‹ Le bon vieux tempsChapitre 12 sur 26 · ÛNB EPOQUE DE TRANSITION · texte numérisé non relu

ÛNB EPOQUE DE TRANSITION

peler différence ; cela se nomme opposition.

De Tune à l'autre époque le passage est interrompu. Il n'y a point de pont. Nos libertés ac* tuelles, l'indépendance de l'individu — émancipation radicale — ont coupé net le fil del'histoire. Un autre esprit, antagoniste déclaré de la tradition latine, a fait invasion. Cet esprit nous défend d'accroître ou de perfectionner l'unité latine, il nous ordonne de la diminuer.

Mais ce revirement soudain, auquel nous devons un si brusque changement de front, encore un coup d'où vient-il?

La Révolution française ne saurait tout expliquer. Avant cette Révolution, sur un autre terrain, une autre transformation s'était accomplie. Le réveil religieux qui commence avec Edwards

en Amérique pour continuer au moyen de Whît^ field et de Wesley en Angleterre, aTSît profondément remué les deux.pays destina à réaliser

la liberté par rÉrangile. P&ît remarquable et trop peu remarqué : à dater de Jésus-Cbrist^ les grandes époques historiques, toutes, sans exception, débutent et se ferment par un mouvement de la foi.

L'avènement de TÉvangile ouvre le monde moderne, il clôt l'antiquité.

La Réforme ouvre Faneien régime, ellecIM le moyen âge.

Le Réveil ouvre les temps actuels; il clôt ler^ime ancien : avant lui, c'est autrefois ; après* lui, c'est aujourd'hui.

La date du temps actuel peut slodiq.uer diversement.

UNB àPOQVE ]>B TRANSITION . 143

^ date politique, c'est 89 ; sa date philosophique, c'est le xvm* siècle ; sa date religieuse, ^'est le Héveil. Au fait, notre temps n'a pas d'autre ère. Ne cherchez pas ailleure que dans les profondeurs de Tàme humaine, ces ferments divins qui régénèrent l'humanité.

Quelques esprits — Tocqueville appartient à «ceux-là — - prétendent que la transformation se fierait fort bien opérée toute seule ; qu'on pouvait passer de l'ancien régime au régime actuel £aas rintervention d'un principe moteur.

Je demande en vain à l'histoire quelqu'un de ces changements opérés tout seuls. Elle me montre l'Islamisme, qui cherche à se transformer et qui n'y parvient pas; elle me montre l'Angleterre, q^ n'a passé du pouvoir absolu

des Tador aux libertés constitutionnelles, que par le fait de FÉvanjçile retrouvé , menant après lui la révolution de seize cent quatrevingt-huit I

Qu'on fût parvenu chez nous à progresser dans le sens du génie latin, qu'on eût partout égalisé, partout nivelé, la chose est possible ; nreis remonter les courants, mais aller contre le génie latin, mais saisir les libertés de l'individu, j'en défie, àmoinsde recourirau pouvoircréateurd'un agent nouveau.L'ancien régime avait certes commencé l'œuvre de nivellement, notre Révolution ne pouvait réussir dans les faits qu'à la condition d'être, en partie, accomplie dans les idées. Le code civil se formait, on aurait tôt ou tard obtenu l'égalité devant la loi, l'égalité devant l'impôt ; l'administration se seraitfaite ; quant au

Page 1