‹ Le bonheur des autresChapitre 18 sur 23 · VIEILLES LÈVRES ET JELNE BAISER · texte numérisé non relu

VIEILLES LÈVRES ET JELNE BAISER

I vieux, si triste, et couvert à peine de sordides haillons, un pauvre homme mendiait, assis sur la borne du grand chemin.

Quelqu'un passa, quelqu'un qui était très riche, et que suivaient des valets tout passementés de brocart.

— La charité ! la charité, s'il vous plaît ! Autrefois,' j'avais des coffres pleins de monnaies et de pierreries. Maintenant, je n'ai pas même un sou dans ma sébile. Faites-moi la charité !

186 LE JiOMIEUR DES AUTRES

Le riche passant, attendri, donna une pièce d'or à ce pauvre homme.

— Merci, riche seigneur ! Grâce à cette pièce d'or, je songerai aux opulences de jadis, et vous me rendez l'illusion des richesses disparues.

Un soldat en bel uniforme passa sur la route ; une escorte le suivait, soufflant dans d'héroïques trompettes ; et il avait en sa main droite des branches de laurier qui frémissaient glorieusement dans l'air.

— La charilé! la charité, s'il vous plaît! Autrefois, je fus un fier vainqueur tout environné d'un tumulte d'acclamations, et la féerie des triomphes agitait sur mon front des bannières.

Le glorieux passant, attendri, donna une feuille de laurier à ce pauvre homme.

— Merci, illustre seigneur! Grâce à cette feuille de laurier, je rêverai aux victoires de jadis, et vous me rendez l'illusion des batailles oubliées.

Une amoureuse passa, seize ans, si jolie,

Page 1