CHAPITRE VIII
De l’âge que doit atteindre la vraie Société Chrétienne.
Son àge dans le passé doit être l'apostolicité, son àge dans l'avenir doit être l’immortalité. Il n’est pas possible qu’une société qui reconnaît Jésus pour fondateur ne date point de Jésus-Christ lui-même; il n’est pas possible qu’une société destinée à porter des âmes à l'éternité n’y arrive point, semblable à un vaisseau avarié, qui sombre et perd ses passagers avant de toucher le port. Nous avons vu que le corps de l’Église ne pouvant être la personne continuée de Jésus-Christ, s’il y a la moindre intermittence entre son existence d'aujourd'hui et celle d’hier, doit se rattacher à Jésus-Christ par une participation non interrompue à sa séve; nous allons voir que le corps de l'Église, n'étant autre que le corps mystique de Jésus-Christ, ne peut évidemment périr, puisqu'il a été dit du Christ ressuscité qu’il ne meurt plus.
L'Église doit-elle vivre toujours? Cela ne peut faire question pour celui qui croit à ces paroles divines : Les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Voilà que je suis avec
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vous jusqu'à la consommation des siècles. Cela ne peut faire question pour celui qui connait l’économie surnaturelle en vertu de laquelle la mort est la conséquence et la punition du péché. Voici un frappant rapprochement qui s'impose à esprit. L'Église n’a point subi de déchéance originelle, en sorte que telles furent les gloires de Vhumanité à l’état d’innocence, telles sont les gloires de la chaste épouse du Christ dans sa pureté immaculée. Et de même que la chute, en Adam, fut cause, pour l’humanité, de l'ignorance, de la concupiscence et de la mort, de même l'Église, qui fut éxempte de toute souillure originelle, doit l'être de l'igno= rance par l'infaillibilité, du péché par l’incorruptibilité, et de la mort par l’immortalité.
Et, cependant, aux pieds de cette institution qui traverse les siècles avec une jeunesse inaltérable, il y a des vers de terre expirant par centaines de mille chaque jour, qui passent leur courte vie à lui annoncer qu’elle va mourir. Cette monomanie honteuse, pour des êtres éphémères, de prédire la mort de ce qui est immortel, est devenue la maladie d’un certain nombre de blasphémateurs. La loi tue quelquefois ses transgresseurs en effigie, la haine tue l’objet de ses exécrations en espérance. C’est ce qui explique pourquoi l'Église, qui est la plus durable des choses de ce monde, est cependant la plus menacée de finir par ceux qui redoutent qu’elle ne finisse pas.
Que le lecteur nous permette cette image par trop familière ; il y a une certaine catégorie de libres-penseurs qui se sont constitués, à outrance, les croque-morts des prochaines funérailles de l'Église. « ls lui creusent, depuis deux mille 6 aüs, une fosse qui, à chaque instant, devient la leur, et
où elle-même les enterre! Il nous semble voir ces insectes des bords de l’Hypanis qui vivent un jour, au rapport d’Aristote, et qui, mesurant l’univers à leur courte durée, s’annoncent entre eux, vers cinq heures du soir, que très-certainement la nature doit finir en peu de temps,