‹ Le bon vieux temps; (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · LE CARÊME · texte numérisé non relu

LE CARÊME

La cuisine de nos grands-pères offrait peu de points de différence avec la cuisine bourgeoise de nos jours. Ses traditions ont été conservées dans presque toute leur pureté par nos ménagères. Il y a bien quelques articles du menu du bon vieux temps qui sont disparus depuis une vingtaine d'années, mais les pièces de résistance sont restées les mêmes.

On ne parle jamais, aujourd'hui, de la soupe de la Vierge qui était composée de lait, de chou blanc et d'œufs. Ce potage était servi très souvent dans les villes.

Les premiers colons du lac Aylmer, dans le comté de Lambton, avaient un plat spécial appelé la tire-liclie. La tire-liche était un ragoût dont les éléments étaient des tranches de lard, des oignons, de la citrouille et de la mélasse.

Les anciens cultivateurs mangeaient souvent de la pitoune, une galette faite avec de la grosse farine de sarrazin et de la mélasse.

Les tartes à la ferlouche étaient et sont encore un dessert bien populaire dans les campagnes.

Dans ces tartes les confitures étaient remplacées par un mélange de mélasse et de farine.

Les jours de fête on servait comme dessert de la pouiine glissante. On appelait ainsi une pâte épaisse, coupée par carrés et bouillie dans l'eau. Ce mets se mangeait avec de la mélasse ou du sucre d'érable et ressemblait beaucoup aux crêpes blanches connues de mes jours sous le nom de " grands pères."

Les " habitants " pauvres se nourrissaient avec du pain fait avec de la farine de pois, un aliment souverainement indigeste. Ils cuisaient sur le dessus du poêle avec de la graisse de lard, des galettes de farine d'avoine.

Ils composaient un potage épais avec du blé non cassé bouilli dans l'eau.

Un voyait figurer, sur le menu, le café d'orge.

Les grains d'orge étaient grillés dans un fourneau et on les faisait infuser comme la graine aromatique de Moka.

Ils prenaient toutes les parties maigres du porc et les faisaient bouilKr dans mie grande marmite, en les entremêlant avec des carreaux de pâte. Ce mélange était soumis à la gelée et servait aux repas de gala pendant toute l'iiiver.

On rôtissait les épis de maïs sur la braise des grandes cheminées entre des chenets. On laissait prendre au blé-d'inde une couleur foncée avant de le retirer du feu.

Le carême, tel qu'il était observé par les anciens, était beaucoup plus rigoureux que celui de nos jours. Il n'était pas permis de manger de la viande et des œufs, depuis le Mercredi des Cendres jusqu'au déjeuner de Pâques. Le catholique ne faisait que deux repas par jour, excepté le dimanche oii il eu faisait trois.

Comme il n'y avait pas de communication facile avec Halifax et Portland, les poissons de mer figuraient rarement sur la table du riche et le pauvre faisait son carême avec la morue et le hareng salés.

Un vieillard nous disait ce matin : "Dans le village où j'ai été élevé, j'ai connu plus d'un cultivateur qui, pendant le carême, se rendait à la grange tous les matins à quatre heures et demie et battaient du grain jusqu'au moment de son déjeuner à onze heures et demie."

Les dispenses se donnaient dans des cas extrêmement rares. L'Eglise permettait aux hommes de chantier, qui travaillaient à abattre des arbres, de manger avec leur pain un peu de graisse au Heu de beurre.

Le carême de nos pères étaient réellement un temps de pénitence et de mortification, car riche comme pauvre devaient renoncer aux douceurs de la table. A la fin de l'année, ils ne s'en portaient pas plus mal. . . au contraire.

20 décembre 1884.

LES GROSSES BORDEES DE NEIGE. — LES PATTES D'OURS. LE CHAMP DE MARS. — UN CYCLONE.

Comme la neige est à l'ordre du jour, disons un mot sur les grosses " bordées " du bon vieux temps.

Tous les vieillards avec lesquels nous avons eu des entrevues, ce matin, s'accordent à dire que la plus grande tempête de neige qui avait visité le Canada, à leur connaissance, a eu lieu du premier au quatre janvier 1827,

Pendant ces journées il est tombé de 31 pieds à 4 pieds de neige dans les rues de Montréal, où les bancs de neige s'élevaient a une hauteur de 10 à 12 pieds.

Les chemins de campagne restèrent impraticables pendant cinq ou six jours.

Les cultivateurs ont vu la neige s'amonceler jusqu'au toit de leurs maisons. Pour se rendre à leurs granges et à leurs écuries, ils déblayaient une voie très étroite, de la largeur d'une personne tout au plus. Ils faisaient sortir leurs bêtes à cornes et leurs chevaux qui élargissaient les passages. Lorsqu'un homme était obligé de se rendre à une distance considérable il montait sur ses " pattes d'ours." Les pattes d'ours étaient des raquettes en cèdre ou en pin d'un pied et demi de large et de deux pieds de long. Ces raquettes grossières s'adaptaient au pied comme des patins au moyen de courroies. Pour aller au sucre, l'habitant marchait toujours en pattes d'ours.

L'histoire enregistre une autre "bordée" de neige qui tomba le 28 et le 29 octobre 1844. Cette fois, la neige couvrait la terre à une hauteur de 2^/^ pieds à 3 pieds. Le service des postillons s'interrompait pour cinq ou six jours après chacune de ces tempêtes.

A Montréal, le courrier de Québec fut en retard de huit jours.

L'origine du Champ de Mars, à Montréal, remonte à l'année 1812, quelque temps avant la démolition des anciennes fortifi-

cations. Le site du Champ de Mars était, avant cette époque, une côte s'étendant du palais de justice et de l'ancienne prison jusqu'à la petite rivière.

Le pied de la côte était un marécage servant de dépositoire pour les déchets du quartier.

Le terrassement du Champ de Mars fut fait avec la terre qu'on avait transportée de la place Dalhousie, autrefois un monticule sur lequel s'élevait la citadelle. La citadelle avait une hauteur d'environ soixante pieds.

Elle était couronnée par un " blockhouse " ou fortin en bois sur lequel était monté un canon.

Cette pièce d'artillerie se faisait entendre à midi et au lever du soleil. Au pied de la citadelle, là oii se trouve aujourd'hui [l'hôtel Yiger], il y avait une immense grenouillère. Sous la citadelle, on avait pratiqué une porte s'ouvrant sur le rue Sainte- Marie [iSTotre-Dame Est]. La citadelle fut démolie et on rasa le monticule qui la portait. Les travaux du Champ de Mars furent exécutés aux frais du gouvernement impérial par les soldats en garnison à Montréal. La terre était transportée sur des brouettes et des charrettes à bras.

Des peupliers furent plantés sur l'esplanade en 1814. [Ils ont été remplacés, récemment, par des érables].

Dans le mois de juin 1834, un cyclone terrible passa sur la ville de Montréal. Les tours de l'église paroissiale n'étaient pas encore terminées et leur sommet était revêtu d'un " cap ", d'une charpente très lourde, assujettie par une couverture de plomb très épaisse. Le cyclone fut assez violent pour enlever un des " caps " qui tournoya dans l'air et alla s'abattre sur le toit de la troisième maison de la rue ISTotre-Dame, près de l'endroit où est l'atelier de photographie de M. Archambault. [Lumédiatement à l'est du nouvel édifice Duluth], La toiture fut mise en- pièces, mais heureusement personne ne fut blessé.

22 décembre 1884.

Page 1