CHAPITRE VII
De l’âge que doit avoir la vraie Société * chrétienne.
La question des membres, de la tête, de la vie, de la forme, de la stature, du tempérament propres à l’organisme de l'Église a été résolue ; reste celle de son âge. À quelle époque la naissance de cette miraculeuse institution? Évidemment elle à l’apostolicité pour âge, car toute religion qui ne vient point se greffer, par une généalogie apostolique, sur Jésus-Christ lui-même, est nécessairement humaine d’origine et de constitution.
La liberté spirituelle est, par rapport à l'Église, sa preuve politique, l’unité est sa preuve organique, la catholicité sa preuve géographique, la sainteté sa preuve morale, et l’apostolicité sa preuve Chronologique. L’apostolicité telle
Le
que nous l’entendons ici est, dans une Église, la mission
d'enseigner la doctrine du Christ reçue des Apôtres, par une.
série non interrompue de pasteurs légitimes.
Le Sauveur ayant fondé son œuvre pour toujours, l'Église est comparable à un arbre généalogique immense dont
Jésus-Christ est le tronc, dont les douze Apôtres furent les branches maîtresses, dont les autres pasteurs sont les rameaux secondaires, mais dont l’ensemble ne vit que par la circulation de la séve divine. Par cette image, on comprend l'importance qu’a dans la succession apostolique, d'une Église, la série non interrompue des pasteurs légitimes. Si la série est interrompue, c’est une suspension de la séve vivifiante qui ne peut pas monter dans la branche coupée, et si le pasteur n’est pas légitime, il est lui-même la souche d’un arbre nouveau, non une branche de l'arbre divin. C’est ce qui inspirait à Bossuet cette noble comparaison : « Nulle « secte ne pourra remonter sans interruption à Jésus-Christ. « Les hérésies ne seront jamais de ces fleuves continus dont « l’origine féconde et inépuisable leur fournira toujours des « eaux. Elles ne sont que des torrents qui passent, qui vien- « nent comme d'eux-mêmes et qui se dessèchent comme ils « sont venus (1). »
Voici donc comment la question se pose entre la vérité et l’hérésie. Prenez la généalogie pastorale sur le siége de saint Pierre. Là, vous trouverez un illustre Pontife qui fut héritier de Grégoire XVI, qui le fut de Benoît XIV, qui le fut de Martin V, qui le fut d'Innocent III, qui le fut de saint Grégoire, qui le fut de saint Léon, qui le fut de saint Clément, qui le fut de saint Pierre, qui le fut de Dieu. De Pie IX à Jésus-Christ, sur un parcours de dix-huit siècles et sur une succession de deux cent cinquante-huit pontifes, le fil généalogique n’est pas un seul instant rompu, la série des pasteurs légitimes ne subit pas une solution de continuité.
(1) Znst, sur les promesses.
Et maintenant quelle est l’apostolicité de la mission dans les Eglises protestantes? Au synode de 1872 les calvinistes français ont arrêté leur constitution organique ainsi qu’il suit : Là paroisse sera régie par un conseil presbytéral qu’élira le suffrage universel ; au-dessus de la paroïsse, il y aura le consistoire qu'élira le conseil preshytéral; audessus du consistoire, il y aura le synode particulier choisi par le consistoire, et au-dessus du synode particulier, le synode général désigné par les suffrages de ce dernier. Le tout, pour subsister pendant trois ans; sauf à changer ensuite ce personnel et ces dispositions si l’on estime qu'il y ait lieu de remplacer par les laïques tous les pasteurs dont on ne sera pas content, et de varier les expériences autant que besoin sera dans une communauté indécise, où la divinité du Christ a été votée par les ministres à la majorité de soixante-deux voix contre trente-neuf.
Encore une fois, je le demande, que peut-il y avoir des Apôtres dans ce ministère évangélique improvisé au scrutin,
et qui n’a aucune relation originelle avec eux? Il importe.
néanmoins que le lecteur sache combien et pourquoi ceci est capital dans l'appréciation des titres d’une Église,
Que la véritable Église doive tirer son origine, par une succession continue d’engendrements spirituels, de la s0ciété même que fondèrent les Apôtres, c’est un point de sens commun éloquemment établi dans la page de Bossuet que je viens de citer : « Le caractère ineffaçable de toues les « sectes, dit-il, c’est qu’on leur marquera toujours leur € commencement et le point d'interruption par une date si « précise qu’elles ne pourront elles-mêmes le désavouer.