveilleux. C'est toujours la chose à prouver mise à la place de la preuve. Mais, évidemment, le merveilleux d’un récit n’implique nullement sa fausseté, si le merveilleux et le récit sont également certifiés; et ce qui établit, du reste, qu'on peut distinguer entre le merveilleux prouvé et un autre inadmissible, et qu’il n’est pas facile au second de se faire passer pour le premier, c’est la distance obvie, incommensurable, qui restera toujours, pour un lecteur, sensé entre les quatre Évangiles canoniques et les aprocryphes.

2° Les faits d’une narration sont symboliques quand ils se contredisent entre eux. Que s’il s’agit de contradictions substantielles, inconciliables, on pourrait souscrire à cette règle; mais, entre les récits évangéliques, il y a des variantes plutôt que des oppositions, et la pierre de touche que Strauss leur fait subir porte à faux. Qu'on ouvre un livre de concordance évangélique, on s’en convaincra à la première page.

3° Si la narration est poétique et le narrateur enthousiaste. Autre mesure d'appréciation purement arbitraire. On peut avoir raison et dire vrai d’une manière poétique;

au contraire, on peut divaguer en froides spéculations. Il y a un enthousiasme qui égare la raison, il y en a un autre qu’elle provoque. Celui qui anime certains discours de Bossuet serait-il une présomption contre leur vérité? et, loin d'exclure le bon sens, n’en est-il pas l’extase? D'autre part, l’histoire des croisades et de la conquête de l'Amérique serait-elle moins vraie parce qu’elle est poétique? Enfin, pour en arriver aux Évangiles, y a-t-il de l’enthousiasme dans des pages écrites avec une impassibilité telle qu'on pourrait douter si elles sont d’un ami ou d’un ennemi de Jésus? Y a-t-il de la poésie dans un récit qui est peut-être le plus simple qui soit sorti de la plume des hommes ? Et s’il conserve de la poésie quand même, n'est-ce point celle qui ressort de la splendeur du vrai, non celle que produisent les prismes de l’imagination? Voilà donc une troisième base de mythisme posée en l'air.

49 Si la narration est en rapport avec certaines opinions répandues, et semble être l'expression de ces opinions enveloppées de la forme des faits. Évidemment ceci revient à dire que l’idée messianique ayant cours avant l'Évangile, les évangélistes n’ont fait que mettre cette idée en relief par un drame saisissant; mais outre que l’idée messianique n'était pas un mythe et qu’elle n’était pas reçue chez tous les peuples qui ont embrassé l'Évangile, le Christ diffère du tout au tout du Messie attendu par les Juifs ; ce qui prouve qu'il n’est pas et ne put ètre une incarnation symbolique des espérances de sa natiou.

D'ailleurs, qu'est-ce que le mythe? Un agrégat de circonstances fabuleuses recouvrant un germe imperceptiblement historique, quand ce germe n’est pas fabuleux lui-

D nee

que. Straus évuite à une de de cent DS ans. don L à Du ci a es la plus peus] les Érengiies ou

| reconnus pour canoniques nous SMRERES pes près Me l’âge du Christ (1). » Comment ces textes ont-ils pu donner É un corps aux symboles avant que les symboles eussent le 2 temps de se former? .

Évidemment, il faut tourmenter les faits et la raison pour préférer les garanties de cette interprétation à celles de l’histoire évangélique. Au reste, un système qui repousse ! a priori la possibilité du surnaturel, et qui, pour le mienx anéantir, nie la valeur de la relation des sens, du témoi- | gnage humain et de la certitude historique appliquée à cet … ordre de phénomènes, ce système est suborneur par rapport ee ES à l'esprit, corrupteur par rapport à la vérité et un misé- <- . rable instrument de pyrrhonisme. HT

Mais, pour faire resplendir la vérité du récit évangélique, il y à mieux que de ruiner les théories qui l’attaquent, c'est de montrer sa conformité avec l’histoire. Après les”

e. recherches minutieuses sur ce point, on revient forcément

à cette banalité qui résume la question : « Les faits de É. Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que É À ceux de Jésus-Christ. » hs

(1) Renan, ZZist, crit, de Jésus.

Les faits de Socrate, en effet, sont-ils garantis, comme ceux de Jésus, par huit écrivains contemporains, dont six, Mathieu, Jean, Pierre, Paul, Jacques, Jude, ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains ce qu’ils annoncent ; dont deux, Marc et Luc, furent disciples des disciples de Jésus ; dont plusieurs poussent la sincérité jusqu’à convenir de leurs lâchetés et de leurs fautes; dont tous meurent en confirmation de leur parole, et cela au risque d’être flétris dans le présent et dans l’avenir s’ils ne sont pas sincères ?

Les faits de Socrate ont-ils subi la vérification de trois sociétés intéressées à les contrôler, comme le judaïsme, le paganisme, le christianisme ont discuté les faits de Jésus? Ont-ils eu la place publique pour théâtre, des multitudes innombrables pour témoins, des passions effrayantes pour adversaires, le monde pour conquête, des sacrifices incalculables pour résultat ? Et il serait fait de toutes ces évidences l’abstraction la plus arbitraire, au moyen d’un système qui n’a que des chimères pour soutien? Non, le véritable mythe sera toujours le mythisme lui-même, et l’histoire évangélique demeurera la réalité inébranlée et inébranlable.

Certes, ce ne sont pas des mythes chrétiens que Chalcidius, le platonicien, s’est proposé de consacrer en mentionnant l'étoile de l’Épiphanie, ni Macrobe en racontant le massacre des Innocents, ni Phlégon en donnant place, dans le récit desa deux cent deuxième olympiade, à l’éclipse et au tremblement de terre du jour de la Passion ; ni Adrien en proposant d'élever un temple à Jésus, ni l’univers entier en échangeant des mœurs dissolues contre le culte d’une croix : cela n'est point admissible, surtout quand les mythes sont proposés par des ignorants tels que les apôtres et

acceptés par des néophytes tels que J ustin, Tertullien, Cyprien, Origène! surtout, quand les mythes ne sont pas destinés, comme ceux de la Grèce, à égayer l'imagination des peuples, mais s'imposent à titre d'histoire, et prétendent être examinés, crus et confessés comme des faits.

Sans doute, on à relevé quelques particularités, d’explication plus ou moins difficile, contre la vérité des récits sacrés. Tantôt c’est le recensement de Quirinus, tantôt c’est l’an XV de Tibère, tantôt c’est l’Abilène de Lisanias qui font le thème de ces arguties. Mais Les livres spéciaux donnent ample satisfaction à toutes les curiosités et à toutes les exigences de la critique à cet égard; l'harmonie des Évangiles est établie sur toute la ligne, et quand on a parcouru le cercle entier de cette discussion, on devient si difficile en matière de preuves, dit M. H. Wallon, qu’on serait tenté de ne plus croire à rien. qu’au Nouveau Testament.

Et, pour éluder la vérité historique, qu’on ne dise plus : les Évangiles prophétisent la ruine de Jérusalem, donc ils sont apocryphes ou antidatés, parce qu’il ne peut y avoir de prophétie ; c’est ou la naïveté ou le cynisme de la négation substitués à la logique. N'est-ce point là, en effet, escamoter la conclusion plutôt que la déduire, surtout quand on vient d'écrire cet aveu : « Produits fpurs du christianisme pales- « tinien, pleins du sentiment vif et direct de Jérusalem, les « Évangiles sont un écho vraiment immédiat des bruits de « la première génération chrétienne (1). » Or, la couleur de la première génération chrétienne n’autorise-t-elle pas mille fois plutôt à croire que les Évangiles, — au moins les

(1) Renan, ZJist, crit, de Jésus.

trois premiers, —ayant précédé la ruine de Jérusalem l'ont annoncée, qu’à supposer gratuitement l'insertion posthume de la ruine de Jérusalem, dans les Évangiles, pour avoir un prétexte de les metttre en suspicion. Mais que ne croit-on pas, pour échapper à l'obligation de croire ?

11 ést une Confirmation de la vérité évangélique, non moins décisive que ce témoignage de l'Histoire proprement dit, c’est celle qui se tire de l’ethnographie, de la numisma= tique et de la géographie.

L’ethnogrophie sera plus tard invoquée à l'appui de la Bible, en général; interrogeons-la sur les Évangiles, en particulier. Plus un écrivain est rapproché de l’époque dont il parle, plus il peint exactement et au vif; au contraire, plus il s’en éloigne, plus il devient vague et indéterminé dans ses lignes. Un historien mythologue, touchant à l’organisation politique, sociale et religieuse, à la vie privée et à la vie politique d’un peuple, est exposé à mille confusions E d’abord, parce qu'il vient quand le souvenir de l'événement à pu s’altérer ; ensuite, parce que cette altératiou entre dans la logique de son système qui subordonne l'exposition des faits à l'expression d'une idée,

Eh bien! pas la moindre trace de ces altérations dans les Évañgiles. Il ont une couleur locale si accentuée, et ils font une description si précise, si minutieuse du premier siècle qu’il est impossible de les. rapporter à la fin du deuxième. Qu'on examine l’état social ét civil du pays où vivait Jésus, qu'on étudie les personnages historiques de la Palestine à cette époque , qu’on rapproche ces données des livres historiques du Nouveau Testament, on découvrira un accord de

témoignages incompatible avec l'hypothèse d’une composition mythologiste. Certainement, les historiens de Jésus ont été ses contemporains, Ils parlent de la division du royaume d’'Hérode en monarchie et en tétrarchies. Ils nous montrent Archélaüs régnant en Judée après Hérode, son père; puis, tout à coup, sous la quinzième année de Tibère, ils font ap= paraître Ponce-Pilate, lequel, en effet, remplaça Archélaüs détrôné et exilé dans les Gaules, Ils nomment les gouverneurs contemporains de Ponce-Pilate, tels qu'Hérode-Antipas, téirarque de Galilée, accusé par saint Jean-Baptiste de vivre avec la femme de son frère Philippe, qui était, de son côté, tétrarque d’Iturée, Ils font connaître les loisciviles en vigueur parmi les Juifs au temps de Jésus-Christ, la soumission de la Judée aux Romains, les impôts prélevés par ces derniers, leur homologation requise pour que les sentences de la synagogue fussent exécutoires, l’impatience des enfants d'Abraham contre la domination étrangère, leurs idées grossières sur le Messie attendu, les traits caractéristiques des pharisiens, secte orgueilleuse et formaliste ; des saducéens, secte matérialiste etignorante; des samaritains, qui représentérent d’abord unsimpleschisme et plustarfd une véritable apostasie,

Or, cés particularités, si variées et si explicites, sont d'une conformité remarquable avec les depositions de l’histoire profane, « À mesure qu’on entre dans le détail des opinions, des habitudes et des mœurs propres à cette période, on se convaine, de plus en plus, que les auteurs de nos Évangiles ont passé leurs jours au milieu des faits qu’ils racontent (4), » Un historien postérieur, en effet, fût néces-

(1) Hug. Zhtrod.

sairement tombé dans quelques inexactitudes, en retraçant la physionomie mobile d’un État qui, dans une courte période, passa par des régimes si divers et subit des révolutions si radicales. D'où il suit que les Évangiles ne sont pas une collection de traditions vagues et flottantes, ni les Évangélistes des écrivains fantaisistes écrivant, après coup, des apologues pour de l’histoire. Des méprises sans nombre auraient bientôt trahi un récit de cette provenance, tandis qu’il n’y à pas, dans ces pages, un seul anachronisme, un seul Coup de pinceau inexact, une seule anomalie capable de projeter de l'ombre sur leur vérité.

Autre épreuve pour contrôler la certitude des faits évangéliques : les dépositions de la numismatique. Les monnaies, soit par leur effigie, soit par leur nom ou leur valeur, soit par leur système ou leur forme, contribuent beaucoup à fixer les dates et les événements synchroniques du temps où elles furent frappées. Mais cette connaissance exige des études spéciales et approfondies, car rien n’est plus changeant que les formes monétaires ; ainsi, un écrivain de ce siècle ne saurait parler des pièces d'argent qui n’ont pas Cours depuis deux cents ans, sans accuser, par ses inexac- : titudes ou ses ignorances, son origine postérieure. Or, sous ce rapport, les Évangiles se signalent par une précision et une rigueur tellement inattaquables, qu’ils ne peuvent avoir été écrits longtemps après les événements qu’ils racontent. Dans ce temps, il y avait en Palestine de la monnaie grecque, de la monnaie romaïhe et de la monnaie juive. C’est en cetle dernière que chaque Israélite devait payer le tribut au temple; voila pourquoi il y avait des changeurs ou Nummulari sous les portiques de la maison de Dieu. Les

évangélistes savent tout cela, et ils indiquent les rapports proportionnels entre les diverses monnaies, comme, certainement, des historiens d’un autre âge n’eussent pu le faire. - Ils donnent à entendre que les impôts antérieurs à la domination des Césars, la capitation, par exemple, se percevaient, en monnaie grecque (1), l'impôt versé au trésor du temple en monnaie nationale (2), les sommes consacrées aux transactions commerciales et aux affaires civiles en monnaie . romaine (3). Tout cela est absolument conforme aux indications fournies par l’historien Josèphe.

Particularité remarquable ! Après la ruine de Jérusalem, les Juifs soumis jusqu'alors au cens, c’est-à-dire à un denier par tête, devinrent tributaires de l'impôt commun. Imaginez un auteur écrivant sous l’empire de cette loi, non de la première, comme il lui était facile d’oublier celle-ci et, partant, de n’y point faire d’allusion. Mais les évangélistes, qui ont tous vécu et dont trois ont écrit avant le sac de la ville sainte, mentionnent en termes formels ces différentes sources du revenu public au temps de Jésus. Preuve évidente de leur fidélité historique, car un auteur du deuxième - siècle, écrivant une légende, aurait eu la fantaisie de parler du sicle, du gherah, du hazzi et autres monnaies juives, décelant ainsi sa fraude aux yeux des numismates (4).

Reste une dernière pierre de touche pour apprécier la vérité d’un document historique, ce sont les données de la géographie. La guerre, les perturbations politiques, Pacti-

() Marc, x1t, 42; Luc, XXI. 2.

(2) Matth. xxVI, 25.

(3) Matth. x, 29; xx, 2; xIV, 5; Luc., XII, 6; Joan., VI, 7; XII, D, (4) Les Hvangiles et la critique.

vité humaine changent souvent la topographie d’un pays, et plus cette fluctuation géographique se fait sentir sous le choc des événements, plus un auteur écrivant après ces événements est exposé à tomber dans l'erreur.

Or, les évangélistes sont contraints par les nécessités de leur narration à de très-nombreux détails géographiques. . Ils nomment les villes, les villages, les cours d’eau, les lacs, les montagnes de la Galilée, de la Samarie et de la Judée. Ils déterminent la distance d’un lieu à un autre, ils donnent le tracé des routes qui sillonnaient là Palestine, et tout cela avec une éxactitude qui ne se dément pas. De grands travaux ont été accomplis pour contrôler les Evan: giles au point de vue de la géographie. On a consulté le Talmud, Philon, Josèphe et d'anciens monuments ; la confrontation des tableaux topographiques contenus dans ces sources, avec ceux que fournit l'Évangile, a mis dans le plus grand jour la vérité de ces derniers.

Aussi Claike, après avoir parcouru la Palestine, écrit : « La description géographique des Livres sacrés, comparée aux monuments, surpasse toute attente, » Il est remarquable que Strabon, Quinte-Curce, Virgile, Tite-Live, Philostrate ont commis de graves erreurs en décrivant les pays qu'ils n'avaient pas vus. Si nos évangélistes avaient écrit en dehors de la contrée et de l’époque dont ils sont les historiens, et s’ils n'avaient fait, à cet égard, que collationner les récits légendaires épars dans les différentes commünautés chrétiennes , quelles méprises grossières n'auraient-ils pas commises! Dans cette hypothèse, rien n’eût été plus difficile que de tracer un tableau de l’état juif après sa ruine, Les nombreux changements qui la précédè-

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rent, l’horrible catastrophe qui bouleversa si profondément

Jérusalem et ses environs, les transformations qui donnèrent à ce pays une physionomie nouvelle, tout cela mettait “presque un écrivain postérieur dans l'impossibilité d’être fidèle. Ajoutez que, sous Adrien, on détruisit de fond en comble neuf cent quatre-vingt-cinq villages et cinquante places plus considérables, et jugez ensuite quelle eût été la tache d’un écrivain voulant, sous Antonin, représenter la Judée telle qu’elle était sous Tibère.

La Palestine, dit Cellerier, voyait alors sa physionomie souvent modifiée. Séjour de trois peuples, différents de . mœurs et de langage, les Hébreux, les Hellénistes, les Romains, elle en recevait la triple empreinte, Tour à tour prise par Pompée, opprimée par Hérode, désolée par Titus et presque anéantie par Adrien, elle changeait chaque jour d'aspect et de lois, ainsi que d’habitants et d’oppresseurs, Comment un faussaire, à la distance où les mythologues limaginent, se serait-il tiré de ce dédale et aurait-il su retrouver les noms, les mots, les dates d’un temps entièrement évanouis, car, à l’époque de cette prétendue rédaction, la nationalité juive était anéantie? Donc, évidemment, les évangélistes ont été des témoins oculaires, car les recherches les plus minutieuses et les plus malveillantes n’ont pu prendre leur exactitude en défaut, ét cette exactitude leur eût été impossible s'ils n'avaient point certfié de visu tout le récit qu’ils ont signé (1).

Outre les garanties de l’histoire, de l’ethnologie, de la numismatique et de la géographie, la vérité du récit évan-

(1) M, l'abbé Vilmain, #tude critique sur les Brangiles.

gélique en possède une cinquième tirée de l’intégrité des. textes sacrés. Si ces textes, en effet, sont tels que l’inspiration primitive les a produits, le travail d’additions suCcCes=. sives et d’adultération que suppose le mythisme est imaginaire, et le mythisme lui-même est condamné.

L’intégrité du livre le plus copié qui fût jamais ne doit pas s'entendre dans un sens absolu, mais seulement quant à la substance des choses importantes, soit relativement au dogme, soit pour la morale. Cette intégrité est la seule qu’il soit raisonnable d'attendre, car l’infaillibilité, qui à été” accordée aux auteurs sacrés, ne pouvait s'étendre à tous leurs copistes et à tous leurs traducteurs. Autaut vaudrait ; exiger de la Providence qu’elle préserve les saints Livres des “ incendies, des inondations, de la vétusté et des mille accidents : qui les peuvent détruire. Évidemment, il suffit à son dessein « que leur intégrité morale soit maintenue, et que, ni le temps, ni les hommes ne puissent rien contre cette suprême garantie de la vérité au milieu du monde. Or, telle est la conser- | vation des textes évangéliques et, partant, la certitude des. faits qu’ils racontent, car la seconde dérive de la première. «

Les mythologues s’accommoderaient volontiers de cette * explication de M. Renan: Pendant cent cinquante ans après Jésus, la parole était tout, les Évangiles comptaient pour très-peu ; « on se prètait ces petits livrets ; chacun trans- « crivait à la marge de son exemplaire les mots, les para- à boles qu’il trouvait ailleurs et qui le touchaient. La plus : belle chose du monde est ainsi sortie d’une élaboration obscure et complétement populaire (2). »

(2) Vie de Jésus, Introduction.

SES FAITS PRIMITIFS. k77

Mais est-ce ainsi qu'a été écrite Phistoire évangélique? La vigilance perpétuelle de l'Eglise ne permet pas de l'admettre, et cette vigilance date du premier siècle. Saint Jean, en terminant son Apocalypse, menaçait des châtiments les plus terribles quiconque oserait ajouter à son livre ou y | retrancher. Saint Justin déclarait qu’altérer les Écritures » était un crime plus grand que celui d’adorer le veau d’or. Denys de Corinthe, vers l'an 170, appelait les téméraires capables de cette falsification des apôtres de Satan : tous les Pères, acoutumés à dirimer les controverses, d’après ces textes vénérés, en gardent la lettre avec un soin jaloux. Tertullien et saint Épiphane sélèvent contre Marcion parce qu'il avait mutilé l'Évangile de saint Luc pour les besoins de sa cause. Enfin, les chrétiens sont formés à un tel respect pour les saints Livres que plusieurs martyrs versent leur sang, en Afrique, plutôt que de les livrer au proconsul. Mais, de quel droit l'Église aurait-elle condamné les outrages des hérétiques contre l'Écriture, si elle en avait commis de pareils de son côté ? Le supposer, n'est-ce pas une contradiction dans les termes, puisque c'était alors se séparer de l'Église que de toucher aux textes sacrés. L'unité de composition dans les Évangiles est encore la marque indubitable de leur intégrité; ils n’ont pas seulement un caractère d'originalité dans le fond, ils l’ont jusque dans leur style : style imparfait, incorrect, plein d’hébraïsmes, ployant le mot à des emplois, à des combinaisons que les classiques n’ont jamais connus. Style, d’ailleurs, qui décèle clairement la plume d’un Juif écrivant le grec. Maïs, après les temps apostoliques, les Juifs ne sont plus nombreux dans l'Église. Tous ceux qui écrivent sont Grecs. Cela

178 ee CERTAINES DE LA VRAIE RELIGION.

étant, les faux évangélistes, que les mythologues supposént à la place des véritables, eussent-ils renié la pureté helléni= | que pour adopter un langage à demi barbare ? Aussi, en présence de ces faits, tous les critiques qui optent pour l'opinion des remaniements successifs sont obligés de les faire remonter au temps apostolique, c’est-à-dire quand les témoins oculaires abondaïent et rendaient impossible l’altération de cette vénérable histoire.

L'état des manuscrits est aussi une preuve matérielle contre toutes les hypothèses défavorables à la vérité que nous défendons. On suppose, au détriment des Évangiles, une chose véritablement inouïe dans l’histoire de la littérature, des copistes altérant impunément, à leur gré, le texte qu'ils ont à reproduire ! Est-ce que l’on a jamais contesté. pour le même motif, les œuvres d'Hérodote, de Platon et de Cicéron?" Est-ce que celles-ci, cependant, n’ont pas été mille fois moins protégées contre les faussaires que les Évangiles, puisqu'ils : comptaient autant de gardiens vigilants qu’il y avait d’évê- è ques et de fidèles dans l'Église? Mais supposons, contre toute vraisemblance, que la transcription des textes sacrés a été l’objet d’une fraude sans contrôle et sans frein, chaque copiste ayant un droit égal, le fexte altéré dans une première copie pourra l’être encore dans la suivante, et les x divergences s’accroissant à mesure qu’on s’éloignera des l'origine, avant la fin du deuxième siècle on aura autant d'ouvrages divers qu'il existera de manuscrits, Or, à cette époque, les quatre Évangiles existaient dans une forme par-" faitement arrêtée et reçue. Dira-t-on que ce fut l'effet d'une convention? Mais où en est la preuve? où en est même la

: possibilité ? Sans doute, un texte que l’on suppose avoir été si diversement interpolé dans les copies ne dut pas être ramené à son unité actuelle sans concert; mais ce concert, comment l’admettre, alors que tant de sectes intéressées à le dénoncer n’en disent pas un mot.

D'ailleurs, le concert étant admis, comment aurait-on perdu jusqu'au dernier de ces exemplaires rejetés pour faire place au texte actuel? Les copies des Evangiles étaient fort nombreuses à la fin du deuxième siècle. En évaluant, comme le fait Norton, d’après Gibbon, la population du monde romain à 120 millions d’àmes, et les chrétiens à la quarantième partie, si l’on compte seulement un exemplaire de la Bible par mille chrétiens, on est obligé d’en supposer 3,009 copies. Et pas une de ces copies n’aurait été retrouvée? Et cette proscription imaginaire, prononcée à la fin du deuxième siècle contre tous les textes non reçus, les aurait fait disparaître, même chez les dissidents ?

Non, la vérité est qu’il y avait des manuscrits au temps d'Origène, ayant souffert par la faute des copistes. Mais un travail de collation entre le texte pur et ces copies parut facile à ce docteur, ce qui ne l’eût pas été dans l'hypothèse d’une corruption ancienne et générale, telle que la Supposent les mythologues. C’est pourquoi Origène nota les variantes, signala les fautes, et les fautes n'étaient pas plus graves, ni les variantes plus nombreuses que celles des manuscrits ordinaires, Le temps, beaucoup plus long, qui s'est écoulé depuis Origène, tout en multipliant avec les transcriptions les chances d'erreurs, n’a pas compromis dayantage l'intégrité de la narration sacrée. Lorsque le docteur Mill, après trente ans consacrés à comparer les

manuscrits du Nouveau Testament, publia ses trente mille « variantes, il y eut un moment d’étonnement et de crainte; pourtant, il n'y avait là rien que de très-naturel, car Bentley a compté jusqu'à vingt mille variantes dans Térence ; n’en compte-t-on pas plus plus de dix mille dans la traduction officielle de l’Église anglicane, quoique les imprimeurs soient, en général, plus exacts que les copistes? ” Les variantes, d’ailleurs, doivent se peser plutôt que se compter. Or, de toutes celles qui ont été signalées, une dizaine, tout au plus, ont une certaine portée relativement au dogme, et aucune n’en a par rapport à l’histoire évangélique. N'est-ce point la preuve que l'Évangile nous fut transmis vierge de toutes les interpolations imaginées par l’exégèse mythologiste (1) ?

Mais ces conclusions tirées de l’état des manuscrits se confirment par l’étude des traductions antiques. Plusieurs nous donnent l’état du texte original pour une époque anté-= rieure à nos plus anciennes copies ; or, les versions syria= que, copte, arménienne, qui ont précédé celle de saint Jérôme, attestent l'identité primitive des Évangiles tels que nous les connaissons.

Il ya une autre source d'arguments qui nous est plus accessible : je veux parler des citations des Pères. Il est vrai qu'ils citent souvent de mémoire et ne doivent pas être invoqués à l'appui de cette thèse sans quelque circonspection ; mais, en tenant Compte de ces incorrections, il y à une grande force dans la preuve suivante : « Parcourez,

() H. Wallon, De la croyance due aux Évangiles.

SES FAÏTS PRIMITIFS. 481

« dirons-nous à la critique négative, parcourez les écrits « innombrables des Pères de l'Église, qui, dans leurs com- « mentaires, dans leurs traités dogmatiques, dans leurs « homélies ont transcrit en quelque sorte le Nouveau Tes- « tament tout entier. Vous y retrouverez le sens et presque « toujours les paroles mêmes de nos Livres saints ; en « sorte que si, par impossible, ces Livres venaient à dis- « paraître tout à coup, il serait aisé de les refaire en « rassemblant les citations éparses. dans les auteurs ecclé- « siastiques. Preuve démonstrative de l'intégrité constante « des livres du Nouveau Testament, puisqu'il eu résulte « que nos exemplaires actuels sont parfaitement conformes « à ceux de la plus haute antiquité (1). »

Enfin, étayons l’intégrité de nos saints Livres par l’argument classique qui à été fait en faveur de leur authenticité. À quelle époque leur falsification historique? Au siècle des apôtres ou après? Au siècle des apôtres, c'était trop tôt, car les apôtres ou les hommes apostoliques auraient protesté, et la postérité chrétienne en aurait su quelque chose. Après le siècle des apôtres, c'était trop tard, car alors les textes sacrés étaient aux mains de toutes les sectes, traduits dans toutes les langues, lus dans toutes les familles ; il était impossible de les retirer tous de la circulation pour les altérer collectivement; et, d'autre part, l’altération n’eût servi de rien si elle n’eût pas été collective. Ajoutons que les jalousies de l’orthodoxie comme celles du préjugé chrétien lui-mème étaient de connivence pour

(1) Duvoisin. Démonstrativns évangéliques.

veiller sur ce dépôt sacré. Au quatrième siècle, l’évêque Spiridion s'étant aperçu qu’un autre nommé Tryphillus, dans son sermon, changeait un mot de l’Écriture par vaine délicatesse de rhéteur, Spiridion, indigné, lui demanda s'il se croyait plus habile que le Saint-Esprit, et il sortit en signe de protestation, Sozomène parle d’une sorte d’émeute populaire, occasionnée un jour par la prédication d’un évêque qui s'était permis la même altération que Tryphillus. Enfin, saint Jérôme entreprit sa traduction de l'Écriture avec une véritable frayeur des cris qu’allait pousser contre lui le peuple passionné pour l'antique ver-

sion des Septante, Frayeur si bien justifiée, d’ailleurs, que

pendant de longues années la lecture de la Vulgate provoqua des troubles dans les Églises à cause de ses divergences avec les traductions précédentes que la multitude avait apprises par cœur. Il faut donc convenir que des textes aimés, gardés et défendus avec tant d’ombrage, ne pouvaient être impunément et clandestinement défigurés.

Terminons cette démonstration de la vérité historique du Nouveau-Testament par la réponse à une objection connue, réponse, du reste, qui a l'autorité d’une preuve. Il y a eu des Évangiles apocryphes, dit-on, et reconnus pour tels par l'Église elle-même. Pourquoi les Evangiles canoniques jouiraient-ils d’un plus grand crédit? Quelle autorité

ont-ils de plus que les autres, soit dans l’ordre historique, .

soit dans l’ordre surnaturel ?

Il y a eu des Évangiles apocryphes, donc tous doivent passer pour tels, cela revient à dire : il y à des erreurs, donc il n’y a pas de vérité: comme si les contrefaçons

A rase"

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