FIN DE L EPOQUE TRANSITOIRE
donner une prodigieuse impulsion à la liberté.
Nous avons vu les contacts s'établir entre notre vieux continent et les deux foyers du libéralisme chrétien.
Nous avons vu les premiers défenseurs de la liberté religieuse se lever alors chez nous.
Séparant avec soin le libéralisme évangélique, direct, tout d'un jet, du libéralisme transjnis, greffé par approche pour ainsi parler, nous avons constaté l'existence des deux courants, nous avons signalé l'opposition des deux esprits.
Le libéralisme de seconde main ne vaut pas le lil)éralisme spontané. La liberté religieuse appuyée sur l'indifférence ou sur l'incrédulité, ne donnera jamais ce que produit la liberté religieuse fondée sur la conviction, sur l'amour
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du vrai, sur I3 douleur qu'inflige, à rame croyante toute intervention de la force en matière de foi.
Deux écoles, deux courants, deux esprits : le monde actuel sort de là. Ces origines confuses et contradictoires président aux destinées de notre temps. Les deux fées se penchent sur son berceau. ,
Il y a deux influences, par conséquent il 7 a conflit.
Il y a deux libéralismes, par conséquent il y a deux avenirs.
Ceci vaut la peine d*y regarder.
Considérons la bonne école, l'école du grand libéralisme, la meilleure chance de notre temps I
Ce libéralisme sera démocratique. Il ne peut autrement.
Ëst-ce un bien ! Est-ce un mal ! inutile de répondre, car c'est un fait.
Pourquoi ne le dirais-je pas? La réalisation de l'égalité me fait bondir le cœur. Quel soulagement, pour les privilégiés du temps
jadis : être enfin comme tout le monde, faire son chemin comme tout le monde, ne plus écraser personne , ne plus avoir des avantages basés sur le dépouillement d'autruil Quel élément de bonheur et de progrès : travailler, avancer, conquérir; se créer soi-même en quelque sorte ; être l'homme de ses propres efforts et de son propre labeur !
Plaignons les gens qui n'ont eu que la peine de nattre.
Cf esl si Yrai» j'exprime avec une telle réalité le sentiment général, que le droit d'aînesse a disparu presque partout sans laisser Tombre d'un regret après lui : pas plus aux aînés qu'aux cadets. Il achèvera de s'évanouir, nul ne s'en portera plus mal.
Des deux esprits, des deux courants en lutte,
quel que soit au demeurant celui qui remporte, ToBuvre d'égalité dont il s'agit s'achèvera. Elle est distincte de l'œuvre deliberté ; je n'admets pas qu'elle lui soit opposée. En tout cas, les hommes parfois très-éininents et très-libéraux qui se prennent à désirer le rétablissement du droit d'aînesse par la voie des libertés testamentaires, ces hommes-là me font l'effet de rêver les yeux ouverts. Eux aussi, tournent à leur insu les regards en arrière ; eux aussi voudraient rappeler le bon vieux temps.
La famille gagnerait peu, vous pouvez m'en croire, au retour de l'inégalité dans son sein. La sécurité sociale gagnerait peu, soyez-en sûrs, à voir par là compromettre im de nos progrès les plus salutaires : la petite propriété.
Notre siècle a fait plus et mieux qu'abolir le
droit d'aînesse. Obéissant à ses deux principes, il a réalisé un double progrès d'égalité et de liberté : il a supprimé la traite , il a supprimé Tesclavage, il a supprimé le servage que la Russie maintenait, qu'elle a noblement sacrifié.
Le duc de Broglie disait, vers la fin de sa généreuse carrière : « Il vaut la peine d'avoir vécu dans un temps qui a fait cela I »
Je suis de son avis.
Non, le temps qui a fait cela n'est pas médiocre, et l'espérance de le voir incliner du côté du plein jour n'est pas un espoir insensé.
Dans cette grande question de l'esclavage, notre temps n'a-t-il point écouté la bonne fée ? N'a-t-il point suivi l'école de liberté ? N'a-t-il point accepté l'impulsion qui partait de l'Évangile et que donnaient les chrétiens ?
Un progrès achevé, c'est un phénomène bien rare dans l'histoire. Or, ce progrès-ci : la destruction des servitudes , est accompli ; le problème est résolu ; la victoire est remportée ; l'idée aura partout raison du fait.
Il reste des retardataires, je le sais. Ne craignez rien, les retardataires rejoindront.
La bonne école travaille à nous faire sortir de tutelle. Elle nous veut émancipés. Elle nous fait entrevoir Theure où l'État ne se chargera plus de nous mener aux lisières , où la loi ne se chargera plus de choisir nos convictions , où nous aurons à nous décider, à nous gouverner, à remuer les doctrines, à résoudre les questions, à prendre des initiatives, à revendiquer d«s responsabilités, à vivre de la vie forte,
de la vie saine et militante, de la vie des hommes faits.
Ce libéralisme-là , celui qui libère l'individu, est autre chose qu'une théorie. Il a pris terre, vous savez où, et vous savez comment. L'Évangile nous le donnera. L'Évangile a partout résolu les problèmes insolubles. Regardez la délivrance des esclaves, regardez l'émancipation des serfs !
Liberté des communes, liberté de la presse, liberté de réunion, liberté d'association, liberté de discussion, libertés religieuses et libertés politiques, l'Amérique et l'Angleterre, ces pays de la Bible ont tout. Or tout repose sur les libertés de l'individu, sur le respect absolu du for intérieur, sur les droits de la conscience et de la foi.
La bonne école, celle qui règne dans les centres lumineux, opère incessamment des conquêtes.
Elle a proclamé l'État incompétent en matière de religion, l'Église incompétente en matière civile , la société laïque , le droit de croire ou de ' ne pas croire, le droit de propager les doctrines ou de les attaquer. Cela est immense. Si on le maintient — telle est la question, ne nous y trompons pas — cela mènera plus loin.
Toutes les libertés se tiennent : celles de l'individu, celles de la famille, celles de la cité.
Quant au bon vieux temps, ses plus gros axiomes sont couchés sur le champ de bataille; ils ne bougent plus.
Prenons -y garde toutefois, les gens qui semblent tués ne sont pas toujours morts. D'ailleurs, n*a-t-on pas vu des revenants 1
Je nommais tout à rheûre la société laïque.
La société laïque ne veut pas dire la société
impie. Jamais la société n'a mieux senti l'action
de l'Évangile, au contraire, que depuis le moment où elle a cessé de se confondre avec les croyants. Les bons observateurs, Michel Chevalier, Tocqueville, sont revenus d'Amérique avec ce fait acquis.
Rien, du reste, n'empêchera la société d'être, au fond, laïque partout, et très-indépendante pardessus le marché. Encore une conquête de notre temps.
La société, même la société du monde latin, fait pour son propre compte la distinction des deux domaines. Le SjUabus condamne le mariage civil, le Syllabus foudroyé toutes les libertés , et la société n'a pas encore répudié les
libertés, et la société se marie encore par devant M. le Maire. Est-ce assez clair?
Je ne prétends pas que nous ayons ville gagnée.
Des réactions peuvent survenir : du côté socialiste, du côté clérical. Le despotisme peut se revancher. Nous pouvons fléchir. En tout cas, notre sort est dans nos mains.
Et quel temps pour les curieux, que le siècle oùnous vivons I Si notre époque paraît fatigante, à coup sûr elle n'est pas ennuyeuse. Les questions courent au galop. Pour employer une expression plus moderne, les questions vont en chemin de fer.
Posées hier, peut-être demain les résoudra; peut-être demain les refoulera.
Que les fils de l'Évangile, que les fils de
quatre-vingt-neuf se donnent la main, et Je bon vieux temps ne viendra pas reprendre ce que l'Évangile d'abord, ce que quatre-vingt-neuf après, semblent nous avoir pour jamais acquis : la liberté.
Mais il y a une mauvaise école. Elle nous menace de plus d'un péril.
Avant tout de la démocratie autoritaire.
Cette Démocratie ne devient impossible que dans les pays de l'Évangile, qui, grâce à l'Évangile, ont garanti les libertés de Tindividu en diminuant l'action de l'État.
Si cette réserve capitale n'est pas faite, si Ton déclare, sous prétexte de démocratie et de souveraineté populaire, que le suffrage universel peut tout : qu'il peut gouverner les croyances,
les églises, les familles, l'éducation, le for intétérieur; alors, dérobant son vrai caractère sous un faux semblant d'indépendance, la plus im-
plt^cable des tyrannies écrasera nos sociétés , et
la vieille balançoire se remettant en branle, nous jettera du despotisme personnel au despotisme collectif , sans s'arrêter jamais dans la liberté.
La grande menace, c'est le socialisme impie; c'est le drapeau rouge qui déroule ses plis ; c'est l'incessant effort pour organiser une classe à part, une classe hostile, une classe en guerre contre tous ; c'est, pour arriver à ce but, le sacrifice de toutes les libertés, à commencer par la liberté du travail.
Un tel danger ne nous permet pas de pousser trop loin la glorification de notre époque.
Bien des gens —je ne suis pas du nombre —
216 LB BON VIBUX TBMPS
au seul aspect du spectre écarlate, se reprennent de tendresse pour le bon vieux temps. S'il reste quelques chances au bon vieux temps, elles sont là, pas ailleurs.
Partout le socialisme s'allie avec l'impiété. Il le fait systématiquement. D'un bout de l'Europe à l'autre, en Angleterre comme en Suisse^ en Allemagne comme en Russie, le socialisme déclare la guerre à Dieu.
Dieu^ liberté I Ces deux mots de la bénédiction de Franklin ne se séparent pas.
Déjà, les ouvriers ont pu voir par les interdictions de travail qui leur sont adressées, par les violences qui appuyent de tels ordres, à quelles servitudes le socialisme les tientréservés.
Que les procédés employés par les meneurs socialistes fassent loi, et les ouvriers se cour-
beront, au xix« siècle sous les servitudes, infiniment aggravées, dont il gémissait au bon vieux temps. Regardez l'internationale . chez nous, suivez-la chez les Anglais ! Un ouvrier, usant de son droit d'homme libre, veut aller à son ouvrage malgré les grèves; on le lui interdit. Les directeurs des grèves, qui sont devenus ses maîtres, lui permettent ou lui défendent Texercice de son état, lui ouvrent de certains ateliers et lui en ferment d'autres, le jettent sur le pavé quand bon leur semble, sans pain, lui, sa femme et ses enfants. Ils lui prescrivent la nature de son labeur; ils décident pour lui, en dehors de lui, souverainement, de la manière dont il travaillera, quelque soient ses aptitudes ou son emploi; s'il desservira les machines, oui ou non; quel salaire il recevra.
Ni les corporations ni les jurandes n'entraient dans de plus minutieux détails. Surtout elles n'employaient pas des pénalités pareilles à celles qu'on applique de nos jours aux récalcitrants : coups, blessures, destruction des outils, incBndie des maisons, assassinat. On sait avec quelle atroce régularité ces châtiments se sont
exercés à Sheffield.
Esclavage incomparable, abaissement inofuï des consciences, voilà ce que le socialisme promet à notre avenir.
Quand la domination du n(»mbre se sera réalisée, quand le nombre décidera du juste et * du vrai, quand nous aurons appris à ne pas résister au nombre, à ne pas défier le nombre, à ne pas nous risquer, nouschétifs, contre laforce, contre le succès, contre les majorités, contre Té-
vénement ; quand le socialisme nous aura donné celte leçon de suprême lâcheté qui consiste à subir; que deviendra le sens moral?
On le voit, si je repousse le découragement, je ne cherche pas l'illusion. Fermer lesyeux, cacher sa tête pour ne pas reconnaître le péril, c'est le vrai moyen de succomber. Ainsi font les autruches. Je n'ai, quant à ce qui me concerne, aucun goût pour des procédés pareils.
Oui, le danger existe, il est sérieux. Notre siècle peut devenir, non pas seulement mauvais, mais atroce et fou.
Qu'en faut-il conclure ? Que nous devons nous croiser les bras? Que nous devons retourner au temps jadis? — Ce serait tomber de fièvre en chaud maL ^
Le danger nous menace, mais le progrès est
280 LE 60N Vieux temps
un fait accompli. Notre siècle a ses périls, mais
de tous les temps, notre teqaps est le mieux
doté. Il ne s'agit donc pas de nous livrer au désespoir. Il s'agit, redisons-Je, d'espérer en combattant.
Le socialisme est l'ennemi commun. A peine aura-t-il déployé rétendard,rhumanité se lèvera, décidée aux dernières souffrances plutôt que d'accepter un joug humiliant.
Ce n'est pas tout.
Si l'on veut bien lutter, il faut commencer par résoudre. Contre le socialisme, nous avons la solution des problèmes sociaux. On peut, sous l'inspiration de TÉvangile, sans compromettre ni la liberté^ ni la propriété, ni la famille, améliorer les relations des classes entre elles, amener le bien-être destravailleurs.il y a des mesures à
prendre pour limiler la durée du travail, pourprotéger les femmes et les enfants; il y a des œuvres de prévoyance à fonder pour assurer l'avenir, pour aider à l'acquisition d'un logis, pour favoriser l'épargne, pour faciliter les approvisionnements, pour arriver au partage des bénéfices et à la coopération;«urtout et partout, il y ala charité. L'arme est bonne ; sachons nous en servir.
Parmi les découragés on découvre, je le dis à regret, plus d'un chrétien. Ils ont vu dans l'Écriture de redoutables prophéties sur les derniers temps. L'Apocalypse leur a montré la Bête écarlate. N'est-ce point là notre ennemi? La Bote ne réunit-ell& point les deux caractères du socialisme: tyrannie démocratique, impiété i
C'est possible. Mais je ne me charge, pour ma
part, ni de prophétiser, ni d'interpréter les prophéties. Dieu les enveloppe d'obscurité jusqu'à l'instant où la lumière se fait par l'éclosion des événements.
Respectons le mystère. Chaque époque, souvenons-nous-en, a cru reconnaître comme nous les signes précurseurs de la fin. Paraissaient-ils moins avérés quand les barbares se ruaient sur l'Empire, hordes brutales après hordes brutales,
houles en furie après houles en furie, couvrant tout de leur flot dévastateur I Étaient-ils moins évidents, lorsqu'en quatre-vingt-treize, la Terreur révolutionnaire marchait escortée de l'abolition du culte chrétien !
Ce que sera notre temps, je l'ignore. Ce que nous devons être envers lui, je lésais.
Victoires, défaites, tout ici-bas se succède et
s'entre-môle. Le devoir a cela de bon, qu'il ne change pas. Tenons-nous au devoir.
Et puis, nous avons tort peut-être d'envise^ger nos destinées comme un indivisible tout. Deux avenirs s'ouvrent devant nos pas, deux esprits se disputent notre siècle. Il peut adopter des allures diverses sous des cieux différents.
Puisqu'il y a des pays de l'Évangile, puisque les grandeslibertés bibliques y ont définitivement triomphé, puisque les despotismes, quels qu'ils soient, ont l'un après l'autre disparu devant elles ; h'est-il point permis de supposer que le despotisme socialiste et impie, s'il se risque dans ces pays-là, trouvera chez eux à qui parler?
Il trouvera l'Evangile, ^ trouvera la liberté : ceux-là lui répondront. Heureux les peuples qui n'ont pas repoussé de tels défenseurs.
La crise religieuse, on le comprend dès lors, fait la gravité de notre péril. Que l'action du christianisme s'affaiblisse ou s'altère, le xix* siècle est perdu.
Encore un coup voyons-y clair, mais ne nous effarons pas.
Notre crise n'est pas la plus redoutable qu'ait traversé l'Évangile. Le mal qu'on subit paraît toujours sans précédents; il y a là une illusion d'optique : on voit trop ce qui est près; on voit trop peu ce qui est loin.
Comparez nos secousses à ces mille années de christianisme dénaturé, tel que l'avait fait le bon vieux temps ; comparez les attaques de nos savants incrédules au mépris universel qui régnait alors; comparez nos rebellions à ce dégoût que rencontraient chez nos pères des docr
trines falsifiées; comparez notre malaise à ce mal suprême : une religion qui non-seulement n'est pas respectée mais quin'est pas respectable , l'Évangile discrédité par les catholiques et par les protestants, le christianisme perverti par les hommes qui prennent le nom de chrétien 1 — Dites après siles périlsd'aujourd'huiremportent sur les périls d'autrefois I
Aujourd'hui, grâce à Dieu, tout est changé.
A côté d'un catholicisme plus sérieux et plus moral, le Réveil évangélique porte haut la lumière et marche à grands pas.
Il y a des arriérés, il y a des retardataires , il y a des négations. Ce sont les branches mortes d'un arbre en pleine sève. La vie en aura raison; elle fera tomber les rameaux secs et verdira l'arbre entier.
Le scepticisme envahit aujourd'hui des classe> qu'il n'atteignait point jadis ; le Réveil, lui aussi , les atteint et les conquiert.
Parlez-moi de ces batailles à ciel ouvert!
j'aime cela. J'aime les beaux combats en plein soleil I Cela vaut mieux, croyez-moi, qu'un vague et lourd discrédit pesant sur une religion engourdie; cela vaut mieux qu'un peuple qui pratique sur la foi d'autrui.
Quant à la science incrédule, ses arguments passent toujours par deux états : ils sont irréfutables, avant d'être réfutés.
Les objections irréfutables n'ont fait défaut à aucun temps.
Nous avons les nôtres. Mais Dieu fournit à aujourd'hui^ des solutions qu'autrefois ne possédât pas, Ce9 solutions, chacun les peut
saisir; les ignorants, tout comme les savants.
La liberté jaillissant de l'Évangile ; telle est la première.
La civilisation, les lumières, le développement, la supériorité des peuples de la Bible ; telle est la seconde.
L'union de tous les chrétiens protestants par Talliance Évangélique ; telle est la troisième.
Reste un gros danger: la recrudescence ultramontaine. De ce côté, l'avenir n'apparaît pas couleur de rose.
Si le catholicisme romain contiaue à marcher dans le sens où il va , le catholicisme fera les affaires du socialisme impie, en lui ouvrant le champ-clos dont celui-ci a besoin.
Le socialisme, qui ne se mesure pas volontiers
avec les armes nouvelles et bien fourbies du temps acWel, ne désire rien plus que de se rencontrer avec les hallebardes rouillées du bon vieux temps. Bataille engagée, dans de telles conditions, c'est bataille gagnée.
Or le catholicisme romain s'attache à relever le bon vieux temps, à le remettre debout, à le faire tenir sur ses pieds, s'il y a moyen.
En cela, Rome se montre conséquente ; elle obéit à son principe. Le réveil du principe réformé : la Parole de Dieu ! devait amener le réveil du principe catholique : la Tradition I Le mouvement biblique devait se heurter contre l'immobilité romaine. C'est logique ; je dirai plus, c'est honnête. La droiture du Pape, qui se refuse à toute habileté, mérite notre respect. Les Jésuites, se souvenant de la plus belle pa-
rôle qu'ils aient prononcée : Sint ut sunt, aut non sinti dédaignent l'habileté ; ils vont devant eux, et ne songeiitpas un instant à renier le catholicisme pour le sauver.
Par les énormités qu'elle proclame, par les divisions profondes qu'elle révèle, par le défi qu*elle jette de plus en plus à l'Évangile, au jugement, à la civilisation, à la liberté, l'Église catholique achève de s'aliéner tout ce qui pense et tout ce qui a du bon sens.
Je sais bien que l'Église catholique se réfugie dans l'infaillibilité. C'est très-commode, mais c'est parfois très-gênant.
On se met d'accord pour affirmer l'infaillibilité ; seulement, on ne sait trop où la prendre. On a un juge, c'est parfait; seulement, où loget-il? on l'ignore ; l'adresse est perdue, nul ne la
230 LE ftON VIEUX TEMPS
connaît au juste, et quand il s'agit d'aller trouver l'arbitre, les uns tirent à droite, les autres tirent à gauche, personne n'est sûr de son fait.
L'infaillibilité des Papes I Un coup d'œil jeté sur leur histoire vous dira ce qu'il en faut penser.
L'infaillibilité des conciles I Leurs actes forment un recueil de telles absurdités, de cruautés si féroces, l'ensemble en est si contradictoire à l'Évangile, si profondément hostile à la civilisation moderne, que vous êtes contraint, pour les rendre tolérables, d'en faire des extraits, escamotant les plus compromettantes de toutes ces infaillibilités. Pas un catholique gallican ou libéral qui ne trie et ne choisisse parmi les décisions infaillibles de l'infaillible tribunal I
La conscience publique en a prodigieusement
souffert, tenez-le pour certain ; la blessure est saignante, et ne se fermera pas.
Dans quelle situation les âmes droites vontelles se trouver en Italie, en Espagne , en Autriche, en France, dans tout le monde latin ?
Au moment où Rome, plongeant au plus noir des ténèbres du temps jadis, répudie l'Évangile et la liberté, un autre divorce s'accomplit dans ses domaines : celui des âmes avec la' foi.
Or ce n'est pas le catholicisme seulement, c'est le christianisme môme qui aura sombré, ce sera jusqu'à l'idée de religion.
L'homme fera la guerre ouverte à Dieu ^
. 1. La Russie voit le nihilisme, cette absolue incrédulité qui donne partout la main au socialisme, envahir toutes les classes de la société .
Le nilUlisnie a pour principes quatre négations épouvantables :
. Et tandis que nos vieilles civilisations latines semblent s'émietter sous la double influence du catholicisme ultramontain et de l'incrédulité socialiste, regardez du côté de l'Amérique, regardez les États-Unis! Qui s'inquiète là-bas du communisme? Qui s'inquiète de rimpiéte?Tant que les États-Unis auront l'Évangile, les États- Unis défieront le péril.
Un rôle magnifique est réservé de nos jours à l'Évangile. L'Évangile doit sauver les sociétés.
La démocratie autoritaire, niveleuse, tyran-
Point de gouvernement : la révolution!
Point de propriété : le communisme !
Point de famille : la suppression du mariage!
Point de Dieu : le néant.
. Ainsi dans toute TEurope, et surtout dans les contrées latines ou russes, le problème se pose dans les mêmes termes : la négation de Dieu et de l'homme, ayant pour coa« géquepce le repversenient social!
nique, écrasant la famille et l'individu, voilà notre ennemi.
Or, l'adversaire de ce despotisme inné, c'est rÉvangile : l'Évangile qui crée l'individu, qui crée la liberté, qui seul fait des âmes, des hommes, des familles, des résistances, qui seul, par conséquent, fait des peuples indépendants.
Avec l'Évangile, le problème de notre temps se résout, la liberté et l'égalité se concilient, nous pouvons avoir une démocratie libérale :
l'Évangile l'a donnée aux États-Unis.
Avec la foi vivante, avec les initiatives individuelles : l'Église libre, l'école libre, l'habitude chrétienne de maintenir ses droits et d'accomplir son devoir , la société contemporaine peut braver l'orage, elle peut le dompter.
Quand l'Amérique, l'autre jour, posait ce der-
nier rail qui relie les deux sections du Pacifique Railway pour en former la jonction, savez-vous quel message l'électricité transmettait comme réclair à toutes les villes de l'Union? Le voici : Otez vos chapeaux, nous allons prier! — Et dans toutes les villes, les citoyens ont découvert leur front, et par toute l'Amérique on a prié. Le peuple qui sait prier, sait agir.