‹ Le bon vieux temps; (volume 2)Chapitre 25 sur 51 · LA PETITE RIVIÈRE ET LA RUE CRAIG. — UN SINGULIER AUBERGISTE · texte numérisé non relu

LA PETITE RIVIÈRE ET LA RUE CRAIG. — UN SINGULIER AUBERGISTE

En .1820, il y avait à Montréal cinq routes qui conduisaient à la campagne: les rues Sainte-Marie, Saint-Laurent, Saint- Antoine, Saint-Joseph et Wellington.

Le jardin Viger était alors un marécage où croupissaient des eaux verdâtres et d'où s'élevaient les psalmodies d'une légion de grenouilles accompagnées par les basses puissantes des ouaouarons. I^es rues du faubourg Québec ne s'étendaient pas au delà de la petite rivière.

L'étendue de terrain occupée aujourd'hui au nord par les rues Campeau, Jacques-Cartier, Panet, Amherst, Wolfe, Montcalm, Maisonneuve, Plessis, Visitation, jusqu'à l'avenue Colborne était de riches fermes appartenant à E. Campeau, Toussaint Dufresne, Pierre Monarque, Jos. Papineau, W. Logan, le Docteur Blake, Dame Veuve Ethier, l'honorable John Johnson, baronnet, Charles Deniers, Dame Veuve Coyteux, Louis Dufresne et Tliomas Fortier.

La rue Panet fut percée en 1801 sur le terrain appartenant à l'honorable P. Ta Panet.

La rue Craig, dont le nom figure sur un plan de Montréal dressé en 1825, était sur les bords d'une petite rivière qui avait tout au plus une largeur d'environ vingt pieds. (1) Ce cours d'eau décrivait plusieurs méandres dans la partie ouest de la ville, elle suivait la petite rue [Craig], remontait près de la brasserie de Dow, [au square Chaboillez], recevait là les eaux dp iilusieurs ruisseaux, descendant des tenains élevés. (2)

La petite rivière de la rue Craig, dont le lit est devenu le grand égoût collecteur de Montréal, coulait entre des rives peu

( 1 ) Le chemin longeait la rive nord. Cette rivière se nommait officiellement " rivière Saint-Martin. "

(2) Ces ruisseaux lonoeaient les rues Guy et Atwater. Un autre prenait sa source dans le parc Westmount et traversait la partie ouest (lu quartier St-Henri.

poétiques. Ses pontà étaient des constructions grossières, dont la cliarpente ofïrait des lignes sans harmonie.

Les eaux de la petite rivière étaient toujours troublées et charroyaient les immondices d'une partie de la ville. C'est là où Ton vidait les vieilles paillasses, où l'on jetait les rebuts du ménage. Les écoliers s'y promenaient sur de petits radeaux et y péchaient des " loches ". Les eaux de la petite rivière grossissaient tous les printemps et enlevaient tous les détritus amassées sur sa grève.

Plusieurs ponts traversaient ce cours d'eau, le premier était à l'entrée de la petite rue Saint-Antoine ; le deuxième, à la rue Frobisher, (aujourd'hui la rue Eadegonde) ; le troisième, à la rue Bleury; le quatrième, cà la rue Saint-François-Xavier; le cinquième, à la rue Saint-Urbain ; le sixième, à la rue Saint- Laurent; le septième, à la rue Saint-Gabriel; le huitième, à la rue Saint-Constant, [aujourd'hui Cadieux] ; le neuvième, à la rue Sainte-Elisabeth et le dixième, à la rue Sanguinet.

La rue Craig ne s'étendait pas plus loin que cette dernière rue.

T,a petite rivière [Saint-Martin se rendait à un petit lac, sis au square Chaboillez qui se vidait par une branche de la rivière Saint-Pierre dans le Saint-Laurent, à côté de la Douane]. En 1845, elle disparut pour entrer dans le premier tunnel de la rue Craig.

Cette année-là, la rue fut continuée jusqu'à la rue Campeau avec une largeur de 80 pieds. De 1853 à 1867 la rue Craig s'étendit graduellement jusqu'à l'avenue Colborne, [aujourd'hui cleLorimier] .

Il existait une autre petite rivière dans la partie ouest de Montréal. Celle-ci était une branche de la rivière Saint-Pierre qui traversait la ferme Saint-Gabriel, le jardin du vieux collège, passait par la rue McGill, le marché Sainte-Arme et avait son embouchure au nord de l'édifice de la douane, près d'une langue de terre qui s'appelait la pointe à Callières.

Ce cours d'eau, dans le printemps, était navigable pour les canots et les bateaux jusqu'à la rue McGill. Aujourd'hui, cette petite rivière est un des principaux égoûts collecteurs de la partie ouest de la ville.

Vers 1825, il y avait au coin de la rue Saint-Laurent et de la rue Sainte-Catherine un marchand nommé John James White. White tenait une auberge et un magasin d'épiceries.

Il avait pendant quinze années réussi à vendre des boissons sans licence sans être incommodé par les autorités.

"Wliite faisait payer l'amende à tous les Canadiens qui n'étaient pas pourvu d'une licence. Un jour, une de ses victimes logea contre lui une plainte devant les juges de paix et les magistrats furent stupéfaits en apprenant que le nom de White ne figurait pas depuis quinze ans sur la liste des aubergistes licenciés.

Les licences, en 1825, coûtaient seulement $17.50.

23 décembre 1884.

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