‹ Le bonheurChapitre 2 sur 24 · A tous les âges de la vie · texte numérisé non relu

A tous les âges de la vie

on aspire au bonheur.

Vivre et vouloir vivre heureux, c’est tout un. La vie apparaît lumineuse et rayonnante, parce qu’on espère y posséder le bonheur.

Si l’on savait être toujours malheureux, on préférerait ne pas vivre. Si l’on n’espérait, par ses efforts et ses travaux, acquérir un jour le bonheur, il s’éteindrait au cœur de l’homme des flammes d’enthousiasme qui illuminent sa vie de douces et sereines clartés.

A chaque âge correspond un bonheur qui lui est propre. Il faut peu de chose à l’enfant pour le rendre heureux, mais il le réclame par ses larmes et ses cris.

Lorsque la jeunesse projette ses rayons d’espérance sur l’avenir, elle se plaît à tout voir en rose et le bonheur, vrai ou imaginaire, lui sourit.

A l’âge des responsabilités, on vit et on travaille pour s’assurer le bonheur et le donner abondamment aux autres. Lorsque les années ont blanchi les têtes et courbé les fronts, il reste au cœur des vieillards comme un fond de bonheur, dans le souvenir des jours heureux du passé, dont ils réjouissent le déclin de leur vie.

En vérité, il n’y a aucune époque de la vie dans laquelle l’espérance ou la possession du bonheur ne soit la plus vive aspiration du cœur humain.

Une vision qui illumine ainsi toute l’existence ne peut être trompeuse. Elle renferme la vérité. Si l’on aspire tant au bonheur, c’est qu’il existe et que l’on doit pouvoir l’acquérir et le posséder.

Il est une vérité d’expérience indiscutable : c’est que le bonheur n’est pas le partage de tous, et même que le nombre des malheureux est plus grand que celui des heureux.

Ne pas trouver une chose, ne dit pas que cette chose n’existe point. Pas plus que le chercheur d’or ne peut nier l’existence des mines d’or, parce qu’il ne les trouve pas.

Ceux qui ne cherchent pas le bonheur là où il est, ne le trouveront sûrement jamais. Les illusions qui assombrissent l’esprit et corrompent le cœur de l’homme exercent une influence désastreuse sur les existences humaines. Il en est qui veulent à tout prix mettre le bonheur dans la recherche désespérée de biens périssables qui ne peuvent leur donner qu’une jouissance passagère, et ils s’épuisent à recommencer sans cesse leurs expériences infructueuses.

Les mondains courent à leurs plaisirs, et leur cœur se remplit de déceptions et d’amertumes, à mesure qu’ils en jouissent ; n’importe, ils aiment mieux s’aveugler encore que de renoncer à leurs chimères.

Les ambitieux courent à des défaites renouvelées. Les désabusés ne croient plus à la possibilité du bonheur, parce qu’ils en ont faussé la notion. Les incrédules limitent le bonheur aux dimensions du temps, et le bonheur leur échappe sans cesse.

Il est pourtant si facile d’être heureux quand on en prend les vrais moyens et qu’on s’applique à acquérir des biens durables, à l’abri des vicissitudes du temps et des déceptions de la vie.

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