L'ATTITUDE VAILLANTE
Laudator temporis acti/
L'antiquité avait son bon vieux temps, qu'elle regrettait aussi I
Ne nous y trompons pas toutefois, cette infirmité mélancolique , cette impuissance au moyen des regrets inertes, est bien plus la contagion de notre siècle qu'elle n'est le malaise des siècles passés. De là, notre devoir de réagir.
Je parlais tout à l'heure des vieillards.
S'il est des jeunes gens vieillis avant l'âge, il est, Dieu merci, des vieillards qui restent jeunes en dépit du temps. Au contact de ceux-là, de leur viril espoir, de leur confiance inébranlable, on se rajeunit. Ceux-là ne perdront pas, soyezen sûrs^ leurs journées à pleurer hier, à redouter demain.
Oh ! si nous savions marcher comme eux sur cette route où la lumière ailgnctente à chaque t)âsj jusqu'à ce que lé jbilt éclate dais Sa perfection I
(Tétait le bon temps I
Des lèvl'es chrétiennes ont poussé reiclàma- (ioii.
L'aûcièn Réveil, celui d'il y a vingt ans, dufe sans doute encore ; mais tie s'est-il point altéré î
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Voilà ce qu'on dit — : S'il a gagné l'étendue, n'a-til point perdu la profondeur ?
La profondeur, c'est beaucoup; l'étendue, c'est quelque chose. Et lorsque nous voyons l'Évangile mis à la portée de milliers d'âmes, nous avons à nous réjouir, non à déplorer.
Certaines largeurs malsaines sont venues, combattons-les. Certaines étroitesses non moins funestes ont disparu , louons-en Dieu. La foi, nous l'avons mieux compris, n'exclut que le mal ; la foi ne restreint pas Ja vie, la foi nous donne de plus vives tendresses, un dévouement plus complet, une meilleure intelligence des plaisirs légitimes , un cœur plus ouvert aux nobles travaux : qui s'en affligera ?
Avons-nous perdu la profondeur? Le sérieux nous manque-t-il, réellement? Je ne le pense pas.
En tQiiteâ^,,!^ téiîips où nous sc^Dm^fts^ cjbargora de ramener I9 gra^viléw. Si, Qp|[^i^ 1q, pi;étQndent qui^lqwp esprits chagrins, noi|^ ne. QQijt^eiiyQns {^ qit'iïfti di^njJrQtiri^tiauisme, ^Qye;ç. traa- (pjÂUe, les Qombata, les devoirs qui now^ attend^j)t,. wus, rQgtitueront le christianisme, entier.
« Celui qui, mettant la main à la charrue, regSMfde en arrière, n'est pas propre paur le royaume de Dieu I »
Celui-là n'est pas propre, wx\ plvft,, qu'on me peirmette de le dire, pc^ur les affaires d'ioi-bas.
« Oubliant tes chosies qui saut derrière moi — s'écrie saint Paul -^ je m'élance vers celles qui sont en avant !»
En avant f voilà notre mot d'ordre. Derrière nous, il n y a pas un devoir.
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Basaye», ^ çela^ra uujourd'hdi çç, que yqu3»
aàmnein I^i^m w^. aristocratie^ uii^. Uér^rt^hi^, «Hâ%l«., iW^ imt- 4'^esse, des, corporations, un droit divin ! vous y userez vos forçe^, çans ^v^^c^ cl'un pas.
Je ne connais qu'une chose à laquelle i\ f^Ule, tj^VÎWi*^ ri^vami;; çi^ttc chose, la contemporaine d€i tcwtf }/^ S^^V?^y, c'<5st la Parole de Diw. RçtmP?i,pçfi^-W!^i^t dsipa la^ Parole de Dieu ; ne nous 9QX0W3 pa» ^Iwj^ l^a regrets du passé.
]gtpwf,il Q^ ya du teo^ps comme des homn\es.
Ay^z boTO^ opinioft 4'uû hqwme, cet hamme
deviendra bon ; pensez-en du mal, il dftyie^dïa
I^e t^fl^ps 9e fait comme on augure de lui. Si nqp^ dfiefispéypqg de notoe teiùpig, Mtre teiaps
méritera qu'on en désespère. Si nous prenons le deuil de notre siècle, notre siècle se croira mort. Une génération qu'on a condamnée se dispense de vivre, même de respirer.
Quand les gens honnêtes en sont là, toutes les chances appartiennent aux vicieux.
Il faut avoir de l'élan , de l'entrain, de la jeunesse; il faut de l'espoir pour bien livrer, pour' bien gagner les batailles de notre temps.
L'esprit de lamentation est moins innocent qu'on ne l'imagine. Les jours que nous employons à regretter, nous les perdons pour agir.
Ce n'est pas tout I au fond des regrets, il y a l'ingratitude.
Quoil Notre cœur ne déborde pas de re-»
connaissance envers Dieu! La délivrance des jougs qui écrasaient nos pères, les vraies li-
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berté^, les grandes égalités, rÉtatigile debout, nos œuvres, iminenses, magnifique^, les questions! qui s'agitent, la charité qui s'éinèut, Fespritûouvéau qui fait retiattre notre vieux motidë, tout cela nous laisse indifférents !
Cette plainte chronique, iidu-Sèulenieni nous rend ingrate, clllè nôttà f ëtifl di^gr aciôul. Cfétilir toujorufs tfesf guèfes aitnable, môttiô ô'est ennuyeux, même c'est fort laid.
Nous pesohs Sur les autres, nous les énervons ; nous allons chercher pour lô^ rapporter att lo-
gis, tout ce que nous pouvons rataasser de triste et d'écœurant.
Et lès parents qui se lamentent ont dés enfants qui se lamentent. Et les enfants qtil se lamentetit, auroitt des enfanta qui se laméntôtont à leur tour. Et les générations qui viennenii dé-
couragées d'un siècle détestable et condamné d'avance, se mettront à dire : à quoi bon?
A quoi bon! — Avec ce mot, je me charge de tout arrêter, de tout découdre et de tout démolir.
Il faut combattre tel ennemi!. A quoi bon, l'ennemi finira toujours par l'emporter.
Il faut combattre tel défaut ! A quoi bon, les caractères ne se refont pas.
Il faut élever les enfants I A quoi bon, les » enfants ont leur nature.
Il faut soutenir les libertés! A quoi bon, le despotisme reviendra.
Rien ne sert à rien ! Cela dit tout, coupe tout, finit tout.
Ne me parlez pas de livrer bataille, je dis une seule, avec cette armée de découragés.
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Les découragés sont des vaincus. C'est inévitable et c'est réglé.
Qui regarde en arrière, reste paralysé, comme la femme de Loth.
Vivre ici-bas dans une passive résignation aux échecs certains, dans la prévoyance que tout ira mal, dans la conviction que le passé valait mieux que le présent, lequel vaut mieux que l'avenir ne vaudra ; c'est se condamner à l'immobilité.
On ne s'abandonne pas au découragement sans renoncera l'idéal. Je ne connais qu'un sentiment, l'espoir, pour nous donner des ailes.
Sans espoir, cpmment agir^ comment monter , comment apercevoir les sommets radieux !
Il y aurait à passer une sinistre revue : la revue des découragés.
fTO LB BON VIEUX TEMPS
Découragés de la religion I — Ce culte découragé, ces prières découragées» ces essais découragés de sanctification^ cette prédication dé* couragée de la Parole de Dieu, qui la présente aux âmes et ne croit pas aux conversions par la Parole de Dieu»
Découragés de la bienliBiisance ! —Cette pitié dé* couragée, ces consolations £&cheuses, ces mains hésitantes et flasques, cette aumône du bout des doigts, ces banales sympathies, ces compassions stériles, cp cœur refroidi qui ne bat presque plus. Or Dieu aime celui qui donne gsdment. Le pauvre aussi> aime celui-là.- Un secours accompagné de gémissements^ semble accordé à regret. Ce que le malheureux attend de notre charité, c'est du courage, c'est de l'entrain. Arriver avec des soupirs, donner avec des
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soupirs, repartir avec des soupît^s ; côrafne cela on coulô un homme, on ne le relève pas.
Découragés de la famîHe ! — Ces tèndresseà découragées, ces SDlliciltid^ àtîiolîssaùtes, ces prévoyances lugubres-, ces frissons en face de l'avenir, ces tristesses à tous] les hofi^otïé, ces défaillances à chaque pas ! Et Tàînouf teut de ia force, les saintes unions veillent d'é^ tertielîes certitudes^ il fatit de la' joie à ms bonheurs!
Découragés de réducatiônl-^Oes pères découragés, ces hommes sans espoir qui élèvent èans vigueur, ces ternes devoirs qu'on accomplit sans élan» ces enfants revenus de tout sans avoir rien abordéj ces générations vîeîllotties à qui les découragés n'enseignent qu'une chose : le découragement !
Découragés de rintelligence I — Cet esprit critique dont le souffle flétrit tout, qui voit le côté négatif de tout, qui se défie du progrès, qui décompose la lumière pour en ôter les rayons, qui hausse les épaules à Tenthousiasme et tourne le dos à ridéal !
Découragés de la politique! — Oh! ceux-là, n'en attendez rien. Ils savent le fond des choses ; ils ne perdront ni leur temps ni leurs efforts à poursuivre un but qu'on n'atteint jamais. Ceuxlà sont et seront toujours des émigrés à l'intérieur. Persuadés d'une inévitable défaite, ils la rendent inévitable en effet. Tyrannie du socialisme, tyrannie du communisme, retour aux monarchies absolues, aux clergés dominateurs , ils subiront tout ce qu'on voudra. L'échec en permanence I telle
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est la devise inscrite sur leur drapeau.
Vous le voyez, les découragés ont pris le vrai moyen d'avoir raison. Ce dernier péril manquait à notre temps, péril plus redoutable que tous les autres, et qui nous perdra si nous lui abandonnons le terrain. Les découragés ôtent le courage ! Trouvez un pire malheur.
Or, à qui enlèvent-ils le courage? aux chevaliers de l'Évangile, aux champions de l'indépendance, à nos libérateurs, à nos sauveurs, justement! Les découragés n'ôtent nullement le courage aux soldats du despotisme impie et niveleur ; ils ne l'ôtent nullement aux partisans de l'absolutisme monarchique ou clérical : Ces gens-là ne sont pas découragés du tout!
Je plains une génération gémissante. Elle est
atteint^ d'un mal dont il faut guérir si l'on n'ça yeut mourir.
Je plains un parti gémissant ; fût-ce le parti des causes de la justice, fût-ce le parti de la vérité ! Des adversaires confiants et bien portants auront vite fait de l'anéantir.
Je plains une Église gémissante, à laquelle l'humiliation ne suffit pas, qui remplace le travail, la prière, l'action de grâce vaillantes par d^$ ]^m>entati,ons. Cette Église succomb;era, mèim avant d'avoir combattu.
Ëj^iCore une fois prenoi^i^-y garde. Nos motifs, pour désespérer sont des prétextés pour ne pas
agiî?-
Jésus a nommé les chrétiens : <( le sel de U terre,, »
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Le sell c'est-à-diré ce qui eiK^pèehe la d^ composition ; c'est-à-dire un principe de vie et de salubrité.
Il faut que les chrétiens répandent les saines douleurs et les saines joies : sachant pleurer, sachant se réjouir. On pleure, on prie, on lutte, on avance : au bout, c'est le ciel.
Le;bon vieux temps, qui nous a laissé le découragement chronique, nous a fait un autre legs; il nous a légué le christianisme ascétique et HK>nacat, le christianisme du désespoir. Ce n'est pas avec un tel christianisme qua nous sauverons les sociétés ou que nous gagnerons le Royaume des cieux. Si l'Évangile est tout trempé de lar^aes, il est tout illuminé du soleil d'en haut. L'Évangile nous donne le chris*
tianJsme du progrès, le christianisme de l'espérance; ne nous laissons pas arracher ce christianisme-là.
Quand je dis aux chrétiens : Répudiez l'esprit de lamentation, qui est une dispense d'action ! je ne leur prêche pas les grosses allégresses à contre-sens.
Il en est de pareilles.
Il y a des gens : «qui chantent des chansons au cœur affligé ! »
Il y a des santés robustes qui ne permettent pas aux malades d'avoir la fièvre.
Il y a de tyranniques gaîtés qui ne supportent pas qu'on soit triste.
Il y a des natures légères qu'importunent les caractères profonds.
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Il y a des oublieurs cfui n'admettent pas les
ruines.
A ce brutal égoïsme sous prétexte de courage chrétien, à ces frivolités invétérées sous couleur de résignation, à ces sérénités payennes qui voudraient supprimer les déchirements de l'âme, à cette idolâtrie des terrestres jouissances qui prétend fermer d'inguérissables blessures, je préfère cent fois d'inconsolées, d'inconsolables douleurs. L'Écriture , souvenons-nous-en, n*a pas un reproche pour Rachel.
Les malheureux ont droit de souffrance. Ce n'est pasà ceux-là que je m'adresse. Je m'adresse aux gens qui font métier de soupirs.
Déplorer, c'est une profession. Cela nous pose en esprits délicats dont les aspirations neseront jamais satisfaites. Le monde tel quel n'est pas