PATES
À rod bu VI, par exemple, n n'ait pas déteint sur l'intégrité virginale de la vérité commise à sa garde, et que «le Bullaire de ce monstre, comme dit quelque part M, de … Maistre, soit #mpeccable! » Il ne faut pas croire que ce con- | traste n'ait pas servi à fortifier la foi dans d'excellents esprits. Montaigne nous parle d’un observateur qui «estant « allé à Rome pour y admirer la sanctimonie de nos mœurs, « et y voyant la dissolution des prélats et peuple de ce ie « temps-là, s’establit d'autant plus fort en nostre religion, a | « considérant combien elle devait avoir de force et de = divinité à maintenir sa splendeur en des mains si vi-
« cieuses (1). »
: A Dieu ne plaise que je réduise cette thèse à une question de personnes et que, mettant en parallèle catholiques et dis-
È sidents, je gratifie les uns de toutes les vertus, les autres de
tous les vices. Je sais'qu’il y à, parmi fes hérétiques et les
” schismatiques de bonne foi, des frères marqués du signe
de la grandeur évangélique et de la beauté du Christ. Ce.
2 à serait injustice de les méconnaître, et cruauté sacrilége de 4 perdre ceux que Dieu a résolu de sauver. Il s’agit donc dos
comparer ici, dans l’Eglise et hors de l'Eglise, non les per-
@) Liv. II, chap. XII.
sonnes de notre connaissance, mais les institutions ellesmêmes. |
Si nous jugeons les institutions sur le témoignage de ceux. qui les ont vu naître et grandir, nous avons de bonnes raisons pour n’accorder qu'une médiocre estime à la sainteté de l'hérésie et du schisme. « La réformation, dit Erasme, semble n’avoir d'autre but que de transformer en épouseurs et épouseuses les moines et les nonnes. C’est ainsi qu’ils se sacrifient! » Depuis, Fits William a été très-bien fondé à écrire : « Le passage de l'Eglise à une secte est trop sou- « vent par le chemin des vices, tandis que celui d’une secte « à l'Eglise est toujours par le chemin des vertus. » Et ces résultats ne sauraient nous surprendre, quand on entend un auteur hérétique oser pousser ce cri : « Jamais, peutêtre, le monde ne vit, dans un même siècle, une collection de misérables tels que Luther, Calvin, Zwingle, Bèze et autres célèbres réformateurs. Tous, de l’aveu même de leurs propres sectateurs, étaient diffamés pour les vices les plus honteux. Le seul point de doctrine sur lequel ils fussent d'accord était l’inutilité des bonnes œuvres (1). »S'ilest vrai qu’il n’y a dans l'effet que ce qui est dans la cause, il faut convenir que de tels fondateurs ne pouvaient guère communiquer la sainteté à leur fondation.
Quant à la sainteté du schisme, ses œuvres vont nous dira ce qu’il en‘ faut penser. Sans doute il a, de plus que l’hérésie, une certaine intégrité de doctrine et la possession de tous les sacrements pour développer la moralité dans les àmes; mais, comme l’hérésie, il a un sacerdoce marié,
(1) Cobbett. Hist, de la réf. prot.
ravaux et des vertus ne En hors Ge: ce creuset . 1e cette RE les âmes sont vouées à Fe médiocrité ; Fe
aa envers Dieu, se change en une sorte d’ honnêteté. ï la on . PS Dar v ne ou.
0e tout ce que l’on peut imaginer de . extrême dans la simplicité des croyances oi dans la fantaisie des ne. sANES 4 | bauches OES Mer. . Seule, l'Eglise catholique demeure donc la véritable école : 4 de la moralité suréminente. De même qu’il y à un premier Le 4 degré dans la grandeur morale, où l’on ne s'élève que par * Je- christianisme, il y en à un second où l’on ne monte pas sans la vertu des influences catholiques ; et nous n’exposons pas une thèse mystique, nous faisons parler les faits es plus incontestables, en montrant que notre Eglise a,
dans son tempérament, des éléments divins, partant une | supériorité vraiment miraculeuse sur les autres, sous le "apport de la pureté de son origine, des moyens régénéra- É teurs qu’elle emploie, et des vertus qu’elle obtient.
- () Ruscol,
De l’origine sainte du catholicisme, rien à dire, puisqu’elle n’a besoin, ni d’être connue, ni d'être justifiée. Les souvenirs de Jésus et de son côté transpercé d’où est sortie l'Eglise, du cénacle où elle a germé, de la Pentecôte où elle a paru en place publique, des quatre premiers siècles où elle s’est épanouie, sont un idéal si accompli de pureté morale, qu’il est impossible à une institution de sortir d’un plus noble berceau. Au contraire, serait-ce médire du schisme, de proclamer qu’il est réfuté par la honte de ses commencements? Non, que ses adeptes ne se fassent point illusion ; si Henri VIIT avait été chaste, si Photius et Michel Cérularius n'avaient pas été ambitieux, enfin si deux ou trois villes en Europe n'avaient pas eu des prétentions de capitale religieuse, tous les schismatiques du jour seraient encore catholiques. Ils sont donc nés des passions, non de la sainteté de leurs fondateurs, et quand ils portent des traces de sainteté en eux-mêmes, ce n’est que parce que les descendants valent mieux que les aïeux, et les schismatiques que le schisme. |
D'autre part, serait-ce médire du protestantisme de le tenir pour jugé sur les exemples de ses auteurs? Ici, je n’abuserai pas de mes avantages. Silence sur la continence de Luther! silence sur la mansuétude de Calvin, de peur que la justice de ma parole ne ressemble à un sentiment passionné, Mais, enfin, faut-il bien le dire avec Fré-
‘a nine à de principes simples, nous verrons que ç a. de. 4 « pour l'Allemagne l'intérêt, pour l'Angleterre l'amour, : 4 pour la France la nouveauté. » Faut-il bien le dire avec le protestant Bucer : la grande majorité de ceux qui ont embrassé le protestantisme ne s’est proposée que de se sous- traire à l’autorité du Pape et des évêques, de s ‘affranchir des vœux de religion, et d'échanger, contre une foi gênante, F un symbole qui nie la nécessité de la pénitence. Enfin, 4 faut-il bien le dire avec Luther lui-même : «Il y en a beau- « coup qui sont de bons évangélistes, uniquement parce 4 « qu’il reste encore des monastères offrant des terres et des
« vases sacrés à piller (1). » | Comme tout cela ressemble peu à nos commencements! % Les quatre premiers siècles de l’Église catholique sont un apogée sublime de pureté et de magnanimité devant lequel : l'humanité s’inclinera toujours avec respect; au contraire, - de tous les siècles de la réforme, le premier est certainement le plus honteux. Quelle différence entre le vrai christianisme dans ses catacombes, et le christianisme de Calvin durant | son ère d’enfantement et de combats! Sans chercher à ravi- ver des passions endormies, ni à justifier aucun excès com- 4 mis, même dans l'intérêt de la vérité, qui oserait comparer . - nos vrais martyrs à ces soldats de Jean de Leyde et de Muncer prêchant la tolérance quand ils sont les plus faibles, l’extermination quand ils sont les plus forts? Qui oserait is à nos modèles primitifs, ces moines réfractaires, » qui, ne Ps supporter les freins du catholicisme, le
MC :(1) Matthesius XII dissert,
reniaient par incontinence, sauf à publier qu'ils ne $e débauchaient que par excès de vertu. Ce fut toujours le pharisaïsme des apostats de la chasteté de la nier en l’abannant, et de mettre en suspicion la sincérité de ceux qui les accusent par leurs sacrifices, comme s’il suffisait de déchoir avec effronterie pour usurper les gloires de l’innocence, et comme si, pour l'honneur de ces parjures cyniques, il fallait voir dans toute innocence une dégradation qui n’a pas la franchise de l’aveu!
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Quant aux moyens sanctificateurs employés par le catholicisme, et éliminés ou altérés par les dissidents, il serait, difficile de les faire connaître ici avec détail sans sortir de notre cadre; contentons-nous de les résumer.
Quelle preuve de la sainteté de l'Église que sa sincérité doctrinale! Comme elle est immaculée dans sa foi une société qui en respecte à ce point les formules : plutôt que de retrancher un mot de Son symbole, celui qui exprime la . Consubstantialité du Verbe, elle a consenti à: perdre les innombrables adhérents des sectes ariennes. Plutôt que de transiger sur la Procession du Saint-Esprit, elle sacrifia ses plus anciennes conquêtes: de l’Orient. Plutôt que d’attenter à l’indissolubilité d’un sacrement, elle subit la vengeance d'Henri VIII et la désertion de l'Angleterre. Enfin, plutôt que de sanctionner, sans restriction, les principes de 89, elle affronte le Choc de tous les préjugés modernes coalisés contre:
norte do. er que se v règle de foi la Que mi , dit; qu’ on écoute les libéraux de Ja gauche, MM. Colani, Fontanès, Coquerel, Martin Peschoud, Pécaut, afficher un. naturalisme tel qu’on ne voudrait pas d'eux pour profes-
: seurs de philosophie dans des colléges; ensuite, qu’on se > rappelle, cependant, que ceux-ci maintiennent des cérémo-
__ nies nuptiales et funéraires, c’est-à-dire une foule de prati-
3 ques surnaturelles, sans croire au surnaturel, uniquement
pour ne point sacrifier leurs intérêts et leur titre officiel, 4 et que T on me dise dans quelle Église brille davantage l’hons nêteté des convictions!
‘Quelle preuve de la sainteté de l’ Église que sa pureté doc- (trinalel! Pour en bien juger, rién de mieux que de la compa- - . * rer. Tout le protestantisme ne peut-il pas se résumer en ce % programme théologique : « Tu croiras ce que tu voudras, tu
È « feras ce que tu croiras? » —« Ses ministres, dit J.-J. Rois ë « seau, ne savent plus ce qu’ils croient, ni ce qu’ils veulent, «ni ce qu’ils disent; on ne sait pas même ce qu'ils int.
' : « semblant de croire, l'intérêt seul décide de leur foi (1). »
de leurs vœux, pour Le prêtres du célibat, pour lai I : de l’abstinence, des jeûnes, de la confession, des œt
biens ecclésiastiques, et un appel à bien d’autres mauv
passions, en vertu de cette EU de son principe Fe
« Tout ce que nous voulons est saint. + En effet, à la rigidité de notre ne et à sa vert: moralisante, qu'a subtitué la réforme? Le dogme du ser arbitre, qui est une sorte de blanc-seing donné par avance + tous les crimes ; la doctrine de la justification par la fo sans les œuvres, qui est la ruine de tout effort moral; ‘enfin, la foi en la prédestination, qui humilie les âmes sous le joug de la fatalité et qui détruit en même temps l'espérance de. l’homme et la bonté de Dieu. Aussi, je ne süis point étonné si le rationalisme impie s’est écrié, avec cette sorte de faire qui caractérise l'instinct de la haine comme celui de la bête fauve : « Pour déchristianiser l’Europe, il faut la pro- « testantiser. Les sectes protestantes sont les mille port
«ouvertes pour sortir du christianisme (1). »
sur
b « des sacrements, est la religion qui obtient le plus de sacri-
«gura, vient après, et le protestantisme, qui en renia ‘az Ë s plus grande partie, s’avance beaucoup plus bas sur les - «chemins de la vraie moralité.
1 «au relàchement des catholiques méridionaux; j'ai posé le P. « parallèle dans ces conditions, à passions égales. Or, at-il NO « égalité d’entrainements sous le ciel de la Sibérie et de « PAllemagne, ou sous les zones ardentes de l'Espagne et de
Le hérétiques si elles recevaient, sur leurs membres engour-
ne: « dis, les rayons de ce soleil qui fait bouillonner notre sang? « L'erreur a fui les pays difficiles à gouverner, sous le rap-
Ss
| 3 « port du tempérament, pour s'établir dans des régions où 4 « la froideur du ciel garde les mœurs à sa place; mais le D «€ jour où les sacrements, particulièrement la Pénitence et « l'Eucharistie, seraient abolis, soit au-delà des Alpes, soit
« du poison au reste de l’ Europe. » . Nous avons dit cela à propos des sacrements, en général,
« d’une telle vérité que cette échelle de en justifiée ; par l'histoire : le catholicisme, qui garde intact le dépôt à
L x fices de la volonté humaine; le schisme grec, qui les défi- n°
-« Et, ici, qu’ on n’oppose pas la moralité plus où moins
3 «Pltalie? Que deviendrait la pruderie tant vantée des nations :
«au-delà des Pyrénées, il s'exhalerait de nos tièdes climats ei « des miasmes si impurs que les vents du Midi jetteraient Ë
% « authentique de certaines populations russes et anglicanes 2 |
qui appartiennent au christianisme ; mais revendiquons surtout les fruits et l'honneur de cette vérité pour l'Église catholique, qui à conservé le dépôt des sacrements les plus moralisateurs : la Pénitence, l’Eucharistie, l'Ordre et le Mariage. Qu'on imagine, dans le même pays, à côté du catholicisme, une religion qui répudia cette confession, où l’on ne s’abaisse dans l'aveu que pour se relever dans le repentir ; qui abjura cette communion, par laquelle Dieu suscite au cœur des chrétiens émus de sa possession l’am= bition de toutes les vertus, qui autorise le divorce, qui fait êt défait les prêtres par délégation populaire; qu’on pratique l'expérience des deux cultes sur un nombre égal d’àmes, également bonnes ou mauvaises, il est impossible que la palme de la puissance sanctifiante ne soit pas adjugée au catholicisme. ù Le schisme, il est vrai, conserva d’une manière nominale les moyens d'épuration morale propres au catholicisme. Mais, en Angleterre, il ne tarda point à les altérer; et, sous les dômes des églises grecques, il ne les administre plus qu'avec le bon plaisir de César. De cette façon, la force matérielle empoisonne les sources de la gràce sacramentelle ; la sainteté de celle-ci à été viciée par. une immixtion corruptrice, et les pasteurs ayant cessé d’être légitimes, les paturages perdent leur salubrité, Au reste, il était juste que ce sacerdoce, exerçant en vertu d’une autorisation impériale,
n'eût que l’action d’un fonctionnaire, non celle d’un envoyé du Christ. ;
Quelle preuve de la sainteté de l'Église que la sainteté de ses influences! L'Église est relativement immaculée dans
S, hi a -dix hote soient An au a s saints et trente-trois au nombre des martyrs, enfin dont 3 es pertes elles-mêmes attestent la pureté, en ce sens que Mérésie a pu écrire : « Le Done” est Féssnes au.
= D ineistonc pas sur l'action du de l'Église; ce. 3 Horaire faire injure à la mémoire de nos contemporains. Us : ont entendu le Te Deum de cinquante canonisations, dans à ce Te Deum en marbre qui s'appelle Saint-Pierre de Rome, : - et si Pie IX est entouré dans les cieux de tous les bienheu- & reux qu ’il couronna, la- gloire de son règne éternel promet 3 des compensations à sa royauté temporelle dépouillée et sa- 7 | turée de douleurs.
; Et cette sainteté de l’Église est si absolue, qu’elle Sa é même là où VPÉglise ne paraît pas, et qu’elle absorbe toutes ie Jes autres saintetés de la terre. De même que hors de TÉglise : ‘4 il n’y a point de salut, hors de l’Église il west point dayan- it | tage de ces vertus surnaturelles qui méritent le salut : tout ce qui entre au ciel doit sortir de ce creuset préparatoire, se Let ceci n'est point une exigence arbitraire. Ou bien les dis- “4 sidents pratiquent la vertu avec des entètements coupables 1) contre la vérité, et alors Dieu ne doit aucune récompense à des efforts dont il n’est point le vrai mobile; ou bien les | dissidents sont fidèles à toute leur conscience, et dans un “ état d’irréprochable bonne foi, et alors ils appartiennent à (
l'âme de l'Église; de telle sorte qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de faire un bien surnaturel en dehors de ce sein maternel, que l'Église est, à la fois, la source et le réservoir de toute sainteté terrestre, et que si, par impossible, elle venait à disparaître, le monde disparaîtrait avec elle, parce que le monde sans l'Église serait abominable aux yeux de Dieu.
Les effets de la sainteté et de la sanctification catholique sont trop nombreux pour être aisément classés. Cependant ne semble-t-il pas qu’ils sont, à peu près, résumés par ces trois types du sacrifice évangélique impossibles ou diminués en dehors du vrai christianisme : le Prêtre, le Religieux, le « 2 Martyr.
Le prêtre est, chez nous, une victime d'office commise par l’Onction sainte à tous les postes difficiles de l’Église, et, quelquefois, de la patrie. C’est un être voué à qui l’Église dit en le sacrant : J'acquiers ta vie et j’arrhe ton sang pour le premier besoin public qui te réclamera. Va, passe comme un bienfaiteur à la peine parmi les iniquités du monde : vierge, sous tes sueurs fais croître des vierges ; saint, par ta parole, suscite d’autres saints. Ensuite, quoique toujours seul pour vivre et pour mourir, ne choisis un tombeau dans aucun lieu de cette terrè, car, de même que l’Ange enleva le prophète, je veux, à volonté, te pouvoir soulever du sol et te jeter, dans les cités ou dans les campagnes, dans les épidémies ou sur les échafauds, pour expirer en tel martyre
qui me plaira. Voilà le prêtre dans son idéale acception, et tel que le catholicisme l’a souvent produit.
Regardons, maintenant, à côté de nous. Qu'est-ce que le prètre dans l’hérésie? Un professeur de religion qui fait son - cours tous les huit jours, moyennant de riches honoraires; un homme qui monte en chaire pour enseigner, non les vertus héroïques et la folie de la croix, mais une sorte de . decorum évangélique ; enfin, un chef de famille qui, du superflu de sa prébende, pare une femme, dote des héritiers, et à qui trois siècles d’apostolat ne coûtèrent pas une goutte de sang. Qu'on ne prenne point ici mes gémissements pour des récriminations surannées. J’ai connu dans les rangs des sacerdoces queje juge des figures dignes de respect; mais les intentions les. plus respectables ne peuvent rien contre l’essence des choses. Or, l’essence des choses veut que lorsque le prêtre a perdu sa pureté de pontife, il soit incapable d’être noblement victime. Qui dit victime, en effet, dit le sacrifice de soi; et ce sacrifice, ne le demandez pas à un homme que l’on retient par des embrassements au foyer quand des pestiférés l’attendent à l'hôpital ; quine mourra pas en souriant parce que des orphelins pleureront autour de lui; enfin, qui n’a point la propriété entière de son sang, puisqu’il ne pourra pas donner son cœur, même en donnant sa vie.
Après cela, regardons encore le sacerdoce dans le schisme; mêmes abaissements avec aggravation de servitudes. En Russie, le saint-synode est opprimé par l’empereur; les évèques le sont par le saint-synode, le clergé inférieur par les évêques, dont on a comparé le joug à celui des planteurs. Là, les détails de l'éducation cléricale, dit un prêtre de cette
communion, épouvantent l'imagination. L’abrutissement 1 43
produit par les excès de la dépendance, par les besoins domestiques, par l’amour du lucre et par l’ivrognerie dans les rangs inférieurs de ce sacerdoce, sont à peine compréhensibles pour nous. En 1839, le saint-synode a compté, sur cent deux mille ecclésiastiques, cinq mille condamnations pour délits infamants. La maison des popes est devenue le scandale de la multitude par les discordes qui la déshonorent. Enfin, le clergé est tellement déchu en vertus chrétiennes et en dignité sociale, que le peuple lui-même rougit de l'amitié d’un prêtre, et serre avec répulsion ces mains sacrées qui portent l'Eucharistie et qui s'étendent sur la tête des hommes pour les bénir.
Et le schisme oriental conservera-t-il même le type de la sainteté sacerdotale? Non; s’il faut en croire les témoignages les plus irrécusables, ses patriarches achètent souvent leur dignité à force d'argent, et en recouvrent le prix à force d'impôts et de déprédations. La vénalité souille les sommets de cette hiérarchie ecclésiastique, l'ignorance les degrés inférieurs, et l’avilissement règne des degrés inférieurs aux sommets. Des gens qu’on a connus naguère matelots sur le port, apparaissent, tout à coup, docteurs en chaire ou prètres à l'autel. En un mot, la succession de saint Chrysostôme est échue à des renégats dégénérés, et les descendants des pontifes qui faisaient autrefois trembler les empereurs ; rampent aux pieds d’un pacha turc; tant il est certain que ce sacerdoce perdit, dans la séparation, avec ses bouches dor, ses hommes de génie et sa gloire, la sainteté qui les lui avait donnés (1).
() Voy. Dællinger, L'Eglise et les Églises : — Pitzipios, L'Église orieu: tale; — Besson, L' Œuvre de l'Homme» Dieu
Le religieux peut, après le prêtre, être considéré comme la mesure de la pureté d’une Eglise, parce qu’il représente dans son sacrifice trois vertus, qui sont l'essence de la perfection évangélique : la virginité, la pauvreté et l’obéissance volontaire.
La virginité est comme une incarnation de l’Ange dans l’homme, et une transfiguration de la matière qui semble créer des hiérarchies intermédiaires entre les habitants de la terre et ceux du ciel. Sainte poésie de la vertu qui en inspire le goût et le respect à la multitude, et qui conserve la moralité des peuples par ses émanations purifiantes, de même que certains aromes répandus dans une atmosphère en neutralisent la contagion ! Plaignons ceux qui ne connaissent pas cette majesté. Ils croient nous devancer, et ils reculent jusqu’au- dela du paganisme, car les empereurs romains, qui avaient foulé toutes les grandeurs de la terre sous les roues de leur char, l’arrêtaient pour laisser passer les vestales. Le christianisme unit encore, dans ses solitudes sacrées, une seconde vertu à celle-ci, l’obéissance par amour. Passez à l'hôpital; voyez à l’œuvre ces créatures si dépendantes qu’elles ont perdu leur nom de famille pour prendre, tantôt celui de l’Espérance, tantôt celui de la Miséricorde, tantôt celui de la Charité, et qui restent si peu à elles mêmes que tous les malheureux et tous les dégradés ont le droit de leur dire : Ma sœur; ensuite, la maïn sur le cœur, dites-moi s’il vous est possible de concevoir un plus noble esclavage. Enfin, une troisième vertu s'associe aux précédentes sous le joug sublime de la vocation religieuse; je veux parler de la pauvreté. Quelles que soient les difficultés de la chasteté et de l’ohéissance, peut-être l'humanité livrée à
elle-mème en ferait-elle l’essai, s’il était récompensé par la fortune. Mais des trappistes qui abandonnent des habits brodés pour la bure du cloitre; des frères de la Merci qui renoncent à leurs biens, de peur que les infirmes se souviennent qu'eux n’en ont pas; enfin, des servantes des pauvres qui, non contentes de quitter leur mère pour des étrangers couverts de plaies, épousent la pauvreté, afin de persuader qu’elle est aimable; tous ces aigles de la vie chrétienne, on ne les trouve pas auprès de la première chaire qui dogmatise, mais seulement auprès de l’autel catholique, là où il y a de la chair pour les nourrir. Ubi fuerit Corpus, illic congregabuntur et aquilæ (1).
Eh bien! que deviennent ces trois fleurons de la radieuse couronne qui se nomme le conseil évangélique, dans les monastères du schisme et de l’hérésie? En Russie, les couvents, ouverts pour les hommes à l’âge de quarante ans seulement, pour les femmes à cinquante, se composent de néophytes qui renoncent au monde après en avoir épuisé les plaisirs. Là, un supérieur, nommé d’autorité, fait exécuter les volontés du saint-synode et de l’empereur. Quarante francs de rente sont affectés à l’entretien de chaque cénobite, vingtquatre à l'entretien de chaque religieuse, et l’abaissement moral est tel, « qu’à l’exception du clergé séculier de Russie, il n’est point, dans la chrétienté, une race d'hommes plus misérable que les moines de ce pays. » En Orient, les déserts de la contemplation et de la mortification chrétienne se dépeuplent de plus en plus, et là où l’on respirait le parfum
virginal de la vie claustrale, s’exhale l'infection d’une im-
(1) Math, 24:28,
moralité moins digne de l'Évangile que de l’islamisme. Enfin, l’hérésie a fait disparaître les monastères, ne pouvant ni reproduire leurs exemples, ni en supporter le reproche; ou plutôt, je me trompe, l’hérésie a remplacé une communauté par l’autre. Vers l’an 1550, un moine et une religieuse défroqués, assis à un même foyer, revenaient tristement par la, pensée sur le chemin semé de sacriléges et d’apostasies qu'ils avaient parcouru. Luther disait à Catherine Bora, sa complice : — Catherine, ce beau ciel n’est pas fait pour nous. — Eh bien, maître, répondait celle-ci, il faut nous repentir. — Il est trop tard, ajouta l’hérésiarque, troublé à la vue des ruines qu'il avait entassées. Ainsi, la société des plaisirs impurs s'était substituée à celle des plaisirs sacrifiés, et le mariage bourrelé de remords vengeait les vœux de religion
profanés.
Le martyre est le troisième héroïsme de la sainteté chrétienne qui ne fleurit point en dehors du vrai christianisme. Rien de plus commun que le courage de donner son sang dans de certaines conditions. Mais quelle espèce sublime, inimitée, constitue, en ce genre, le martyre religieux ? Mourir l'épée à la main et en rendant les coups que l’on reçoit, en France c’est une valeur si répandue qu’on ne remarque que ceux qui n’en sont point capables. Mais mourir à front découvert et à bras désarmé, mourir d’un trépas cherché comme la fortune à l’autre extrémité de l'univers, mourir enfin avec bonheur, comme sainte Perpétue arrangeant ses cheveux dans le cirque de peur d’avoir l’air de tomber avec tristesse, ou comme d’autres martyrs embrassant leurs bourreaux en signe de remerciment, c’est la une attitude
devant la mort que le catholicisme a révélée au monde, et
dont jamais aucune secte n’a pu essayer le plagiat. Ici, je ne
m'arrête point à fournir la preuve : l'évidence ne se démontre pas. :
Or, l'évidence historique nous apprend que, lorsqu’il s’agit du témoignage par la mort, le protestantisme recule toujours. Sans doute, durant les guerres de religion, parfois il a tué, parfois on le lui a rendu; mais s’il a été tour à tour bourreau et victime, il n’a jamais été martyr. Il compte, dans Papostolat, des explorateurs et des touristes vaillants, non de sublimes combattants. Son missionnaire, soigneusement préservé du péril par une femme et par des enfants inquiets de sa santé, voyage pour la foi, mais ne la confesse point. Il est le commis-voyageur de l'Évangile, laissant à d’autres la gloire d'en être les apôtres. C’est ainsi que, pour punir la réforme d’avoir renié le sang de Jésus-Christ dans l’'Eucharistie, Jésus-Christ a tari le sang de la réforme. Toute négation déshonorée est confondue.
Et l’évidence historique nous montrerait-elle des martyrs dans le sein des Églises photienne ou moscovite? Nulle part on ne trouve un envoyé des patriarches schismatiques allant au-devant de la mort dans les missions étrangères : Là, les confesseurs ont fini avec l’apostolat héroïque. Les apôtres se conservent pour leur famille; ils se sacrifient pour les empereurs, mais ils n’abrégent jamais leurs jours pour Dieu, Aussi, on à beau fouiller dans les annales de la Russie séparaliste, on n’y découvre point de martyrs... Je me trompe, il y a des martyrs sous la tyrannique domination des CZArS ; mais C’est la Pologne qui les donne et c’est l’Église orthodoxe qui les fait, Entendez-vous ces cris plaintifs partis des
bords de la Vistule? C’est une nation catholique torturée
pour sa foi; pareille à sainte Catherine, elle a été obsédée
par les sophistes avant d’être déchirée par les bourreaux ;
mais les bourreaux de la politique ne se sont avancés
qu'avec la complicité des sophistes de la théologie moscovite, . et le sang versé par les uns est retombé sur les autres.