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Les mirages du bonheur

Le bonheur est un mot magique qui s’exprime sans être prononcé. Il est, en quelque sorte, dans l’air, en même temps qu’il est inscrit dans tous les cœurs. Tous veulent le saisir, et bien peu en jouissent vraiment. N’importe, on court sans relâche à sa poursuite, dans l’espérance de le posséder. C’est un cinéma flamboyant qui éblouit et empêche de juger sainement des choses.

Le bonheur voltige dans toutes les directions, pour attirer l’attention des humains et les tromper. Si encore il se faisait voir tel qu’il est ; mais il se laisse entrevoir dans un lointain quasi mystérieux qui aiguise la curiosité et où les plus flatteuses apparences ne tardent pas à s’évanouir dans de tristes réalités.

Il s’affirme comme la vérité, lorsqu’il n’est souvent que mensonge. Il se pare d’attraits propres à séduire les inexpérimentés. Il se revêt même parfois des charmes d’une vertu apparente, d’autant plus dangereuse qu’elle n’élève l’âme que pour aggraver ensuite sa chute.

Folâtrer autour du bonheur. S’amuser à se brûler les ailes, pourvu que l’on goûte un moment de jouissance. Voilà ce dont hélas ! se contentent tant de mortels.

Et pourtant le bonheur est quelque chose de trop essentiel dans l’existence, pour prendre ainsi toutes les teintes du mirage et de la vanité.

Ah ! combien d’âmes ont pleuré après avoir joui, ont été déflorées après avoir été trompées î Ne soyons pas de eelles-là.

Par le fait que chacun peut se fabriquer un boni heur à sa guise, selon son tempérament, ses ca- ! prices et ses passions, il est inévitable qu’il y ait souvent des déceptions. Si l’on a le malheur d’obscurcir sa raison et de mal orienter son cœur, on suit une pente fatale, où il y aura peut-être quelques joies passagères, mais qui aboutira nécessairement à la surprise et au désenchantement.

Tout ce qui n’est pas entrevu dans la lumière d’une saine et sage raison, ne peut conduire au bonheur. Tout ce qui a pour principe la recherche d’une jouissance purement terrestre est condamné à s’atténuer graduellement et à disparaître.

Hélas ! le mensonge est souvent préféré à la vérité. Ce qui passe a plus d’attrait que ce qui demeure. Les jouissances sensibles l’emportent aux yeux d’un grand nombre sur les joies si pures de la vertu.

C’est précisément un bonheur faux et mensonger que promettait à nos premiers parents le serpent tentateur ; et c’est ce qui les a perdus.

Satan est resté le père du mensonge, mais il se couvre du manteau d’une vérité apparente qui plaît et souvent éblouit ; et c’est ainsi qu’il fait des dupes et des malheureux.

Le monde est plein de ces fausses lueurs de bonheur, dont notre nature hélas ! ne s’accommode que trop. Et pourtant nous ne sommes pas faits pour un bonheur éphémère, mais pour une félicité éternelle ! Ouvrons les yeux pendant qu’il en est encore temps.

Il existe ce bonheur, et tout homme est créé pour en jouir, non seulement au ciel, mais encore sur la terre. C’est le bonheur qui s’élabore ici-bas dans la pratique de la vertu, et qui s’épanouit làhaut dans les gloires de la béatitude. .

Accomplir son devoir, suivre les inspirations de sa conscience, ne point transgresser les lois divines, se montrer un fils soumis de l'Eglise, et marcher dans la voie des commandements et de la vertu : voilà le vrai bonheur. Il y aura quand même des peines et des épreuves ; mais on les supportera avec joie, en pensant qu’elles sont un moyen de purification et de sanctification.

On ne le proclamera jamais trop haut : ne sont heureux que ceux qui s’inspirent en tout de sentiments chrétiens, qui cheminent dans la vie à la lumière de la foi, fortifiés par l'espérance et vivi- j fiés parles douceurs incomparables de la charité | divine.

Comment ne saisirais-je pas au vol un pioyen si facile et si sûr d’être heureux, lorsque les mondains consument leur vie à le chercher sans jamais le trouver ?

M. E. de la Croix

Paris. — Avec permission de l’Ordinaire.

Tous droits de traduction et de reproduction réservés.

Maison du Bon-Pasteur, 228, Boulevard Péreire, Paris

Le Bonheur que donne le monde

sans le donner.

Il n’en coûte pas de promettre des choses que l’on ne peut donner. Les promesses ne sont jamais plus abondantes que sur les lèvres de ceux qui n’ont ni le désir ni les moyens de les tenir.

C’est bien ce que présente le monde, qui n’est que mensonge et ne peut donner la vérité, qui n’est que vanité et ne peut garantir la réalité. L’esprit du monde consiste à faire des dupes, car il sait fort bien qu’il ne réussira jamais à procurer le vrai bonheur. Depuis des siècles et des siècles qu’il cherche à éblouir et à tromper les humains. Comment peut-il changer maintenant ?

Le monde a tant et de si perfides moyens de prendre les âmes dans ses filets ! Il connaît la fragilité humaine, et il en abuse. Il trompe les hommes les uns après les autres, et il cherche à en faire ses victimes.

Tenons-nous en garde. Le danger est à notre porte.

est factice.

Il y a soi-disant bien des heureux dans le monde. On le croit souvent, et plus d’un éprouve des sentiments d’envie lorsqu’il voit les riches et les grands de la terre entourés d’honneurs et de jouissances.

Vanité et futilité ! Ce ne sont pas là les véritables joies qui peuvent satisfaire le cœur humain.

Combien hélas ! y ont été trompés ! Ils ont couru après le bonheur factice, comme les enfants courent après les papillons, et le bonheur a fui devant eux comme des feux follets.

Si encore l’expérience les avait instruits ! Mais ils ont préféré aspirer sans cesse après un bonheur toujours insaisissable, plutôt que de renon- I cer à leurs illusions.

Sans doute, il peut s’y rencontrer parfois des joies véritables, mais ce n’est que quand les joies de la vertu accompagnent ou viennent corriger les j apparences de bonheur que semblent posséder j les joies purement terrestres.

11 est souverainement sage de ne pas oublier j que tout ce qui vient de la terre est terrestre et | que tout ce qui vient du ciel est céleste. Si nous 8 n’étions faits que pour la terre, nous pourrions ! trouver notre bonheur complet dans les biens et les plaisirs d’ici-bas ; mais ayant une destinée ? éternelle, le bonheur issu des joies de ce monde j ne mérite point ce nom et n’est qu’un simulacre 8 de bonheur. C’est une science de le savoir. C’est une grâce d’y conformer sa vie,

est éphémère.

S’il est une vérité palpable et universelle, c’est bien celle-là. Où donc a-t-on jamais vu un bonheur terrestre qui ne connaisse point les ombres et les changements ? Est-ce que les riches sont toujours riches ? Est-ce que tous les grands restent toujours aux honneurs ? Est-ce que tous les mondains sont ignorants des revers, des amertumes et des épreuves?

Ne voyons-nous pas constamment tout passer autour de nous ? A voir rouler le monde dans un mouvement perpétuel, où les hommes assoiffés de richesses et de jouissances semblent pris dans un engrenage inconscient qui les emporte, n’assistet-on pas, en réalité, à un cinéma fantaisiste d’ombres toujours fuyantes ?

La vie, à vrai dire, n’est faite que de déboires, de vicissitudes, de changements, de séparations et de deuils. Les joies qu’on y goûte sont vite envolées. Les affections qui nous charment un instant ne tardent pas à perdre leur fraîcheur et leur attrait. Si nous nous faisons illusion jusqu’au point de mettre notre bonheur en ces choses du temps, nous nous appuyons sur des joies sans consistance et qui ne contiennent que des apparences de stabilité.

Ah ! ne perdons pas notre temps à vouloir rendre durable ce qui est essentiellement éphémère. Attachons-nous plutôt à la seule chose qui demeure éternellement, la vertu vivifiée par l’amour divin.

est souvent empoisonné.

Si le bonheur purement terrestre n’était que factice et éphémère, ce serait un moindre mal ; mais hélas ! il contient souvent des germes empoisonnés qui conduisent les âmes à la mort.

Pour s’attacher trop aux choses de la terre, on méprise les choses du ciel. Pour ne vouloir goûter que les joies de ce monde, on finit par ne plus savoir apprécier les dons de la grâce et les charmes de la vertu. Pour ne rechercher plus que la satisfaction de ses passions, on ferme son cœur aux aspirations surnaturelles et on s’inocule peu à peu le poison mortel qui conduit à l’aveuglement et compromet le salut éternel.

Nous ne fuirons jamais trop le monde, son esprit, ses maximes, ses plaisirs et ses inépuisables illusions. Notre bonheur est à ce prix. Il n’y a pas à hésiter ni à apporter des réserves. Il faut choisir entre le monde et Jésus, entre le péché et la vertu, entre l’erreur et la vérité, entre l’enfer et le ciel.

Jésus seul possède le vrai et stable bonheur. Oui, je veux L’aimer sans mesure, afin d’être heureux sans fin.

M. E. de la Croix

Paris. — Avec permission de l’Ordinaire.

Tous droits de traduction et de reproduction réservés.

Collection des 12 sujets en une pochette : 2.25 ; étr., 2.50 Six pochettes à la fois, 12.75 ; étranger, 14 fr.

La douzaine d’un même sujet, 1.65; étr., 1.90 Le cent varié, 10 fr. ; étr., 11 fr. — Le mille, 90 fr. ; étr., 98 fr.

Maison du Bon-Pasteur, 228, Boulevard Péreire, Paris

Le Bonheur . dans les biens terrestres .

1. — Si la richesse faisait le bonheur, tous les riches seraient heureux.

S’il y a des riches qui paraissent heureux, il y en a qui sont sûrement malheureux. Non pas que la richesse en elle-même rende malheureux, mais parce qu’elle ne peut remédier à de nombreuses causes de tristesse et d’épreuve qui sont l’apanage de toute vie humaine et qui se rencontrent chez les riches comme parmi les pauvres.

Ce n’est pas parce que l’on possède les biens de ce monde, que l’on est à l’abri de la souffrance, des soucis et des contrariétés, des maladies et des infirmités.

Les riches souffrent et meurent comme les autres. Plus ils mettent leur bonheur dans leurs richesses, plus ils se créent de soucis qui les ruinent, plus cruelle est la perte de leurs biens, plus cuisante est la séparation que leur en impose la mort.

11 faut donc chercher ailleurs le bonheur et ne point attacher son cœur à des biens qui ne peuvent le rendre heureux.

Si les biens de ce monde procurent une certaine jouissance, cette jouissance est passagère. C’est l’expérience quotidienne que nous avons sous les yeux. Les insuccès, les revers de fortune, les catastrophes financières sont à l’ordre du jour.

Plus d’un riche, après avoir roulé carrosse, a été réduit à la pauvreté. Plus d’un heureux de ce monde, qui vivait pour se procurer tous les plaisirs, a vu s’évanouir sa fortune et a été forcé de l’échanger avec la misère.

Combien d’indigents qui autrefois ne se privaient de rien ! Combien de familles déchues de leur ancienne prospérité ! Combien d’entreprises, d’abord florissantes, ont été une occasion de ruine pour un grand nombre de malheureux !

Que de tracas on se crée pour acquérir la richesse ! Que de soucis pour la conserver ! Que de regrets après l’avoir perdue !

Il ne peut en être autrement. Tout ce qui est terrestre est fragile et périssable. Dieu lui-même en a disposé ainsi, afin que l’homme connût la caducité des choses d’ici-bas et que son cœur ne j s’attachât pas à des biens vils et grossiers, que les j moindres évènements peuvent lui ravir.

Il y a bien moins de pauvres malheureux que de riches heureux. Savoir se contenter de peu procure plus de vraies jouissances, que de posséder beaucoup et de ne point savoir s’en détacher. Savoir apprécier la richesse à sa juste valeur est une science qui évite bien des écarts et dissipe bien des illusions. Faisons tout pour l’acquérir.

j'3. ~ Le bonheur périlleux de la richesse.

On dit avec raison qu’il est plus facile d’abuser de ce que l’on a, que d’acquérir ce que l’on n’a pas. Quand on atout à souhait, on prend l’habitude de ne se priver de rien ; et on perd ainsi l’esprit de mortification et de sacrifice qui s’impose pourtant à toute vie chrétienne.

Parce que l’on a les moyens de se procurer tous les plaisirs, l’on est porté à vouloir en jouir et l’on est exposé, par là même, à en abuser.

Les riches deviennent vite égoïstes, et il est remarquable qu’ils sont souvent moins sensibles aux misères d’autrui que ceux qui ont peu de moyens mais plus de charité et de dévouement.

Tel qui, dans une aisance moyenne, menait une vie chrétienne, se laisse vite gagner par l’indifférence le jour où la richesse lui sourit. Pour peu que la foi s’obscurcisse et que la conscience s’aveugle, la richesse devient une idole à laquelle on sacrifie tout, jusqu’à son âme.

Combien hélas ! n’ont trouvé dans les biens de la fortune qu’une tentation séductrice de satisfaire et de développer leurs malheureuses passions! (Combien ont négligé leurs intérêts éternels, en se i laissant entraîner aux jouissances terrestres que leur procuraient trop facilement leurs richesses!

C’est dans ce sens que Jésus a crié : « Malheur i aux riches ! » Dans ces conditions, il n’est pas regrettable d’être privé des biens de ce monde. Tout au contraire, ce peut être une bénédiction et une grâce, si avec moins de richesse on s’applique à posséder plus de vertu.

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