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et que le monde va disparaître en quelques centaines de
minutes (1). »
Et elle n’est pas de mode nouvelle, parmi les ennemis de l'Église, cette fausse communication de son décès. Voilà déjà quatorze cents ans que saint Augustin les a ainsi décrits : « Ils disent : Elle va mourir, et bientôt ella va dispa- « raître; il n’y aura plus de chrétiens, ils ont fait leur « temps; et pendant qu’ils disent cela, je les vois mourir « tous les jours, tandis que l’Église demeure toujours « debout annonçant la puissance de Dieu à toutes les géné- « rations (2). »
Il n’y a donc rien de plus usé que cet ensevelissement prématuré du catholicisme par des gens qui ne se portent pas si bien que lui. Toutes les sectes chrétiennes, depuis le gnosticisme, en ont prédit autant. La philosophie a répété les prophéties funèbres des fausses religions avec aussi peu de succès; les premières et la seconde ont reçu des événements et de l’apologétique des réfutations si éloquentes, qu'autant il est banal aujourd’hui de s’écrier : Le Christ est mort, autant il semble inutile de répondre : Le Christ une fois ressuscité ne meurt plus.
Cependant, il nous reste à produire ce dernier témoignage en faveur de l’Église, Son universalité dans la durée
(1) Noël et Lap,, t. I, cité par M, Aug, Nicolas, (2) Enarr, in Ps, LXX, 12,
DES 3e 692 DE L’AGE QUE DOIT APTEINDRE
west pas moins décisive que son étendue dans l’espace, car le temps est l'épreuve suprème d’une doctrine. Dieu étant éternel, plus une doctrine contient de vérité divine, plus elle est durable. C’est pourquoi, le catholicisme qui n’est pas seulement une vérité abstraite, mais qui est Dieu luimême uni à un organisme humain pour instruire à jamais les hommes ici-bas, doit avoir la perpétuité de Dieu. Chaque lecteur, en parcourant cette page, désirera pénétrer dans un lointain avenir pour bien s’assurer si l'Église
y fleurit encore. Qu'il pense à ce qu’auraient éprouvé les …
Apôtres, quand ils mouraient pour la perpétuité de l'Église sur une parole de leur maître, s’ils avaient vu les dix-huit cents ans de l'histoire du catholicisme qui sont placés sous notre regard! Nous avons donc une preuve de plus que nos pères, à l'appui de l’immortalité de l'Église : ils n’avaient que des promesses, nous avons des faits. Examinons ce double fondement de l’espérance catholique : 1° Les principaux faits qui établissent la vitalité de l’Église dans le passé; 2° les principales -promesses qui lui garantissent l'avenir.
Le jour de la consécration des Papes, l'Église fait brûler devant eux une poignée d’étoupes en leur disant : Sic transit gloria mundi. C’est ainsi, en effet, que passe la gloire des pilotes, mais il n’en est pas ainsi de la gloire du Vaisseau. Et certes, ceci n’est pas un vain espoir. Sans doute, quand,
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le jour de sa mise à flot, les Apôtres entendirent cette assurance : « Je suis avec vous jusqu’à la fin, » ils avaient, pour garantie, les miracles de Notre-Seigneur ; aujourd’hui, nous avons une durée de dix-huit siècles, qui est le plus grand de tous les miracles. Cet avenir, qui était l'épreuve des premiers temps, est notre preuve, et nous recueillons ce témoignage de la divinité du Christ inconnu à nos pères, qu’il opère davantage dans et par son Église, qu'il ne fit jadis par lui-même. Or, comme on l’a dit, il fallait être prophète pour faire de telles promesses, il fallait être Dieu pour les tenir. Mesurons l'immense autorité de cet argument.
Y a-t-il rien de plus éphémère, ici-bas, que les États et les doctrines? Les divers empires d’Assyrie ont duré à peu près deux cents ans, celui d'Alexandre la vie d’un homme, celui de Rome quatre siècles et demi. Socrate est détrôné par Platon, Platon par Épicure. Le sensualisme est remplacé par l’électisme, l’électisme par le panthéisme, celui-ci par le naturalisme. Au gnosticisme succède l’arianisme, à l’arianisme le pélagianisme, au pélagianisme le manichéisme vaudois, à celui-ei le protestantisme dont un jour l'histoire parlera comme d’une erreur tout aussi finie que
les précédentes : voila comment s’écroulent les œuvres des
hommes, qu’ils bâtissent avec des sceptres, qu’ils bâtissent avec des idées. Seule, une monarchie souffre, combat, voyage, perd du sang et même quelquefois des frontières : sans jamais finir!
Encore si elle avait des séductions au service de sa propagande ! Mais elle a pour dogmes des mystères effrayants, pour morale des vertus plus effrayantes encore, et pour
opposition les sept péchés capitaux. Encore si sa foi était soutenue par une invincible épée! Maïs ses souverains s’appellent ministres de paix ; quand on demande leur tête ils la donnent ‘docilement, et quatre seulement sont morts dans leur lit pendant une période de trois cents ans. Encore si sa marche était un triomphe continu; mais elle ne se sauve souvent que par ses défaites mêmes, parce qu’elles la remettent en contact avec le principe de son existence, l’humiliation et le martyre. De cette sorte, certains persécuteurs lui ont fait peut-être autant de bien que Constantin, car les persécutions, a-t-on dit, en battant les fondements de l'Église, ont découvert la main qui la porte. Rien, d’ailleurs, ne prouve mieux l'immortalité d’une institution que le privilége de toujours souffrir sans jamais mourir. Encore si elle avait la ressource des transactions aisées ou des concessions habiles! Mais n’allons pas croire que c’est parce qu’elle plie qu’elle ne rompt pas.
Voici une image saisissante de sa destinée. Un jour, Dioclétien fit appeler un officier chrétien de son palais pour lui demander une apostasie ; n’ayant pu l’obtenir, il le livra aux archers de Mauritanie qui le criblèrent de flèches, et le laissèrent pour mort sur le Palatin. Cependant, saint Irène, allant recueillir ces membres ensanglantés pour les ensevelir, s’aperçut qu’ils palpitaient encore, et, par des soins pieux, les rendit à la vie. Et quand vient le jour de sa guérison, quel est le premier usage que le martyr fera de ses forces? Il va se placer sur l'escalier du palais impérial pour apprendre à César que si sa cruauté n’est point satisfaite, la patience de Sébastien est prête à recommencer. Telle fut la vie de ce sublime soldat, telle est celle de l'Église. On la
prit en la voyant, par-dessus la poussière de ant de F3 révolutions, défier les portes éternelles avec une jeunesse S : que les coups ne peuvent atteindre, nous conviendrons que de . seule une société divine peut avoir le privilége de vivre “4 # autrement et plus longtemps que toutes les autres.
En effet, le Christ une fois ressuscité, dans son Église, ne meurt plus. Il allait mourir, disait-on, au temps d'Arius: | 4 car un jour le monde se trouva hérétique à son insu. L'Is-. É lam étant venu prêter main-forte aux sophistes, bientôt ; À V’Évangile, refoulé en Occident, perdit toutes ses premières à ‘* conquêtes en Orient, et d'innombrables évêchés dans cette . seule Afrique toute remplie des grands souvenirs de saint 3 a Cyprien et de saint Augustin. Mais les hérésies grondent 2
comme les torrents et passent de même. Dieu, qui anéantit la génération dans les monstres, la limite dans les ennemis , | de sa vérité. Aussi, bientôt l’arianisme fut détruit, le crois- sant amoindri, et, aujourd’hui, voilà que l'Église d'Afrique ï ; elle-même a vu les palmes de son martyre reverdir. rate FE Église avait vécu, disait-on, au temps des albigeois, Ces “ revenants Be manichéisme, de concert avec les imfdèles, |
{) Montalembert,
avaient versé au cœur des populations fanatisées le mépris et la haine de l'autorité papale. Les Souverains Pontifes étaient bafoués, dans leur propre troupeau, par les princes de la féodalité et par les simples campagnards. Le signal d’une révolte formidable était donné, tout le Midi en armes s’apprêtait à inonder la chrétienté de ses erreurs et à la couvrir de ruines. Mais tout à coup deux milices spirituelles s'étant levées, attaquèrent l’hérésie sur le terrain de la persuasion, pendant que les guerriers du Nord la harcelaient par la force; elles bâtirent des digues infranchissables audevant de cette invasion de boue et de sang qui menaçait de submerger l'Église, et l'héritage divin fut miraculeusement sauvé.
L'Église avait vécu, disait-on, un siècle et demi plus tard. La papauté, parvenue à son apogée, vit une réaction terri- : ble se déclarer contre sa puissance. Un despote implacable et cauteleux, servi par des hommes d’épée et des hommes de loi sans scrupule, Philippe le Bel, commença cette révolution sacrilége. Un Français renouvela l’ignoble injure de Malchus sur le visage auguste du Vicaire de Jésus-Christ. Le plus fier des Pontifes, souffleté et proscrit, mourut fou de douleur et d’effroi. Cependant, le siége papal est transféré à Avignon, et le grand schisme d'Occident éclate. Les papes d'Italie et ceux de France se renvoient les anathèmes ; la foi des peuples et celle des saints eux-mêmes se partage en plusieurs obédiences; les hérésies donnent la main au schisme pour désoler les consciences; la nuit était profonde sur tous les horizons de l'Église, et le péril plus grand encore qu’à l’époque de la croisade contre les albigeois..…. Mais le Concile de Constance est convoqué, et Dieu repre-
nant ses avantages sur ce chaos semble dire au monde : Hommes de foi, pourquoi avez-vous douté? Aux premières sessions de cette réunion, la catholicité se sent sauvée par une miraculeuse intervention, et l’Église est bientôt rendue à l’unité sous la houlette glorieuse de Martin V.
L'Église avait vécu, disait-on, au temps de Luther; la parole de l’hérésiarque, pareille à une trainée de poudre, avait allumé l'incendie des Pyrénées à l’Islande, et de la Finlande jusqu'aux Alpes. En quarante années elle avait conquis les neuf dixièmes de l’Allemagne, les deux tiers de l’Autriche et des minorités formidables dans tous les pays. À cette vue, des ignorants désertaient le catholicisme, comme on fait de la voûte de ces vieux temples qui vont s’écrouler ; et la réforme chantait, ainsi qu'une bacchante en délire, sur les ruines de l'Eglise désolée par l’apostasie : Elle est tombée cette Babylone si belle, elle est tombée! Cecidit Babylon, cecidit Babylon ! Mais bientôt l'Eglise monte sur les vaisseaux de Colomb pour répondre aux sophismes de Luther; elle fait la conquête de l'Amérique pour se dédommager de ses pertes dans notre hémisphère ; et, revenant au milieu de l’Europe troublée par la tourmente, elle, peut lui dire : Moi, je n’ai, ni démoralisé les peuples, ni débauché des royautés félones, comme l’hérésie, pour me faire ouvrir les portes des empires, et cependant je gagne des mondes quand on me ravit quelques provinces. Chrétiens de peu de foi, sachez-le donc, ma vérité change de place, mais elle ne finit pas; mon Christ voyage, mais il est immortel. à
Sans doute, la victoire n’est pas complète, puisque le protestantisme affecte encore, dans certains pays, des airs
dominateurs ; mais ce scandale finira. Il faut que les peuples hérétiques ou schismatiques soient devenus entièrement rationalistes pour faire leur abjuration. Il en est des peuples comme des individus. Les hérétiques ne se convertissent pas, je l’ai dit, parce que, croyant quelque chose, s'ils sont hors de la vérité, ils ne sont pas hors de la nature. Les rationalistes s’amendent, au contraire, parce qu’il y à en eux le sens de la foi qui souffre comme celui de la vue quand il est privé de son objet, et que, par là, ils sont à la fois en insurrection contre leurs besoins et contre Dieu. C’est dire que j'attends, dans un temps plus ou moins éloigné, l’acte d’abjuration de l’Angleterre et de la Russie, quoiqu'il semble un rêve de nos mystiques espérances. J'aime à féliciter, par avance, le cœur de notre Mère l’Église d’une si grande joie, et, si je l’osais, je demanderais à Dieu pourquoi il ne nous rendrait pas témoins de cette fête sublime, en dédomma- . gement de tant de spectacles honteux ou désolants auxquels il nous à fallu assister.
Enfin, le catholicisme avait vécu, disait-on, à l’époque de la révolution française : un demi-siècle de conspirations * philosophiques avait tramé sa mort. Quatre constitutions l'avaient renié, quatre assemblées l'avaient déclaré criminel d'État, dix ans de persécution avaient fait couler son sang, les septembriseurs avaient dansé sur sa tombe, les sages de l’époque avaient enregistré son dernier soupir. Mais, le jour de Pâques 1802, une foule immense remplissait les grandes nefs de Notre-Dame de Paris. Là, on voyait, d’un côté, des conventionnels qui priaient ; de l’autre, des génél'aux qui baissaient la tête; auprès, vingt évêques qui revenaient de l'exil; sur une estrade, le Premier Consul, nou-