CE QU^A DONNE LA BIBLE
la vraie réforme pénètre la nation, les pariements prennent leur rôle au sérieux.
Charles l* ra se heurter contre une chambre *des communes peuplée de Puritains. Deux eniiiemis lui ont déclaré la guerre : l'Érangile et la iiberté. Il essaye de combattre l'Évangile au moyen de Laud. Il essaye de renverser la H- .berté en suspendant le parlement. Cette suspen- :Sion dura dix ans. Mais l'Ëvangile et la liberté Jurent plus forts que Charles l**.
Après la République, après le protectorat de ♦Cromwell, les Stuart restaurés se virent aux .prises avec un vrai parlement qui résistait, qui .faisait ses conditions, qui posait la base du nouveau régime en restreignant à une seule année, ipour la première fois, la votation des impôts.
Devant cette puissance du parlement, Jac*
ques II succomba. Le Bill des droits vint couronner la révolution de seize cent quatre-vingt-huit.
Le parlement du Bill des droits , c'est autre chose que le parlement des Tudor !
Le parlement du Bill des droits, c'est autre chose que le parlement de Jean-Sans-Terre ! — passez-moi la réflexion.
Lorsque Tocqueville revenait des États-Unis ; lorsqu'il en rapportait, comme un trésor, la plus précieuse découverte politique des temps modernes ; lorsqu'il annonçait à la France étonnée que de l'autre côté des mers il avait rencontré ce prodige : la liberté alliée à la religion ! Tocqueville n'avait aperçu, Tocqueville n'avait compris qu'une portion de la vérité.
Pour être entièrement dans le vrai, voici ce
CB qu'a donnjs la bible 157
qu'il eût fallu dire : j'ai rencontré la religion, mère de la liberté !
Mais notre vieux monde, habitué depuis des siècles avoir la religion opprimer la liberté, n'aurait pascru Tocqueville.
Le moyen âge et l'ancien régime nous offrentils un autre spectacle que l'oppression prolongée de la liberté par la religion ? Les Églises d'État fondées par la Réforme ont-elles été moins empressées que l'Église romaine à servir le pouvoir absolu ? Pour arriver à l'indépendance, ne semble-t-il point nécessaire de passer par l'incrédulité ? N'est-ce point en répudiant toute religion, que le'Xvm" siècle nous a dotés du mouvement libérateur de quatre-vingt-neuf?
Eh bien non ! L'incrédulité n'est pas , Dieu merci, le chemin de la liberté! Regardez l'Ame-
<rique , ee pays, le pins libre qui soit au monde ! Ses libertés n'ont pas d'autre origine que la foi -de ses fondateurs.
Un paurre naTîre, la Fk^r-de-Mai^ traverse €n 1620 TAtlantique pour jeter Tancre, au mois <le noTembre, Ters la plage déserte de la nouvelle Plisioulb.
Us sont là eent deiix exilés, bommes, femmes et enfants^ I>e leur patrie qui les bannit et qui Jes persécute, fls n'ont emporté que ceci : la ^Parole de Dieu.
Yoyez-les sur le rivage, tous i genoux ! Avaut <le prendre terre, 3s viennent de signer un contrat ijA vaut mieux que le contrat social^ ils vien- >nent de ^oclamer une charte qui vaut mieux que les chartes tes plus acclamées aux jours les plus solennels f
CE qu'a donne la BIBIiE 159
Ils vieiment d'asseoir sur le roc biblique les fondations d'un gouTemement de liberté.
Et jamais, depuis ce moment, les États-Unis n'ont dévié des bases posées par les premiers pèlerins.
Tout s'explique lorsqu'on se rappelle ce qu'étaient ces gens-là. Fermes serviteurs de Dieu, libres par conséquent vis-à-vis des puissances humaines. Esclaves de la vérité, par conséquent indépendants. Ils n'ont point d'autre maître que Jésus. Le] self govemment s'épanouit chez eux dans toute sa vigueur. Ils ont appris à sa 4;onduire, à décider, à vouloir. Les hommes qui i« gouvernent eux-mêmes, créent seuls des peuples capables de ise gouverner.
Ceux-ci ont l'énergie indomptable. Ces hommes dcrfoi sont des hommes d)e fer. Le premier
hiver enlève la moitié des leurs : cinquante et un sur cent deux. Navrés mais non vaincus, comme les soldats décimés par la bataille, les survivants se serrent autour du drapeau. Le drapeau, c'est la Parole de Dieu!
Malgré bien des défaillances, les Américains de dix-sept cent quatre-vin^-sept portent encore la puissante empreinte des Puritains de seize cent vingt.
On retrouve parmi eux ce qu'on ne rencontre nulle part ailleurs : un sentiment universel de respect pour l'Évangile, accompagné d'un sentiment universel d'amour pour la liberté. Cette liberté, ils la comprennent dans son caractère absolu, pratique, idéal ; dans un sens entièrement étranger au monde latin, absolument inconnu, jusqu'alors, à l'histoire de l'humanité.
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Tels sont les enseignements fournis par^l'Angleterre ei par les États-Unis.
La dénionstrati.on me semble plus claire que le jour.
Pourfairelacontre-épreuve,il sulBtde jeter un coup d'oeil sur d'autres pays : sur la France, sur l'Allemagne si vous voulez, placées l'une et l'autre en deux situations qui n'ont rien de commun.
La France, au xvi® siècle, a passé le sachant et le voulant, nul ne dira le contraire , à côté de son émancipation. Quand elle a repoussé la Réforme, elle a repoussé la liberté. Qui connaît nos Huguenots et leur esprit indépendant, n'ignore pas que le triomphe de l'Évangile, c'était la fin du pouvoir absolu.
L'Allemagne, qui avait la Réforme, n'a pas su conquérir le Parlement, Divisée en une foule
1(^2 LB BOX TinVX TBVPS
'de petits États, rAIlemagne, convenois-ea pour •être juste, se trouvait mal préparée aux libertés ^parlementaires et centrales^ eouromiemeiit indispensable de toute bonne révolution. L'Allemagne a conquis, ce qui est bien quelque chose, les libertés locales, les libertés universitaires, les libertés de l'esprit Si les libertés politiques dm ont manqué, c'est que la Réforme allemande ressemblait trop à la Réforme anglicane; c'est qulnfidèle sur ce point à l'Évangile, la Réforme aUemande s'est trop appuyée sur TÉtat. Armé de J'aBgliefflsisme9eul,le r^me parlementaire n'aurait pas, de ('autre côté du détroit, brisé le despotisme des SUiart Par bonheur pour elle, l'An- •^leterre a possédé ses vaincus et ses Puritains- Ce qui a fait défaut à l'Allemag&e, ce sont les iPuritaîns et les vaincus.
J'ai parlé de vaincus.
Les vaincus sont les vrais fondateurs de la vraie liberté. Ceux-là fondent la liberté qui la pratiquent. Ceux-là pratiquent la liberté qui ^vent souffrir pour elle. Les vaincus ont aimé leur liberté jusqu'à tout sacrifier pour la maintenir.
•* Cela vaut mieux, croyez-moi, que dé publier <ies livres ou que de prononcer des discours.
Les diseurs, reconnaissons - le avec Luther, ont toujours été 'petits en comparaison des faiseurs !
Parmi ceux-ci, la première place appartient aux martyrs. Depuis le jour où l'Évangile a paru sur la terre, une longue suite de témoins a su mourir pour la vérité.
Remarquez-le; en donnant leur vie pour la véirité, ces hommes Font donnée pour la liberté. La liberté du dehors n'a point d'autre souche que la liberté du dedans. On ne fait des peuples libres qu'avec des hommes indépendants. Et quels hommes, que ceux qui ont répandu leur sang afin de conserver intact le sanctuaire de la liberté I
Qu'on ne me croie pas injuste envers les Églises établies de la Réforme. Appuyées sur l'État protestant, elles n'ont pas rencontré la persécu-
lion. Le monde moderne toutefois, et l'éducation des peuples réformés leur doit beaucoup. Les vaincus eux-mêmes se seraient difficilement passés de ces vainqueurs dont l'ardeur, trop mondaine, a bravement défendu néanmoins les intérêts généraux de la Réformation.
Mais cela dit, quand on veut comprendre ce prodigieux mouvement libéral qui a pour trait distinctif l'incompétence religieuse de l'État, c'est aux vaincus, c'est aux Puritains qu'il faut revenir.
L'instinct du progrès chez eux se manifeste en ceci, que peu d'années après leur débarquement, ils ont établi des écoles, des collèges et des bibliothèques. Ces chétives colonies, dépourvues de ressources et presque de population, se priveront du nécessaire plutôt que de renoncer à
LE BOSr YISUX TBMPS
TaLiment mtellectueL II faut que leurç enfant» sachent lire« La raison qu'ils en donnent, la Toici : il faut que leurs enfants sachent lire la Parole de IMeut
La Parole de Dieu I cela explique tout. Les sociétés nouvelles n'ont pas, ne veulent pas d'autre fondement A cause de la Bible, ces gens ont quitté TAngleterre pour la Hollande; à cause de la Bible» ils ont quitté Leyde pour Plymoutb. La Bible créera les pays de la Bible I
Aussi, voyez quelle place elle tient, cette Parole de Dieu t Les Églises congrégationnelles de la Nouvelle-Angleterre ne connaissent et n'admettent aucune autre confession de foi. Ces Églises ont toujours pensé, l'expérience leur a toujours démontré qu'aucun formulaire ne vaut celui-là, que la vérité chrétienne est en sClreté
LBS VAINCUS 167'
I qiBiiiâ les traditioiis n'^ouimt rioi à la BiUe^ quand le rationalisme ne retnoieiie liea a la* Bible» qiuuid la foi msio^àmi ioaie laBUde» rien que la ]ffibl6 : la Bible, uaîc^pie el parfaite autorité t
Saisir avec cette fermeté Tabsotue souYerai-^ neté de Dieu, de la Parole de Dieu, c'est aiar-r eber sur une roule qui» passant par la liberté, mkie iafailliMement au progrès. Le point d*ar— rivée est marqué d'avance par la point de départ.
Fait curieiix, le mariage civil, qui contient engerjQiela distinction des deux domaines, le mariage câvil auquel ^ant de nations ont aujour* d^buiméme de la peine às'baMtuer, non-seulement est recommandé par leur illustre pasteur Bobinson aux pèlerins du temps de Jacçies PV
mais est pratiqué dès Torigine par les Puritains du Massachussets.
Cet élan vers la liberté ressort d'autant mieux que les Puritains de la Nouvelle-Angleterre, imbus encore des préjugés du vieux* monde, avaient établi des théocraties partout. Bientôt éclata l'antagonisme entre la vérité de ces
croyants et leur erreur, entre leur vérité durable et leur erreur d'un moment. Ainâî se prouve la puissance, ainsi s'affirme la vitalité du principe qui les conduisait.
La théocratie fut un accident. Expliquons-le.
A leur arrivée en Amérique, ces serviteurs de la Bible, qui s'exilaient pour elle , n'étant qu'un cœur et qu'une âme, formaient la véritable
Église selon Jésus-Christ: Ils conçurent la pensée,
naturelle aux premières années du xvi® siècle.
de confondre deux choses, identiques en cet instant : leur Église et leur société. L'Église et l'État, composés des mêmes membres , exactement, avaient à cette heure première les mêmes proportions. Pourquoi ne pas les laisser confondus? Pourquoi séparer ce qui était étroitement uni? Pourquoi ne pas réaliser Tidéal de la société des Saints? Pourquoi ne pas mettre le ciel ici-bas?
Pourquoi I les faits se chargèrent de répondre.
En s'accroissant, la société, très-pure au début, s'altéra. Alors, Un problème angoissant vint se poser devant ces hommes de conscience et de foi. Fallait-il, pour maintenir la coïncidence de l'Église et de l'État, élargir l'Église à mesure que s'élargissait l'État?
Quant à réserver exclusivement les droits du
citoyen à une aristocralie de chrétienB éprouvés, I9 Bentiment de réalité po&tique était trop vif dans la NouYelle-Angleterre, pour que nul songeât à prendre ce partL
Peu à.peu,gr&ce au Réveil» grâce au Jb vain de la Réforme, grâce à la Bible et à son esprit libérateur, les théocraties s'écroulèrent avec Tingérance de l'État en matière de religion.*
Les sociétés puritaines qui avaient débuté par le préjugé trouvèrent ainsi le mot de la grande question. Les États-Unis nous ont montré le e&eiûft; ife ont découvert la route de l'avenir.. Tout notre avenir libéral se rattache à cette révolution: l'état laïque, la séparation des deux domaines I — Or cette révolution, accomplie sur le seuil des temps actuels, les sépare définitivement du passé»
LES VAmCUB 171
De tels progrès ne pouvaient se réaliser qu'avec tm principe indép^Etdaut trèfr-vigoureux, car les défauts des Puritains ne les poussaient pas du côté de la liberté.
Je ne me seps aucun goût pour ces défauts-là. L'ensemble du caractère puritain n'est pas fait pour séduire. La Bible changée en code, Tétablisôement d'unisraôl visible, des lois qui interviennent dans la vie privée, la confuâon du délit avec le péché, le devoir qui s'impose à tous de suivre et de pratiquer les exercices d'un même culte, l'affectation du langage religieux, une incomparable étroitesse à Tendroit de la littérature et des arts, voilà qui n'a rien m (J'évangélîque ni d'attrayant.
Ajoutons que ces défirats s'àlTirment et s'exagèrent lorsque les Puritains arrivent au pou-
voir avec Cromwell. Les vaincus, qui cessent de l'être alors, risquent, eux aussi, de prendre leurs péchés pour des vertus. Ce qui ne paraissait que ridicule va devenir odieux.
Nous ne défendons, quant à nous, pas plus les extravagances que les attentats. C'est précisément parce que nous voyons les Puritains comme ils étaient, que nous apprécions la valeur du principe qui les a conduits au but, A mesure qu'ils avancent, leurs erreurs se dissipent. On dirait un homme qui, en marchant, laisse tomber des vêtements d'emprunt.
Par ces hommes dont les robustes et dures mains tiennent fortement la Bible, une virile société s'est fondée, un peuple libre s'est c(mstitué. Il fallait bien que la liberté des âmes fmît par enfanter la liberté des institutions.
LES VAIIiCUS 173
Cela ne veut pas dire que l'erreur soit indifférente ou que le mal soit bon : l'erreur reste l'erreur, le mal reste le maL Les Puritains n'ont pas réussi par leurs défauts; c'est malgré leurs défauts, que les Puritains ont triomphé.
Au nombre des vaincus triomphants, mentionnons en passant nos persécutés français.
Les Puritains ne nous feront pas oublier les Huguenots.
Le Calvinisme a été une puissante école de liberté, parce qu'il a été une école d'austérité, parce qu'il a été une école de soumission à la Parole de Dieu. Voyez l'Ecosse , voyez Genève, voyez la Hollande que ravage aujourd'hui le rationalisme, mais qui se relèvera !
En France, à dater d'Henri II jusqu'à la Saint- Barthélémy, à dater de la Saint-Barthélémy jus-
qu'aiix Dragonnades, une légion de martyrs a constamment arrosé le sol du sang le plus généreux. Ce qui en est sorti, c'est la liberté. Si vous voulez rencontrer les origines de la liberté religieuse, si vous voulez connaître la souche de nos libertés modernes, remuez la cendre des bûchers, vous les trouverez là.
Nos libertés naissaient sous le fouet des gardechiourme ; nos libertés [germaient au fond de la tour de Constance; étouQees au secret des <x>uvents qui servaient de prison, nos libertés en jaillissaient plus vivaces ; bannies, elles revenaient de Texil ; et lorsque les tortureurs, lorsque les bourreaux pensaient en avoir fini pour toujours avec elles, nos fibertés se sont mises, justement alors, à resplendir d'un invincible éclat.
Je ne serai pas injuste. L'Église catholique possède ses vaincus.
De siècle en siècle, le catholicisme romain fulmiïie des anathèmes contre la liberté religieuse : c'est un article de foi. Mais le catholicisme, ce persécuteur, aservilaiibertéreligieuse, quand il a lui-même subi la persécution.
Ceux qui ont soufifert pour la foi catholique, en Iriande et en Pologne, ont proclamé les droits inviolable de la conscience, peut-être sans le savoir, peut-être sans le vouloir.
Ils ont protesté, plus fartem^it encore, les Jansénistes si violemment atteints parle despotisme royal et clérical du grand règne et du grand Roi.
Sur le terrain du courage, des consciencieuses résistances, de robélssance aux convictions, naos tendons lA main à C3ux-là.
J'achèverai d'être impartial et je nommerai lord Baltimore parmi les fondateurs de la liberté religieuse aux États-Unis.
Lord Baltimore, lorsqu'il créait le Maryland, ouvrait un asile à ses coreligionnaires catholiques momentanément poursuivis. Il ne pouvait l'ouvrir dans d'autres conditions que celles de l'indépendance. Un État basé sur l'intolérance catholique n'aurait pas duré deux jours. Lord
Baltimore a moins doté le Maryland d'Une liberté de principe que d'une liberté d'expédient. N'importe! c'est la liberté.
William Peim, lorsqu'il établissait la liberté religieuse dans la Pennsylvanie, songeait sans doute à préparer un refuge pour ses Irères, les Quakers, que persécutaient l'Angleterre et les États-Unis. Mais ici, nous rencontrons une telle largeur de vues, qu'il est impossible de ne point reconnaître chez Penn l'amour de la liberté considérée en elle-même, indépendamment des avantages qu'elle peut apporter à ses fondateurs.
Les Quakers, malgré leur mysticisme, malgré la part excessive qu'ils donnent à l'inspiration intérieure, malgré ce formalisme bizarre inventé tout exprès en haine du formalisme ; les Quakers ont pris un noble rôle vis-à-vis des théocraties
178 LE BON Vl^BirX TBÎIFS
d'àlOTff: ns^-TïS des despotismes catholiques, épiscoparoxetpnritfiûns. Les Quakersont voulu la liberté religieuse, ils Font assuréeenmême temps que là liberté politique; ils se sont les premiers consacrés à la libération dès esdayes africains.
Quant à Penn, il suffît d'esquisser son histoire, pour le laver des infamies que lui impute Maeaulay.
Qnei sentiment a donc poussé cet écrivain, lorsqu'il s'est efforcé de salir une si noble vie!
Voici les faits :
Penn était bien en cour; or il partagea la persécution de S3S frères dans là foi.
Penn était riche; or il s'appauvrit tellement ati service de Dieu, que renfermé pour dettes vers la fin de sa carrière, il resta prisonnier jusqu'au dernier jour ou peu s'en faut.
ROGSa WILLIAMS ST PENN 179
PeBii était pfq[>riétaire souTerain de la Pennsylvanie; or il immola ses priTiléges à la liberté du pays.
Après avoir réclamé la liberté rel^ieuse en Angleterre, après Tavoir reveûdiquée pour tous, sans exception, Penn l'établit en Amérique, lui donnant pour funidation le sacrifice de ses avantages personnels.
Ceci n'est paà un médiocre honneur. Surtout si l'on ajoute que les lois promulgées par William Penn arrivaient, en plein xtii* sîèele, jusqu'à réaliser, pour ainsi dire, incompétence religieuse de l'État.
Mais, si nous voulons voir personni&é dans un homme et dans une législation, au xvji'^ siècle, le iNrincipe en vertu duquel les temps anciens
eut cessé; regardons du côté de Roger Williams, du côté de Rhode-Island.
Non-seulement Roger Williams devance de bien loin ces philosophes du xviii* siècle dont en voudrait faire les inventeurs de la liberté, mais il les dépasse de toutes parts.
Tandis que notre xvni* siècle ne rêve que concordats, garanties légales^ religioii administrée par rÉtat; Roger Williams, qui ne se contente pas de la liberté religieuse, sépare hardiment le temporel du spirituel.
Et ce n'est pas au nom de Tindifférence qu'il introduit la liberté; c'est au nom de la foi.
La vérité de Dieu n'a que faire de l'appui des gendarmes ; elle veut de libres adhésions.
C'est le plus puritain des puritains qui, précurseur, en cela comme en bien des progrès, a
tiré, dès les premières années du xvn® siècle, les conséquences logiques du puritanisme le plus pur.
C'est le plus petit des États puritains qui, en dépit des menaces et des malédictions de ses alentours, a proclamé dès cette époque les deux principes sur lesquels reposent aujourd'hui toutes les constitutions des États-Unis, sur lesquels reposeront je l'espère toutes les libertés de notre vieux monde européen.
Jamais, depuis la fondation de Rhode-Island ;
jamais, depuis la fondation de Providence où
Roger Williams finit par s'établir, les deux
grands principes n'ont été violés. La liberté
n'a pas un instant cessé de rayonner pour tous :
pour les quakers, pour les hérétiques, pour les
catholiques, pour les incrédules, pou ries païens.
182 LE BON VJEUX TBflPS
L'État ne s'est mêlé, ni de punir le péché, ni de protéger les convictions, ni de réglementer la foi.