LA BELLE AU LIT DORMANT
ERS la fin du souper, Lili Luce, renversée dans le fauteuil, très décolletée et très sereine, — comme une personne sûre de sa gorge, — amusait du bout de sa langue rose la mousse d'une coupe de Champagne; et rien n'était plus joli à voir que ce frétillement dans ce pétillement. Ce n'était pas seulement joli! C'était attendrissant sans doute, car de la regarder tout occupée du calice aux frisures d'écume, les jeunes femmes qui, avec nous,
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étaient là : Lise de Belvélize, marquise défroquée de son marquisat, et Anatoline Meyer, et Constance Chaput, belle et bête comme les cygnes, ces oies de neige, et Pervenche, ainsi nommée par une facile antithèse, à cause de ses yeux noirs, — avaient aux paupières des larmes d'amicale approbation et, déjà, de reconnaissance, eùt-on dit!
Mais, soudain, Lili Luce posa la coupe sur la table, d'un geste de colère : l'un des convives, je ne sais plus lequel, avait parlé de Zo, de l'adorable Zo, en des termes presque irrévérencieux.
— Tout ! s'écria Lili Luce, je permets tout ! Qui donc d'entre vous oserait dire que je lui ai jamais interdit quelque chose? Mais je ne souffrirai pas que l'on manque de respect à Zo; car elle m'a rendu le plus signalé des services, un service bien propre à faire, dans une âme bien née, s'éterniser la gratitude; et vousmême, oui, vous tous, vous êtes étrangement ingrats envers celle à qui vous devez les sourires après minuit et les autres para- I