ÊTRE DE SON TEMPS
Que penseriez-vous d'un navigateur, qui au lieu de disposer sa voilure pour le vent qu'il fait, descendrait dans sa cabine, et, le front dans les mains, se mettrait à pleurer la brise du mois dernier !
Entre le passé qui nous échappe et l'avenir que nous ignorons, il y a le présent, où sont nos devoirs.
Je ne prétends pas que tous les temps se vaillent; le scepticisme l'affirme; c'est la dernière ressource des champions du bon vieux temps. Il existe des' jours maudits; en dépit de quelques côtés brillants, la malédiction demeure sur ceux-là.
Que chaque époque, même les maudites, même celles qu'on ne voudrait rappeler à aucun prix, présentent certaines supériorités qui
manquent aux siècles postérieurs^ c'est un feit ; toutefois, c'est un fait dont il n-e faut pas abuser.
L'Asie a possédé sa majesté es calme, soû immobile grandeur. La Grèce a possédé ses merveilleux artistes, son clair langage, les froides t9éréni1iéB de sa philosophie. Rome a possédé la force, la toute-puissaûce, l'esprit administrateur et législateur. Le moyen âge, l'ancien régia^ ont exercé leur attrait auquel je rends hommage. Ce qui n'empêche pas le passé d'être passé, et le présent de contenir notre devoir.
Chaque temps a son idéal. Chaque temps est tenu d'aimer, chaque temps est tenu de poursuivre son idéal.
Il y a un idéal des époques troublées; il y a un idéal de la rétfovation; il j a un idéal du combat ; il y a Vax idéal des sociétés à leur zénith i
âTiàfi BÉ soif Tl^MPS 259
îl y à un idéal dès sociétés à leur déclin ; il y a un idéal de là vieillesse ; je le dirais presque il y a un idéal de la défaite et d'ô la mort.
Quel est notre èg^ ? Sommefe-notis des tteillâfds? Je n'èii Bâte Hett. A quelque temps que ifotis^ippartenions, il tuifenit de Tespél'Aiicë ; il faut lui chercher, il fattt lui découvrit «on idéal : voilà ce dont je demeure assuré.
Fussions-nous des vieillards, au surplus, rencontrer une belle vieillesse , disparaître par un beau soleil couchant, s'endormir dans la radieuse paix d'un beau soir, ne sentez-vous pas là quelque poésie : cette suprême poésie des suprêmes adieux I
Mais j'attends mieux pour ma part.
Dans l'existence des peuples, Tâge avancé peut tout à coup retrouver des forces et des ardeurs.
Si la vie impérissable de l'Évangile se répand au sein des âmes, vous verrez notre civilisation, vieillie par les siècles, jeune par la foi, se relever, se transformer, et réaliser de meilleures conquêtes, et projeter de plus purs rayons que n'ont fait ses devancières, quel qu'ait été leur prestige ou leur éclat.