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QUI SAUTA LES RAPIDES — LE PREMIER

STEAMER OCEANIQUE.

Encore quelques notes sur la navigation, entre Montréal et Québec. De 1824 à 1826, M. John Molson avait établi la première ligne régulière de vapeurs entre les deux villes. Le service était fait par le Lady Sherbrooke et le New Swiftsure. Chaque vapeur faisait deux voyages par semaine. Le prix de passage venait de $8 à $9, (1)

De 1827 à 1828, il y eut une opposition à la ligne Molson. Le vapeur de la concurrence était le Laprairie, commandé par le capitaine Morin qui a été plus tard maître du port de Montréal. I

L'autre ligne, pour résister à l'opposition du Laprairie fit courir un autre bateau nommé le Lady of tlie Lake.

Sur ces deux bateaux on avait diminué le prix du passage jusqu'à 15 sous.

Ces bateaux étaient loin d'avoir les proportions de ceux de la compagnie du Bichelieu et d'Ontario, ils avaient les mêmes proportions que le Belmont, le petit vapeur qui fait le service de l'île Sainte-Hélène.

On ignorait alors, ce que c'était que des cabines sur les vapeurs. La chambre des dames était située sur le premier pont. Les lits étaient à deux étages, sur chaque côté du salon. Les hommes couchaient dans des lits placés dans la cale du bateau.

(1) C'est en 1809, que l'hon. Molson lança V Accommodation, le premier navire à vapeur qui ait sillonné le Saint-Laurent. Le tarif, en 1810, était de $12, lit compris et de $6, sans lit. Chaque passager avait droit à 60 livres de bagages. Le prix dvi passage était payable à 8 heures du matin, une heure avant le départ, pour permettre à l'équipage de se procurer les provisions nécessaires. (D'après une annonce du (Janadian-V Durant de 1810, reproduite dans le Canadian-Antiquarian, Vol. VI). Le New-Siciftsure avait remplacé le Swiftsure.

En 1828, la bouilloire du Lacly oj the Lake fit explosion au quai de Québec tuant plusieurs immigrés.

Les chroniques privées de 1820 nous apprennent qu'un vapeur, nommé le Malsliam, très probablement le premier sur le Saint-Laurent, voyageait entre Québec et Montréal. Ce vapeur appartenait à M. John Molson. (1) Plusieurs vieux citoyens se rapi^ellent que les restes du duc de Eichmond, mort enragé à Bytown, des suites de la morsure d'un renard, avaient été transportés à Québec sur le Malsliam.

N"os lecteurs sont peut-être curieux d'apprendre le nom du premier vapeur qui sauta les rapides du Saint-Laurent. Affronter un naufrage dans la cataracte du grand fleuve était un acte de témérité qui mérite d'être, consigné dans les annales de la navigation. Le navigateur ignorait la profondeur de l'eau dans nos rapides et tenter de les sauter, c'était faire preuve d'autant d'audace que l'homme fort dont parle Horace :

Ille rohur et aes triplex.

C'était avoir trois fois la force de l'airain.

Un guide de Kingston en descendant les rapides en avait fait des sondages partiels, lorsque M. Tate de Montréal résolut, en 1840, de lancer dans ces courants dangereux, un vapeur qu'il avait acheté dans le Haut-Canada.

Ce vapeur, qui s'appelait l'Ontario, prit le nom de Lord Sydenliam, et descendit, le premier, les rapides du Long Sault, de Beauharnois et de Lachine. Le Lord Sydenliam a été le premier bateau à vapeur à trois ponts qui a fait le service entre Montréal et Québec. Peu de temps après, M. Tate construisit le Ladji Colhorne sur le même modèle.

(1) Nous avons précédemment donné le nom du premier bateau qui a navigué sur le Saint-Laurent ; le second, construit par M. Molson, se nommait le Stoiftsure et date de 1812. En 1818, outre le Malsham, il y avait le Caledonia (mentionné par M. de Gaspé dans ses Mémoires) et suivant le Journal de M. Talbot, le Telegraph, le Québec, le Car of Commerce, et le Lady Shcrhrooke, le plus beau de tous.

Le Canada peut se vanter d'avoir construit le premier steamer qui a traversé l'Atlantique, ce steamer s'appelait le Royal William et avait été bâti à Québec, vers 1838, par M. Black. Le Royal William était destiné à voyager entre Halifax et Québec. Il fut acheté par des armateurs d'Angleterre et on lui fit traverser l'océan. (1)

12 novembre 1884.

1) Sur ce navire, voir Massicotte, Anecdotes canadiennes, p. 167.

NOS HOTELS DE VILLE — LE SERVICE DES INCENDIES À MONTRÉAL IL Y A CINQUANTE ANS.

La première séance du conseil de ville de Montréal, après son acte d'incorporation, a eu lieu le 26 août 1840 (1) sous la présidence du premier maire, l'honorable M. Peter McGill, M. J. P. Sexton agissant comme greffier.

Les séances du conseil se tenaient alors, dans une maison en pierre de taille ajjpartenant à Madame de Beaujeu et située sur la rue Notre-Dame, entre les rues Saint-François-Xavier et Saint-Jean. Il n'existe, aujourd'hui, aucune trace de cette maison qui a été démolie en 1858, lors de l'élargissement de la ruei Notre-Dame.

Notre conseil municipal siégea dans cette maison jusqu'en 1844. Les bureaux de la corporation n'étaient pas bien considérables à cette époque ; le service civique se faisait par les chefs de département, assistés par trois ou quatre commis.

En 1844, les bureaux de la corporation furent transportés dans la maison de l'aqueduc Hayes qui était devenue la propriété de la ville. C'était une maison en pierre de taille, à trois étages, bâtie sur le site où est actueillement, l'atelier de carrosserie de M. Mercier. (2).

Les bureaux municipaux occupaient le rez-de-chaussée et le premier étage. L'étage supérieur renfermait le réservoir de l'aqueduc, réservoir d'une capacité de plusieiirs milliers de gallons. L'ex-échevin Homier nous dit qu'en pleine séance du conseil, une partie du réservoir, placé au-dessus de la salle des séances, creva accidentellement et fallit noyer le maire et tous les conseillers.

M. J. B. Homier était alors représentant d'un des quartiers de Montréal. Le 24 janvier 1852, le conseil municipal eut

(1) Montréal avait déjà été incorporé en 1831, par une loi qui ne devait rester en vip^ueur que jusqu'en 1836. Cette loi fut sanctionnée en 1832; la 1ère séance du conseil eut lieu le 5 janvier 1833 et c'est a cette date que Jacques Viger fut élu maire. C'est sa deuxième incorporation qui date de 1840.

(2) Cet immeuble portait alors le numéro 1442. Il était sis sur le côté sud de la rue, sept portes à l'est de la rue Bonsecours.

sa première) séance au marché Bonsecours. A cette séance un comité de citoyens présenta au conseil de' ville un portrait à l'huile de l'honorable C. Wilson. (1) Ce portrait a été détruit plus tard par des émeutiers à l'occasion des prédications du célèbre Gavazzi. (2)

L'édilité a pris possession de l'hôtel de ville actuel dans le printemps de l'année 1ST8. (3)

Ce matin, en consultant les archives poudreuses du département [des incendies], nous avons constaté, qu'en 1833, le service des incendies se faisait par neuf compagnies de pompiers volontaires qui ne recevaient aucun salaire pour leur travail et leur dévouement.

Lorsqu'un feu éclatait, tous se rendaient à l'appel, celui qui était absent sans motif grave, était passible d'une amende,. Les casernes de pompiers au nombre de neuf avaient chacune une cloche d'alarme pesant tout au plus quarante livres.

Comme l'aqueduc ne fournissait pas l'eau en quantité suffisante, il fallait recourir aux pompes à bras et aux puits de la ville.

En 1833, la société des pompiers de Montréal possédait neuf pompes à incendie: V Alliance, rue Notre-Dame; la Saint Lawrence, rue Saint-Laurent; la Saint-George, près de l'Hôtel de Yille; la Cataract, partie Est de la rue Notre-Dame; la Neptune, rue Sainte-Marie; la Liliput, petite rue Saint-Jacques; la Phoenix, place d'Armes; la Saint-Joseph, rue Craig et la Montréal, rue Saint-Paul.

(1) Né en 1808, mort en 1877 ; maire en 1851-52-53.

(2) C'est en 1853, le 9 juin, que Alexandre Gavrzrd (voir sa biocfraphie dans le Xouveau Larousse), ex-prêtre italiin, donna à l'église Zion, coin Latour et Sainte-Radegonde, une conférence qui se termina par une émeute au cours de laquelle 26 personnes furent tuées et 20 blessées. Le maire Wilson, accusé à tort, dit-on. d'avoir ordonné aux militaires de faire feu sur la foule fut néanmoins poursuivi pendant longtemps par la haine d'un certain groupe.

(3) L'hôtel de ville fut inauguré le 18 mars 1S7S, on en avait commencé la construction en 1874.

Les capitaines étaient J. E. Brondson, président de la société du feu, (1) G. Lonion, Charles Wcid, John Cliff, James Speers, Gundlack, Gibeau, C. D. S. Lovis et Lachapelle.

13 novembre 1884.

(1) M. Brondson semble avoir été notre i)reniier cl.ef des pompiers, il fut remplacé par M. John Perrigo qui, après l'incendie en 1852, dut s'effacer devant M. A. Bertram. A la mort de ce dernier, M. Wm. Patton prit la direction du service, son successeur a été M. Z. Benoit qui lors de sa retraite, il y a quelques années, a cédé ses fonctions à M. J. Tremblay, le chef actuel.

LES CHAElRETIERS DE 1811 — LES COCHERS, LES CALÈCHES, LES CABS DE 1842.

Dans la première décade de ce siècle, les voitnre|S à quatre roues étaient inconnues à Montréal. Le roulage des marchandises se faisait sur des charrettes et des cabrouets. On se promenait et on voyageait dans des calèches construites sur le modèle de celles qui sont actuellemtint en usage à Québec. Lorsqu'un Canadien se mettait en voyage, il se servait d'une calèche à un seul timon avec deux chevaux. (1)

Avant 1830, il n'y avait qu'un endroit où stationnaient les cochers de calèche ; c'était sur la place du vieux marché, aujourd'hui la place de la douane. (2) Plus tard, on leur assigna des stations sur le bord de l'eau, au pied de la place Jacques- Cartier, sur la rue McGill, sur la place Dalhousie et sur la place d'Armes.

A cette époque, comme nous l'avons déjà dit, il n'y avait pas de quais à Montréal, excepté les deux qui se trouvaient au pied de la rue Saint-Sulpice. Les charretiers qui se chargeaient de bois de chauffage, reculaient leurs voitures dans l'eau jusqu'aux radeaux qui étaient amarrés à quelques verges de la grève. Le bois de chauffage arrivait de Beauharnois, de Châteauguay et autres endroits sur des radeaux de pin et de pruche. LTn dessous de " cage " contenant sept ou huit cordes de bois, se vendait $4, $5 et $9. Les charretiers qui transportaient le bois de chauffage se servaient de deux chevaux attelés en flèche à leurs charrettes. Le cheval qui était en avant n'avait pas de guides et il obéissait à la voix de son maître qui le faisait tourner à droite ou à gauche en lui criant liue! et dia!

En lisant les anciens règlements municipaux nous voyons qu'en 1811 une ordonnance obligeait ceux qui déchargaient

( 1 ) L'auteur a probablement voulu dire : " à un seul brancard avec deux chevaux placés l'un devant l'autre." (2) Maintenant, place Eoyale.

leurs marchandises au port d'employer le premier charretier qui se présentait. Ce fut en 1815 que les magistrats qui composaient l'édilité de Montréal, passèrent un règlement obligeant les charretiers et les cochers d'attacher, en hiver, des cloches ou des grelots à leurs chevaux.

En 1817, on adopta pour la première fois, à Montréal, un règlement obligeant les charretiers à se pourvoir d'une licence.

Les charretiers du bon vieux temps étaient tous des hommes vigoureux. Tous étaient assez forts pour soulever au bout de leurs bras un quart de lard pesant 300 livres et de le placer sur leur cabrouet. (1)

Le roulage des marchandises, en hiver, entre Montréal et le Haut-Canada n'était pas bien lucratif. Les charretiers pour transporter à Kataraqui (2) (aujourd'hui Kingston) une charge do 2,000 livres sur une " traîne " attelée d'un seul cheval, recevait $7 ou $8. Il fallait quatre jours au charretier pour se rendre à destination.

Le premier cab à deux roues fut importé d'Angleterre par M. Charles Clément Sabrevois de Bleury, un membre distingué du barreau (3) quelque temps avant les troubles de 1837. A cette époque, les voitures à quatre roues commençaient à s'introduire à Montréal. Les voitures étaient toutes importées d'Angleterre et coûtaient fort cher.

Les cochers de place vers 1842 s'achetèrent des cabs sur le modèle de celui de M. de Bleury. Cette année-là, il n'y avait que deux cabs et une douzaine de calèches.

Parmi les noms de cochers de 1842 on nous a donné ceux de François Vadeboncœur, J. Smith, Cadioux, Eusèbe Senez, A. Dumaine, François Vermette, Eusèbe Fleurant et Eomuald Eacicot.

Les cabs disparurent avec les dernières calèches vers 1858. Les cochers de place ont commencé à faire leur service avec des voitures à quatre roues vers 1851.

14 novembre 1884.

(1) Evidemment, l'auteur exagère un peu.

(2) On écrivait autrefois communément " Cataracoui ".

(3) Admis au barreau en 1819, il fut député de Richelieu, de 182!) à 1838, membre du Conseil législatif en 1837-38 ; député de Montréal de 1844 à 1847 ; mort en 1862.

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